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« Alors, les yeux des aveugles verront… »

Publié le 02/11/2009 Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

La thérapie génique vient de faire un grand pas en avant. Avec la publication des résultats très positifs obtenus par une équipe internationale chez une douzaine de patients souffrant d’une dégénérescence rétinienne d’origine génétique.

Sous l’appellation d’amaurose congénitale de Leber (ACL), on réunit aujourd’hui un groupe d’affections génétiques rétiniennes en rapport avec des mutations portant sur 13 gènes différents. La maladie qui se transmet le plus souvent sur le mode autosomique récessif se manifeste par une dégénérescence rétinienne qui se traduit par une baisse importante de l’acuité visuelle évoluant rapidement vers la cécité et s’accompagnant d’un nystagmus.

Dans 6 % des cas environ, l’ACL est liée à une mutation du gène RPE65 qui code pour une enzyme de l’épithélium pigmentaire, l’isomerohydrolase qui catalyse la synthèse d’un précurseur de la rhodopsine indispensable à la phototransduction et à la vision.

Depuis plusieurs années ce type d’ACL est la cible privilégiée de tentative de thérapie génique. En 2006, une équipe nantaise avait publié des données très encourageantes obtenues sur un modèle canin de la maladie après injection sous rétinienne d’un vecteur viral porteur du gène RPE65 (1). Il y a un an deux équipes rapportaient les résultats préliminaires observés chez les 6 premiers adultes traités par un protocole de thérapie génique proche (2,3). Avec 5 mois de recul, les 3 malades traités par l’équipe italo-américaine avaient bénéficié d’une amélioration modeste de l’acuité visuelle et du réflexe pupillaire à la lumière ainsi que d’une diminution du nystagmus. Après ce traitement, un de ces patients avait pu s’orienter correctement lors d’un test de déambulation. 

Devant l’innocuité apparente de cette thérapie génique et ces premiers résultats favorables, l’équipe d’Albert Maguire et coll. a entrepris une étude de phase 1 portant sur 12 patients et incluant cette fois 4 enfants âgés de 8 à 11 ans. Pour tous ces malades une injection sous rétinienne d’un adénovirus porteur du gène RPE65 (AAV2-hRPE65v2) a été réalisée dans l’œil le plus atteint. Trois doses croissantes de virus ont été testées (1,5 x 1010, 4,8 x1010 et 1,5 x 1011).

Des vidéos démonstratives

Avec jusqu’à deux ans de recul, les résultats sont tout à fait positifs. Pour tous ces malades on a constaté une amélioration à la fois subjective et objective de l’œil traité débutant dès les premiers jours. L’acuité visuelle s’est améliorée chez 7 patients, est restée stable chez 4 sujets et s’est détériorée chez un malade. Le champ visuel de tous les patients a été étendu. La sensibilité à la lumière s’est accrue chez tous les patients testés et la réponse pupillaire à la lumière s’est améliorée dans les 11 cas où elle a été mesurée. Le gain en terme de sensibilité à la lumière est apparu corrélé à l’âge au traitement, les meilleurs résultats étant observés chez les enfants (gain moyen de 2,2 log chez les 4 enfants et de 1,2 log chez les adultes). 

Test de déambulation avec l'oeil traité.

L’épreuve de déambulation parmi des obstacles standardisés a été particulièrement démonstrative. Avant traitement, 11 des 12 malades éprouvaient de grandes difficultés lors de ce test en particulier lorsque la luminosité était faible. Chez les 4 enfants, les vidéos montrent une amélioration substantielle après la thérapie génique avec moins d’erreurs et un temps de réalisation plus court.

Test de déambulation avec l'oeil malade.

Aucun effet secondaire durable (local ou général) n’a été constaté chez ces patients, aux doses utilisées.  

La thérapie génique s’est donc révélée efficace chez ces patients souffrants de cécité complète ou quasi complète avec une amélioration très sensible et stable notamment chez les enfants. Les prochaines étapes pourraient évaluer l’intérêt d’un traitement plus précoce, d’une injection portant sur les deux yeux ainsi que les effets à long terme de cette thérapie sur la progression de la dégénérescence rétinienne.

D’autres formes d’ACL et d’autres maladies rétiniennes à début précoce pourraient également être l’objet d’essais cliniques. Plus généralement ce succès marquera sans doute un tournant dans la brève histoire de la thérapie génique et laisse espérer des progrès significatifs dans la prise en charge d’autres affections génétiques.



Dr Anastasia Roublev


Maguire A et coll. : Age-dependent effects of RPE65 gene therapy for Leber’s congenital amaurosis: a phase 1 dose-escalation trial. Lancet 2009; publication avancée en ligne le 24 octobre 2009 (D0I:10.1016/S0140-6736(09)61836-5).
1)Le Meur G et coll. : Restoration of vision in RPE65-deficient Briard dogs using an AAV serotype 4 vector that specifically targets the retinal pigmented epithelium. Gene Ther., 2007;14 : 292-303.
2)Brainbridge J et coll. Effect of gene therapy on visual function in Leber’s congenital amaurosis. N Engl J Med., 2008 ; 358 : 2231-9..
3)Maguire A et coll. : Safety and efficacy of gene transfer for Leber’s congenital amaurosis. N Engl J Med 2008; 358 : 2240-8.




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