A. BARBAUD,
Hôpital Fournier, Nancy
De très nombreux médicaments peuvent déclencher des
urticaires aiguës. Il est donc fondamental de récupérer les
informations concernant toutes les prises médicamenteuses lors de
la poussée d’urticaire et de faire un schéma chronologique sur
lequel figurent toutes les prises médicamenteuses et l’évolution de
la dermatose.
Conduite à tenir immédiate
En urgence, il faut interrompre tous les médicaments récemment
introduits dans un délai de 48 heures ou depuis plus longtemps en
cas de sensibilisation active se manifestant au 10e jour du
traitement. Il faut dresser la liste de tous les médicaments pris
en précisant quel générique a été utilisé par le patient et
demander à ce dernier de les conserver pour réaliser les bilans. Il
faut interdire la prise de tout médicament appartenant aux classes
suspectées jusqu’au bilan et rédiger un certificat ou une lettre
sur lesquels seront notés tous les médicaments et les classes
médicamenteuses contre-indiqués jusqu’aux investigations
ultérieures. Il faut d’emblée programmer un bilan dans les 6
semaines à 6 mois qui suivent et, en cas de gravité, prévenir et
demander conseil au Centre régional de pharmacovigilance.
Investigations dans les urticaires
médicamenteuses par hypersensibilité immédiate
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Figure 1. Technique de
l’IDR.
a.Tests intradermiques pour explorer les urticaires médicamenteuses
: à faire avec des médicaments existant sous forme injectable et
sous surveillance hospitalière.
b. IDR positives aux bêtalactamines dans une urticaire due aux
pénicillines.
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Les 11 recommandations à suivre
pour prendre en charge une urticaire
aiguë d’origine médicamenteuse
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• Faire un schéma chronologique avec le nom de tous les
médicaments pris en précisant la forme commercialisée prescrite et
délivrée
(générique).
• Arrêter les médicaments suspects, sans interrompre les
médicaments bien supportés et pris depuis plus de 10 jours.
• Ne pas essayer de substituer à l’aveugle dans la même classe, les
allergies croisées étant très fréquentes au sein d’une même classe
chimique.
• Demander au patient de conserver tous les médicaments qu’il a
pris qui serviront pour les bilans ultérieurs.
• Traiter par antihistaminique 1 de 2e génération et ce, une
semaine après l’arrêt du (des) médicament(s) suspecté(s).
• Programmer un bilan dermato-allergologique 6 semaines
après.
• En cas d’angioedème ou d’urticaire récidivante, ne pas demander
de tests mais savoir évoquer une intolérance pharmacologique aux
AINS, inhibiteurs du récepteur de l’angiotensine II (« sartans »),
inhibiteurs de l’enzyme de conversion, bupropion, les oedèmes
palpébraux
au tadalafil.
• Les tests in vitro ne sont pas validés (sauf anaphylaxie aux
curares).
• Les prick-tests et les intradermoréactions médicamenteuses sont
utiles
pour le diagnostic étiologique et la recherche d’allergies croisées
:
– l’hypersensibilité immédiate peut être liée au principe actif
ou aux excipients (sulfites, carboxyméthylcellulose…) ;
– les tests sont faits sous surveillance hospitalière ;
– un test négatif n’élimine pas le diagnostic d’allergie
médicamenteuse ;
– les tests guident les réintroductions médicamenteuses à doses
progressivement
croissantes, versus placebo, sous surveillance hospitalière.
• Le patient doit être porteur d’un certificat ou d’une carte
sur lesquels sont notés les médicaments contre-indiqués mais aussi
ceux qui peuvent être pris en remplacement.
• En cas de manifestations graves ou inattendues, une
déclaration au centre régional de pharmacovigilance doit être
faite.
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Quatre à 6 semaines après la phase aiguë, des investigations
cutanées ou sériques peuvent être réalisées.
Certaines urticaires sont dues à une hypersensibilité immédiate
médiée par des IgE spécifiques dirigées contre certains
médicaments. Dans ces formes, les tests peuvent être intéressants.
Les prick-tests peuvent être réalisés 3 à 4 jours après l’arrêt des
anti-H1, mais une semaine après s’il s’agit de la desloratadine.
Ils seront réalisés un mois après l’administration d’un corticoïde
par voie systémique. Il existe très peu de dosages commercialisés
d’IgE spécifiques (radioallergosorbent tests ou RAST). On peut
faire quelques RAST avec les bêtalactamines ou les curares. Les
tests de dégranulation des basophiles humains, peu spécifiques, ne
sont pas évalués pour prendre une place autre qu’à titre de
recherche dans la prise en charge de ces patients. Les tests
cutanés utiles dans les urticaires et angioedèmes sont les
prick-tests et les intradermoréactions (IDR) faites avec des
dilutions du médicament et lus de façon immédiate et retardée. Les
prick-tests sont pratiqués sur les avant-bras ou le dos des
patients avec un vaccinostyle. Tous les médicaments peuvent être
testés, mais dans les urticaires, on recommande de les tester
dilués. Ils sont considérés comme positifs lorsque la papule
mesurée à 20 minutes est égale ou supérieure au diamètre de la
papule obtenue avec le témoin négatif (sérum physiologique) + 3 mm.
