Portrait robot des patients admis en réanimation pour grippe A (H1N1)

La pandémie grippale actuelle pourrait conduire à un accroissement massif des hospitalisations en réanimation, le virus A (H1N1) entraînant semble-t-il beaucoup plus souvent que la grippe saisonnière des syndromes de détresse respiratoire aiguë.

Une publication espagnole qui vient d’être mise en ligne sur le site de la revue Critical Care permet d’en savoir un peu plus sur ces formes graves de grippe pandémique.

Le travail de Jordi Rello et coll. a porté sur les 32 adultes admis en réanimation en Espagne pour grippe A (H1N1) entre le 23 juin et le 31 juillet 2009. Rappelons que l’Espagne a été au cours de l’été, avec le Royaume Uni, le pays d’Europe le plus touché par cette infection (16 décès jusqu’au 25 août).

Dans tous les cas, le diagnostic a été confirmé biologiquement. L’âge médian de ces 32 patients était de 36 ans et un seul avait plus de 65 ans (rappelons que les enfants étaient exclus de l’étude).  La moitié des malades souffraient d’une pathologie préexistante (obésité [dans 10 observations], asthme et bronchopneumopathie chronique obstructive [BPCO] notamment). La cause de l’hospitalisation en réanimation était dans 29 observations une pneumopathie virale, dans 2 cas une décompensation de BPCO et pour un malade une surinfection à pneumocoque. Le score APACHE II moyen des patients était de 13,8 +/- 6,4.

Un tiers des patients ventilés en procubitus 

Parmi ces 32 malades, 24 ont développé des défaillances organiques multiples, 20 ont nécessité l’administration de vasopresseurs, 7 ont dû bénéficier de techniques d’épuration extra-rénale et chez les 3 quarts, une ventilation assistée s’est imposée (8 malades ont été traités par ventilation non invasive à l’admission mais leur état a nécessité une intubation dans 6 cas).

La radio de thorax était anormale dans toutes les observations avec le plus souvent des opacités alvéolaires disséminées atteignant 3 ou 4 quadrants chez 23 patients.

Biologiquement, les LDH étaient élevés dans 30 cas sur 32, les transaminases dans 23 observations et les CPK dans 26 cas. Une leucopénie (n=9) était plus fréquente qu’une hyperleucocytose (n=4). En dehors de l’administration systématique d’oseltamivir pendant en moyenne 8 jours (souvent à fortes doses) et d’une antibiothérapie à large spectre, le traitement a été axé sur la ventilation assistée (entre 1 et 50 jours). En raison d’une hypoxie réfractaire, un tiers des patients a dû être ventilé en procubitus.  

La gravité de ces pneumopathies grippales est attestée par les 8 décès qui ont été à déplorer sur cette courte série et par les 5 malades qui étaient toujours ventilés lors de la soumission de l’article pour publication.

Même si il est encore difficile de connaître précisément la fréquence de ces formes graves, on peut affirmer que cette grippe pandémique n’est pas toujours une « grippette ».

Dr Anastasia Roublev

Référence
Rello J et coll.: Intensive care adult patients with severe respiratory failure caused by influenza A (H1N1)v in Spain. Critical Care 2009; 13: R148 (doi:10.1186/cc8044).

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article