L’événement, repris par tous les media y compris le nôtre, avait
en son temps suscité bien des réactions : à la suite de recherches
menées entre 2005 et 2007 au Kenya, en Afrique du Sud et en
Ouganda, laissant penser que la circoncision pourrait réduire le
risque de transmission du VIH, l’OMS en incluait la pratique dans
les mesures préventives qu’elle préconisait dans les pays à forte
prévalence. Une décision rapidement contestée par d’autres experts,
dont ceux du Conseil national du Sida, qui craignaient que la
propagation de l’infection soit favorisée par un relâchement des
comportements dû à un faux sentiment de sécurité…
Deux nouvelles études viennent, cet été, enrichir un débat qui
n’a jamais été abandonné. La première, publiée dans le Lancet en
juillet, a montré que la circoncision d’un homme séropositif ne
diminue pas le risque de transmission du VIH à ses partenaires
féminines. La seconde, le mois dernier dans le JID, a évalué
l’incidence des Infections sexuellement transmises (IST) chez des
hommes âgés de 18 à 24 ans enrôlés dans un essai destiné,
justement, à préciser l’effet protecteur de la circoncision. Une
essai à fort rationnel car nombreux sont ceux qui sont persuadés,
sur la base de plusieurs études observationnelles et même d’une
méta analyse de référence, que la circoncision réduit le risque
d’IST. Ils en resteront, pour le coup, sur leurs espoirs déçus :
dans ce travail réalisé à Kisumu, Kenya, incluant 342 infections
pour 2 655 hommes suivis pendant deux ans, l’incidence des
infections à Neisseria gonorrhoeae, Chlamydia trachomatis ou
Trichomonas vaginalis, de 3, 48 , 4,55 et 1,32 pour 100
personnes-année, ne variait pas en fonction du statut face à la
circoncision mais en fonction d’autres facteurs, comme les
habitudes et comportements sexuels ou l’utilisation du sempiternel
condom. En clair, la circoncision n’apparaissait d’aucune utilité
pour les 3 IST testées.
Inutile, alors, la circoncision ? N’allons pas trop vite, car
tout semble (évidemment) dépendre de ce qu’on en attend.
Aujourd’hui encore, tout article sur le sujet, à l’instar de celui
de SD Mehta, commence par un rappel que l’OMS préconise le geste
dans ses stratégies préventives de l’infection VIH, quelles que
soient les réticences qui persistent. L’étude présentée ici possède
ses propres limites, et en premier lieu celle des IST choisies : la
méta analyse de référence un peu abusivement citée plus haut
relevait effectivement une forte diminution de la transmission… de
la syphilis et des chancres à Haemophilus ducreyi; en outre un
autre essai, Ougandais lui aussi, avait retrouvé une incidence
d’ulcères génitaux réduite de presque moitié chez les circoncis.
Tout dépendrait donc de l’IST, ulcérative ou non ; et même dans le
second cas, une protection pourrait en découler, non pour l’homme
mais pour ses partenaires féminines (Castellsagué et al, 2005). On
voit que le débat est loin d’être clos.
Dr Jack Breuil
Mehta SD et coll. : Adult male circumcision does not reduce the risk of incident Neisseria gonorrhoeae, Chlamydia trachomatis, or Trichomonas vaginalis infection: results from a randomized, controlled trial in Kenya. J of Infect Dis., 2009; 200; 370-378
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