Le témoin positif est l’histamine. Chez un patient ayant présenté
un choc anaphylactique, des dilutions importantes doivent être
réalisées.
Dans les urticaires, on
recommande de pratiquer les prick-tests avec le médicament
dilué.
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Figure 2. Technique du
prick-test.
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Les prick-tests et les IDR permettent de rechercher le
médicament inducteur et également les aller-gies croisées (1).
Sur 200 cas de toxidermie urticarienne dus à des médicaments
variés, chez des patients ayant eu des patch-tests avec lecture
immédiate, et en cas de négativité des prick-tests et des IDR
lorsqu’il existait une forme injectable du médicament, 28,25 % des
prick-tests et 20,6 % des IDR étaient positifs (2). La valeur
prédictive négative des tests cutanés dans les urticaires est en
cours de détermination. Pour les bêtalactamines, 49 patients sur 89
(55 %) ayant eu des tests cutanés immédiats négatifs et une
recherche d’IgE antidéterminants des pénicillines négative, avaient
un test de provocation orale positif avec la bêtalactamine
incriminée (3). Tous médicaments confondus, le risque d’avoir un
test de provocation oral positif malgré des tests négatifs est
d’environ 10 % chez les patients ayant une toxidermie par
hypersensibilité retardée ou urticarienne (4).
Urticaire aiguë par hypersensibilité non allergique
(ou intolérance médicamenteuse)
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Figure 4.
Urticaire médicamenteuse
au bupropion.
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Certaines urticaires médicamenteuses ne relèvent pas d’un
mécanisme d’hypersensibilité allergique et ne doivent pas faire
l’objet de tests cutanés. Il s’agit d’urticaires ayant un mécanisme
pharmacologique.
• Dans les angioedèmes et les urticaires déclenchées par les
anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), les poussées
surviennent avec des classes chimiques variées chez un même
patient. Ces urticaires ou angioedèmes, pouvant être associés à un
asthme et à une polypose nasosinusienne dans le cadre d’un syndrome
de Fernand Widal, sont liés à un mécanisme pharmacologique bloquant
la voie de la cyclo-oxygénase dans le métabolisme de l’acide
arachidonique (5,6).
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Figure 3.
Prick-tests positifs à 20 minutes dans un choc anaphylactique
:
dans un choc, toujours débuter avec des solutions très
diluées.
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• Les angioedèmes et les urticaires liées aux inhibiteurs de
l’enzyme de conversion (IEC) et aux « sartans » relèvent, au moins
pour les angioedèmes aux IEC, d’une interférence avec le
métabolisme des bradykinines (7,8). Il n’y a pas lieu de se lancer
dans des investigations, mais dès que ces médicaments sont
suspectés, le traitement antihypertenseur doit être modifié,
sachant que la récidive est possible lorsque l’on passe des IEC aux
sartans.
• Les urticaires liées au bupropion ne sont pas exceptionnelles
: les investigations immunoallergologiques sont négatives chez ces
patients et sont donc inutiles (9).
• Les oedèmes palpébraux liés à la consommation de tadalafil
sont pharmacologiques et non allergiques et ne nécessitent pas de
bilan (10).
• Dans les flushs liés aux corticoïdes, le mécanisme n’est pas
IgE-dépendant et les tests sont inutiles. L’encadré résume la
conduite à tenir devant une urticaire aiguë médicamenteuse.
Références
1. Barbaud A. Drug skin tests and systemic drug reactions: an
update. Exp Rev Dermatol 2007 ; 2 : 481-96.
2. Bursztejn A et al. Évaluation des tests dans les taxidermies
urticariennes. Ann Dermatol Venereol 2007 ; 134 : 7s39.
3. Torres MJ et al. Controlled administration of penicillin to
patients with a positive history but negative skin and specific
serum IgE tests. Clin Exp Allergy 2002 ; 32 : 270-6.
4. Waton J et al. Negative predictive value of drug skin tests in
investigating cutaneous adverse drug reactions. Br J Dermatol 2009
; 160 : 786-94.
5. Silverman E et al. Pharmacogenetics of the 5-lipoxygenase
pathway in asthma. Clin Exp Allergy 1998 ; 28 : 164-73.
6. Viola M et al. Celecoxib tolerability in patients with
hypersensitivity (mainly cutaneous reactions) to nonsteroidal
anti-inflammatory drugs. Int Arch Allergy Immunol 2005 ; 137 :
145-50.
7. Warner KK, Visconti JA, Tschampel MM. Angiotensin II receptor
blockers in patients with ACE inhibitor-induced angioedema. Ann
Pharmacother 2000 ; 34 : 526-8.
8. Sondhi D, Lippmann M, Murali G. Airway compromise due to
angiotensin-converting enzyme inhibitor-induced angioedema:
clinical experience at a large community teaching hospital. Chest
2004 ; 126 : 400-4.
9. Fays S et al. Bupropion and generalized acute urticaria: eight
cases. