Paris, le jeudi 29 octobre 2009 – Elle était devenue ces
dernières semaines un sujet de moquerie. Certains n’hésitaient pas
en effet à ironiser sur cette épidémie si menaçante qui tardait
tant à se propager. Les chiffres présentés hier par l’Institut
national de veille sanitaire (InVS) devraient faire taire les
plaisantins. L’intensification de l’épidémie, déjà pressentie en
début de semaine, à la lueur des chiffres de l’Assistance publique
des hôpitaux de Paris (AP-HP) ou du réseau SOS médecins, ne fait en
effet plus aucun doute. C’est en Ile de France que la progression
est la plus marquée, avec une hausse de 55 % des consultations la
semaine dernière, comme l’a indiqué la directrice générale de
l’Institut national de veille sanitaire, Françoise Weber. Les
urgences pédiatriques sont les premiers témoins de cette flambée. «
Tous les services en Ile de France ont une augmentation
d’activité de plus 75 à 80 % » par rapport aux années
précédentes, a en effet signalé le professeur Gérard Chéron, chef
de service à Necker. La directrice de l’InVS confirme : «
L’augmentation la plus importante concerne les 6/14 ans ».
Son dernier bulletin mis en ligne hier révèle par ailleurs que
quatre nouveaux décès ont été recensés entre le 19 et le 25
octobre, portant à 44 le nombre de morts liés au virus H1N1 en
France.
Les Canadiens ne boudent plus le vaccin !
Face à cette progression de l’épidémie, peut-être verra-t-on la
prophétie du premier ministre, François Fillon se réaliser. A
l’occasion de la présentation du plan de vaccination, il avait en
effet affirmé à la fin du mois de septembre : « Beaucoup de
ceux qui ne se sentent pas concernés par la vaccination, vont au
contact de la montée de la pandémie, certainement changer
d’avis ». Les Canadiens ont pour leur part déjà pu faire
l’expérience de cette versatilité de l’opinion face à
l’intensification de l’épidémie. Alors qu’un sondage réalisé il y a
quelques jours indiquait que seul un tiers des Canadiens avaient
l’intention de se faire vacciner, les centres médicaux rencontrent
en effet aujourd’hui des difficultés à faire face à l’afflux de
personnes souhaitaient se faire immuniser. Parallèlement à
l’impatience et à l’inquiétude de la population, le gouvernement
doit en outre répondre à la montée d’un certain mécontentement lié
à une organisation complexe qui a laissé à chaque grande ville le
choix d’organiser sa propre campagne et de définir les personnes
prioritaires. Témoin de ce climat d’empressement et de tension : la
ville de Toronto, où a été recensé cette semaine le décès d’un
troisième adolescent, a choisi d’avancer la date de la campagne de
vaccination dédiée à la population générale et de ne pas réserver
la primeur du vaccin aux travailleurs de santé.
3,5 % de personnels vaccinés à l’AP-HP !
L’exemple canadien ne convaincra peut-être pas tous ceux et
celles qui demeurent persuadés que les Français resteront sourds à
l’incitation à la vaccination. Pourtant, dans une dépêche de l’APM
publiée ce matin, un indice particulièrement révélateur confirmera
que l’opportunité de se faire immuniser contre le virus H1N1
pourrait ne plus être tant discutée dans les heures à venir. Il
apparaît en effet qu’à l’Assistance publique des hôpitaux de
Marseille où la campagne de vaccination débutée la semaine dernière
a commencé dans une certaine indifférence, un pic très net a été
noté mardi. Ainsi, 264 personnes ont été jusqu’alors vaccinées au
sein des établissements marseillais, dont 100 ont choisi de se
faire immuniser au cours de la seule journée du 27 octobre. Pour
autant, pour l’heure, le taux de participation des personnels
hospitaliers à la campagne demeure très bas. Alors que l’on
rapportait hier dans ces mêmes colonnes, les vifs regrets du
professeur Brun-Buisson (président du Comité de lutte contre les
infections nosocomiales au sein de l’AP-HP) face au très faible
engagement des soignants franciliens, les premières données
chiffrées ont été rendues publiques hier. Ainsi, vendredi 23
octobre, seuls 3,5 % des professionnels de l’AP-HP (soit 2 800 sur
un total de 80 000 salariés) avaient choisi de se faire vacciner.
Ce taux, que le professeur Brun-Buisson n’a pas voulu considérer
comme « absolument catastrophique » a cependant été qualifié de «
faible » par le spécialiste. « On aurait pu atteindre
les 10 % comme c’est déjà le cas à l’hôpital Tenon à Paris ou
l’hôpital Henri Mondor à Créteil (dont il est le chef du
service de réanimation médicale, ndrl) » regrette-t-il. En
province, l’engouement ne serait guère plus marqué. Cependant, les
données manquent encore pour l’heure de précision et la directrice
de l’hospitalisation et de l’organisation des soins (DHOS) déplore
en la matière un « certain nombre de dysfonctionnements »
dans le remplissage des bons de vaccination, qui doivent permettre
d’établir un « suivi de qualité concernant (…) la couverture
vaccinale » rappelle-t-elle. Il est à espérer que le système
fonctionnera plus efficacement lors de l’élargissement de la
campagne à la population générale, apparemment prévu pour le 12
novembre… à moins que le gouvernement ne décide d’avancer une date
qui semble étonnement éloignée face à l’imminence de la crise.
AH
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