Une étude multicentrique, prospective, l’étude REAL, a été mise
en œuvre en France afin de mieux connaître l’histoire naturelle de
la maladie d’Alzheimer et ses complications. Les résultats
préliminaires de l’analyse à 4 ans des données évolutives des 686
patients ont été présentés à l’occasion du congrès de
psycho-gériatrie de langue française.
Des batteries de tests d’évaluation à répétition
A l’entrée dans l’étude, les patients avaient une maladie
d’Alzheimer légère à modérée, vivaient à domicile et bénéficiaient
d’une prise en charge par un aidant. La moyenne d’âge des patients
était de 77,86 ± 6,82 ans et 71 % d’entre eux étaient des femmes
(n=488). Les scores moyens obtenus au MMSE (Mini Mental State
Examination) étaient de 20,1 ± 4,23, ceux à l’échelle ADL
(Activities of Daily Living) de 5,43 ± 0,90 et ceux au NPI
(Neuropsychiatric Inventory) de 15,31 ± 15,29. Un patient
sur 5 (20,5 %) avaient des symptômes dépressifs significatifs (NPI
> 4).
Les données d’intérêt de quatre années de suivi, à raison d’une
évaluation tous les six mois, ont été examinées. L’analyse a
notamment porté sur : les fonctions cognitives, évaluées par MMSE
(Mini Mental State Examination), ADAS-Cog (Alzheimer
Disease Assessment Scale-Cognitive) ; la dépendance,
déterminée sur l’échelle ADL (Activities of Daily Living)
et IADL (Instrumental ADL) ; les troubles du comportement,
estimés sur le score NPI (Neuropsychiatric Inventory) ;
les altérations de l'état nutritionnel, évaluées par le score
MNA (Mini Nutritional Assessment) ; la sévérité du fardeau
pour les aidants, estimée sur l’échelle de Zarit.
Parmi les 686 patients initialement inclus, 207 (30,17 %) ont
mené l’évaluation à terme.
L’analyse d’une détérioration
L’évaluation de l’adhésion aux traitements laisse apparaître que
près de 80 % des patients ont poursuivi le traitement
anticholinestérasique qu’ils prenaient lors de leur entrée dans
l’étude. L’incidence annuelle du placement en institution était de
13,38 %, celle des décès de 7,35 %.
L’analyse, qui a pris en compte les événements intercurrents et
les changements de lieux de vie, met en évidence une perte moyenne
de 7,03 ± 5,64 points au MMSE (p < 0,0001). Évaluée selon le
temps, cette perte était de 1,96 ± 3,75 points la première année,
puis de 2 à 2,5 points les années suivantes.
La dépendance est allée en empirant, avec une baisse des scores
ADL et IADL respectivement de 1,87 ± 1,66 (p<0,0001) et 2,80 ±
1,90 points (p<0,0001).
Une aggravation des troubles du comportement est mise en
évidence, avec une variation des scores NPI de 6,68 ± 18,42 points
(p ≤ 0,0001), ainsi qu’un accroissement de la charge des aidants
(variation de 6,09 ± 15,16 points à l’échelle de Zarit ;
p<0,0001).
À l’évaluation nutritionnelle, une stabilité du poids des
patients est observée (variation de poids de 0,84 +/- 6,88 kg
; p=0,0539).
Cette étude montre, sur quatre années de suivi prospectif, des
altérations qui pèsent sur l’évolution de la maladie d’Alzheimer,
notamment une majoration significative de la dépendance des
patients, une aggravation significative des troubles du
comportement, et cette détérioration est associée à un
alourdissement significatif du fardeau des aidants. Les auteurs
voient dans ces résultats autant de cibles potentielles
d’adaptation et d’amélioration des modalités de soins et de prise
en charge.
Dr Julie Perrot
Gillette-Guyonnet S et coll. : L’évolution de la maladie d’Alzheimer : données à 4 ans de l’étude REAL.FR. 37th Congress of the European Association of Geriatric Psychiatry (EAGP) et 25e congrès de la Société de Psycho-Gériatrie de Langue Française, SPLF (Tours) : 16-18 septembre 2009.
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