Grippe A (H1N1) : l’épidémie progresse plus vite que l’adhésion à la vaccination

Paris, le mercredi 28 octobre 2009 – Il demeure aujourd’hui encore difficile de déterminer la part de professionnels de santé ayant répondu à la première phase de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1), débutée la semaine dernière dans les services hospitaliers de maladie infectieuse et de réanimation pédiatrique. L’édition cette semaine par la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) de coupons AMELI à l’intention des salariés de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) permettra, en améliorant la traçabilité de la vaccination, d’en savoir plus. Cependant, dores et déjà, plusieurs indicateurs semblent montrer que la réticence exprimée dans plusieurs sondages s’est confirmée dans les faits.

Un taux "d'acceptation" de la vaccination "affligeant"

Ainsi, une enquête réalisée par le Syndicat national de la profession infirmière (SNPI) révélait à la mi septembre que 65 % des infirmières avaient l’intention de refuser la vaccination. Cette méfiance de ces professionnelles semble également s’observer sur le terrain. Cité par le quotidien Ouest France, le directeur adjoint du CHU d’Angers, Ronald Pontefract remarque en effet : « Nous avons une bonne réponse de la part des médecins et de l’encadrement. En revanche, la réponse est plus nuancée chez les infirmiers et le personnel soignant ». Au regard des 200 personnes (sur 7 000 employés) ayant souhaité bénéficier de la vaccination depuis le lancement de la campagne mercredi dernier au sein de l’hôpital, il semble que même chez les praticiens et les cadres, l’adhésion ne soit que limitée. A l’AP-HP, ce ne sont pas les chiffres qui nous renseignent, mais le ton alarmiste du professeur Brun Buisson, président du Comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) de l’institution. Dans une note interne à tous les employés de l’AP, diffusée en ce début de semaine, son directeur général, Benoît Leclercq cite les propos du spécialiste : « Les informations aujourd’hui disponibles - et avec les réserves d’interprétation liées au recul de seulement 72 heures -, semblent indiquer que le degré d'acceptation du personnel non médical, mais aussi des médecins, dans cette première semaine de vaccination H1N1 est totalement affligeant ! ».

Rassurer et inquiéter

Face à ces débuts difficiles, l’AP use de différentes tactiques. Sur son site internet, elle propose une mise au point sur l’intérêt de la vaccination, pour, souligne-t-elle « répondre aux inquiétudes de ses personnels sur les risques éventuels du vaccin ». C’est ainsi qu’est citée le docteur Sandra Fournier, responsable du dossier à la Direction de la Politique médicale de l’AP-HP. Les premières études, dit-elle, ont révélé « une très bonne réponse après la vaccination, en termes de réponse protectrice » avant d’ajouter : « les autorités sanitaires considèrent que le bénéfice démontré l’emporte largement sur un risque toxique théorique et considéré comme minime ». En coulisse, le ton est plus impératif. Dans la note interne de Benoît Leclercq, on peut en effet lire cette mise en garde sans nuance du professeur Brun-Buisson. « Il est de notre devoir à tous de rappeler à l'ensemble du personnel, et de s'assurer qu'il le comprenne bien, que personne ne sera plus exposé a la grippe A/H1N1 qu'eux-mêmes, et que lorsqu'il y aura eu, ne serait-ce qu'un décès parmi notre personnel après X jours de ventilation mécanique… il sera trop tard ».

76 % de consultations en plus par rapport aux quatre dernières années

Si le ton est pressant c’est que l’épidémie ne cesse de progresser. Quand les taux de vaccination des personnels restent encore inconnus, la hausse du nombre de consultations liées à la grippe est pour sa part sans appel. Ainsi, le professeur Gérard Cheron, chef du service de réanimation de l’hôpital Necker constatait hier une augmentation de 76 % du nombre de consultations des enfants de 1 à 15 ans par rapport aux quatre années précédentes, concernant cinq établissements pédiatriques de l’AP-HP. Sans mystère, il indique : « L’explication, c’est des syndromes grippaux et on prélève dans plus de 95 % des cas une grippe H1N1 ».

Quand ? Où ? Comment ?

Cette situation ne fait qu’accroître le sentiment d’urgence quant à la nécessité de lancer la campagne de vaccination auprès du grand public. Cependant, dans ce domaine également, l’incertitude demeure. Alors que le quotidien Le Parisien publiait hier la liste des 166 centres qui seraient réquisitionnés pour procéder aux vaccinations en Ile de France, la Direction générale de la Santé, interrogée par le quotidien gratuit 20 minutes préfère limiter les informations précises. « Il n’y a rien de définitif » affirme-t-on en effet : une déclaration qui concerne autant les lieux de vaccination que la date du début de la campagne. « Rien n’est décidé » insiste-t-on en effet, la DGS semblant refusant de confirmer la date du 12 novembre avancée par le Parisien.

A.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • vaccination contre la grippe H1N1 : les adjuvants en question

    Le 28 octobre 2009

    Il est évident que si l'on proposait des vaccins sans adjuvant, comme l'exige la FDA aux USA, et sans Thiomersal, désinfectant mercuriel, le personnel de santé serait sans doute moins réticent. Malheureusement, actuellement, les vaccins utilisé en France sont, sauf rares cas, des vaccins multidoses contenant un adjuvant et du thiomersal dont on sait que c'est une allergisant grave ayant entraîné des décès chez des allergiques. Et Dieu sait qu'il y en a beaucoup.
    Mais pourquoi la FDA n'a-t-elle accepté que des vaccins sans adjuvant ? Ils sont fous ces Ricains???
    Qu'on se rassure, il y aura bien des vaccins sans adjuvant, mais … pas avant décembre et, sans doute, pas avant qu'on ait épuisé les stocks des vaccins avec d'adjuvants.

    Docteur Guy Roche

Réagir à cet article