«Docteur, dois-je me faire dépister pour le cancer du poumon ?»

La question du dépistage du cancer du poumon par l’un de vos patients, fumeur ou ancien fumeur, cache souvent une crainte - celle d’avoir un cancer du poumon (CP) - et un espoir - celui qu’un dépistage rassurera ou permettra, à tout le moins, un diagnostic à un stade encore curable.

Comment un médecin peut-il répondre à la question posée ?

Il peut évoquer les relations tabac/cancer, parler de l’intérêt reconnu du dépistage (individuel), rassurer tout en prenant les choses en main….
Il peut aussi s’appuyer sur des statistiques en se référant aux tables du programme I.ELCAP (International Early Lung Cancer Action Program) (1) présentées dans un article de synthèse récent (2).

Coté bénéfices

Le médecin peut présenter les bénéfices potentiels d’un tel dépistage définis en terme de probabilités :

1/ probabilité de diagnostiquer un CP après un dépistage par TDM,

2/ probablilité de découvrir un cancer précoce,

3/ probabilité de ne pas mourir d’autres causes avant le possible décès par un CP qui pourrait être détecté par un dépistage précoce.

4/ probablilité d’un bénéfice en terme de survie.

- Probabilité de diagnostiquer un CP après un dépistage par TDM. Il s’agit de savoir quelle est la probabilité de diagnostiquer un cancer asymptomatique. Cela dépend évidemment de l’âge du patient, de la quantité de tabac fumé (paquets/années- p/a) et du temps de sevrage éventuel. Cette probabilité va de 0,5 % pour une personne de 60 ans ayant fumé 10 p/a et sevré depuis 20 ans à 6,8 % pour un fumeur de 85 ans non sevré et ayant fumé 100 p/a.

- Probabilité de découvrir un cancer précoce. Cette probablilité est de 85 % (i.e on peut détecter 85 % des stades I existants) et la probabilité que le cancer soit curable par une chirurgie rapide est de 92 %. Si bien que la probabilité qu’un cancer détecté par une TDM soit curable est de 78 % (85x92).

- Probabilité de ne pas mourir d’autres causes avant le possible décès par un CP qui pourrait être détecté par un dépistage précoce. Cette probabilité va de 98 % pour un patient de 60 ans à 10 p/a sevré depuis 20 ans à 37 % pour un patient de 85 ans, fumeur à 100 p/a.

- Probabilité d’un bénéfice en terme de survie. C’est le produit des probabilités évoquées ci-dessus. Il diminue avec l’âge (si la probabilité de diagnostiquer un CP augmente avec l’âge, le risque de décéder d’autres causes augmente aussi..).

Coté inconvénients

Au chapitre des inconvénients possibles, le médecin évoquera :

- Le risque d’exposition aux radiations ionisantes d’une TDM. Il est considéré comme raisonnable (0,8 milli-Sieverts, du même ordre que pour une mammographie).

- Le risque (faible) lié à la pratique d’une biopsie non productive. Un nodule qui reste stable ne justifie qu’un contrôle TDM. Mais s’il augmente de taille ou se révèle positif au Pet-scan, une ponction-biopsie sous TDM est recommandée (qui donnera un diagnostic de malignité dans 90% des cas).

- Le risque de troubles psychologiques liés aux examens (anxiété) est considéré comme modeste et limité dans le temps.

Pas si facile…

Pas sûr que toutes ces statistiques soient de nature à rassurer les fumeurs conscients d’un risque et volontaires pour l’affronter… sans compter la difficulté de les aligner lors d’un colloque singulier…

Dr Roland Charpentier

Références
(1) I.ELCAP Investigators : Computed tomographic screening for lung cancer : individualising the benefit of screening. Eur Respir J 2007 ; 30 : 843-847.
(2) Henschke CI et coll. : Informing the decision about being screened for lung cancer. Lung Cancer Frontiers. Spring 2009. N°36. Publication en ligne.

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Vos réactions (1)

  • Des risques supplémentaires...

    Le 29 octobre 2009

    Vous oubliez deux risques :
    - Celui d'une erreur par excès de l'anapath. C'est plus fréquent qu'on ne le croit. Par exemple, les victimes du fauteuil conforama ont été diagnostiquées à tort comme ayant un cancer au moins deux fois. Le patient dépisté risque donc de se voir diagnostiquer et traiter un cancer qu'il n'a pas.
    - Celui, comme pour la prostate, du dépistage d'une lésion peu évolutive (si, si, ça existe) ou qui aurait régressé spontanément.
    D. Dupagne

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