Premiers cas de résistance au Tamiflu du virus A (H1N1)

Le Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR), publication des Centers for Disease Control (CDC) d’Atlanta, est le fer de lance de l’information sur l’épidémie de grippe A (H1N1) depuis son émergence en avril dernier.

Dans sa dernière livraison du 21 août, le MMWR nous révèle une nouvelle inquiétante : l’apparition des premières souches de virus A (H1N1) résistants à l’oseltamivir (Tamiflu) aux Etats-Unis. Jusqu’au 11 août dernier en effet, aucun virus A (H1N1) isolé dans le monde lors de cette pandémie ne s’était révélé résistant à l’oseltamivir.

Or, à quelques jours d’intervalle, début août, sur deux virus isolés de lavage nasal chez deux sujets immunodéprimés, le séquençage de l’ARN a retrouvé une mutation de la neuraminidase connue pour être associée à une résistance à l’oseltamivir (substitution en position 275 de l’histidine par la tyrosine [H275Y]).

Les deux patients, qui n’avaient jamais été en contact entre eux, étaient traités dans deux hôpitaux différents de la ville de Seattle dans l’état de Washington sur la côte Ouest des Etats-Unis. Dans les deux cas il s’agissait de sujets immunodéprimés (transplantation de moelle relativement récente pour leucémie pour un adolescent et une femme de 40 ans). Ces deux sujets ont présenté un syndrome grippal le 31 mai pour le premier et le 21 juin pour la seconde. Dans les deux observations, la PCR a permis d’identifier un virus A (H1N1).

Une mutation apparue en cours de traitement

Devant la persistance des signes infectieux malgré un traitement par oseltamivir à doses habituelles, de nouveaux prélèvements ont été pratiqués qui ont sont demeurés positifs. Un séquençage de tous les échantillons viraux isolés au cours de l’histoire clinique de ces deux patients a alors été demandé au CDC. Il a révélé qu’alors que les virus identifiés en début de maladie ne différaient pas du virus A (H1N1) habituel, ceux isolés après quelques jours d’évolution de la grippe étaient porteurs de la mutation H275Y et étaient donc devenus résistants au Tamiflu.

La surveillance entreprise dans l’entourage familial des deux patients et sur les très nombreux professionnels de santé (300 environ !) ayant été au contact de ces malades, n’a heureusement pas mis en évidence de cas secondaires de grippe A (H1N1).

Chez le premier patient, le traitement par oseltamivir a été interrompu après plus de deux mois à la réception des résultats du CDC, le sujet étant devenu asymptomatique. Pour la deuxième malade dès que la mutation a été mise en évidence (après plus d’un mois d’oseltamivir), la malade restant symptomatique, le Tamiflu a été interrompu et remplacé par du zanamivir inhalée (la mutation H275Y n’étant pas associée à une résistance à cet antiviral). Ce traitement étant mal toléré par la patiente, il a été remplacé par une association de zanamivir injectable (en expérimentation) et de ribavirine (en aérosol puis injectable). Cette malade est encore hospitalisée et toujours neutropénique et a souffert de plusieurs complications infectieuses (bactériémie à staphylocoques, pneumonie à Pneumocystis jirovecii…).

Pas d’autres cas de résistance identifiés aux Etats-Unis

J Englund et coll. signalent qu’une recherche systématique de la mutation H275Y sur 352 échantillons de virus testés au CDC depuis le début de l’épidémie n’a pas retrouvé d’autres cas de résistance à oseltamivir.

Ces deux observations sont l’occasion de rappeler que, non seulement les sujets immunodéprimés sont à haut risque de complications, mais qu’ils sont susceptibles d’éliminer des virus grippaux de façon très prolongée (parfois plus d’un an avec la grippe saisonnière) ce qui augmente le risque d’émergence de mutants résistants. De plus, ces premiers cas incitent à renforcer au niveau international la surveillance de la sensibilité des souches virales isolées aux anti-viraux disponibles.

Dans l’immédiat, les cliniciens qui seraient confrontés à de telles souches résistantes sont invités par les CDC à prescrire du zanamivir et à prendre les mesures nécessaires pour tenter d’empêcher leur dissémination.

 

NB: Le 19 août deux cas de transmission de virus A (H1N1) résistants à l’oseltamivir sont également rapporté dans le Journal of Clinical Virology par une équipe berlinoise (Duwe S et coll. Person-to-person transmission of oseltamivir-resistant influenza A/H1N1 viruses in two households; Germany 2007/08. J Clin Virol 2009 [19 août]). 

Dr Anastasia Roublev

Référence
Englund J et coll. : Oseltamivir-resistant novel influenza A (H1N1) virus in two immunosuppressed patients. Seattle, Washington, 2009. MMWR 2009; 58: 893-6.

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Vos réactions (1)

  • "Une molécule peu active"

    Le 27 août 2009

    Depuis qu'il est sur le marché, le Tamiflu est reconnu par ceux qui ont lu ou fait les expérimentations d'efficacité à son sujet, comme une molécule peu active « diminuant au mieux la durée de la fièvre et des courbature grippale de 1 à 2 dizaines d'heures... ». Avec la grippe saisonnière on s'est déjà rendu compte qu'émergeaient des souches résistantes au cours des dernières années : pourquoi voulez-vous donc que H1 N1 fasse exception à cette règle ! À côté de ces défauts majeurs, la molécule est source d'effets indésirables loin d'être négligeables en particulier chez les enfants. La campagne faite par l'OMS et relayée par notre gouvernement est totalement ridicule sauf pour les laboratoires fabriquant les vaccins et les « antigrippaux »… Après 40 ans de pratique médicale ayant comporté, outre les grippes saisonnières, plusieurs épidémies sérieuses, je trouve particulièrement stupide les débordements médiatiques en particulier de Mme Chan et de Mme Bachelot qui affolent de façon tout à fait inutile les populations.

    Dr Claude Lamy, 85.

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