Le meurtre en série reste heureusement relativement rare mais
l’on constate néanmoins une augmentation régulière de la fréquence
de ce type « d’agissements ».
Par définition, un tueur est dit « en série » à partir de 3
homicides commis à des endroits différents et espacés dans le
temps. Le phénomène de meurtres en série est le plus souvent
difficile à identifier en raison notamment de l'absence de
relations personnelles entre les victimes et l’auteur le plus
souvent, de l’insuffisance de communications entre les différentes
juridictions impliquées voire du manque fréquent de preuves
matérielles.
Entre 1995 et 1997, dans le Sud de l'Italie, se sont produits
quinze meurtres de femmes âgées de plus de 70 ans. Trois d’entre
elles avaient été étranglées et les autres avaient été poignardées
à plusieurs reprises au niveau du cou. Aucune arme n’avait été
retrouvée sur les lieux et aucune victime ne présentait de lésions
de défense. Il n’y avait des preuves d’agression sexuelle que dans
un seul cas. Toutes les victimes ont été retrouvées dans leurs
propres appartements ; il n’y avait pas de signe d'effraction mais
l’agresseur avait volé l'argent et /ou des bijoux.
Au départ, il ne paraissait pas évident que les crimes eussent
été commis par un même auteur.Sous la pression médiatique
cependant, une équipe pluridisciplinaire a revu l’ensemble des cas
et est parvenue à définir le profil de l'assassin. Devant le mode
opératoire inhabituel, elle a suggéré qu’il pouvait s’agir d’un
immigré, ayant commis ces meurtres avec une motivation sexuelle et
qui aurait pu avoir déjà fait l’objet d’arrestations pour
infractions sexuelles. Le 15 Septembre 1997, un suspect était
appréhendé : un homme âgé de 35 ans, originaire de Tunisie
identifié par un jeune voisin de la dernière victime. Il a été
reconnu coupable de quatre des meurtres et a été condamné à une
peine d'emprisonnement à perpétuité.
En 2005, il a avoué le meurtre de quatre autres femmes, pour
lesquels neuf autres personnes avaient déjà été jugées et
condamnées, dont un homme qui s’est suicidé en prison. En 2007, il
a finalement avoué être l’auteur des quinze assassinats. Il
reconnaîtra également avoir commis des agressions sexuelles dans
tous les cas, bien qu’on n’en eût pas retrouvé la preuve sur la
plupart des scènes de crime.
Les études psychopathologiques montrent que la majorité des
tueurs en série répondent au diagnostic de psychopathe sadique
sexuel. Une enfance teintée de violence physique et psychologique,
une dynamique familiale perturbée, des fantasmes omniprésents,
teintés de violence constituent le dénominateur commun des tueurs
en série. Dans le cas présenté, les entretiens ont retrouvé une
personnalité antisociale et un sadisme sexuel. Le meurtrier avait
été abusé physiquement et sexuellement dans l’enfance.
Bien qu’ils défraient régulièrement la chronique, les tueurs en
série restent une énigme. Les différentes études permettront
peut-être de décoder la manière dont ces individus fonctionnent et
ainsi de prévenir leur émergence…
Dr Frédérique Doriat
Campobasso CP et coll. : A serial killer of elderly women: Analysis of a multi-victim homicide investigation. Forensic Sci Int., 2009 ; 185 : e7-e11
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