Baisse de réserve coronaire en cas de troubles dépressifs majeurs ?

Les troubles dépressifs majeurs (TDM) sont volontiers associés à la maladie coronaire de manière totalement inexpliquée. Certes, les hypothèses ne manquent pas, mais aucune n’a été validée en recherche clinique. Les TDM pourraient agir par l’intermédiaire de la microcirculation coronaire. Des facteurs génétiques pourraient en outre interférer avec ceux qui conditionnent la survenue d’une maladie coronaire.

C’est du moins ce que suggèrent les résultats d’une étude de type cas-témoins, quelque peu sophistiquée, dans laquelle ont été inclus 289 sujets de sexe masculin dont 106 jumeaux (53 «paires») atteints ou non de TDM anciens et 183 jumeaux témoins sans passé neuropsychiatrique. La réserve coronaire (RC) a été quantifiée par tomographie à émission de positons (TEP), le radiotraceur étant en l’occurrence l’ammoniaque marqué par l’azote 13 (13N) injecté à deux reprises, d’une part à l’état basal, d’autre part après vasodilatation pharmacologique au moyen de l’adénosine. Le rapport entre le débit sanguin coronaire (en ml/mn/g de tissu myocardique au repos et après stimulation a ainsi permis de calculer la RC en question, cependant que l’ischémie myocardique était «quantifiée» à partir d’un score de perfusion utilisé en routine.

Aucune différence significative n’a été globalement mise en évidence entre les cas et les témoins. Cependant, chez les jumeaux dizygotes atteints de TDM, la RC s’est avérée un peu plus basse, de - 14 % (p=0,03 versus les jumeaux indemnes de TDM). Cette différence n’a pas été retrouvée chez les sujets monozygotes (p=0,19). L’interaction entre TDM/mono- et dizygotes après ajustement statistique s’est avérée significative (p=0,006). Il existerait des voies génétiques communes aux TDM et au dysfonctionnement de la microcirculation myocardique. Il en serait de même pour les processus physiopathologiques qui sous-tendent ces troubles psychiatriques et l’athérosclérose précoce. Ces hypothèses restent à confirmer sur une plus grande échelle, mais elles n’en sont pas moins fort séduisantes.  

Dr Philippe Tellier

Référence
Vaccarino V et coll. : Major Depression and Coronary Flow Reserve Detected by Positron Emission Tomography. Arch Intern Med 2009; 169: 1668-1676.

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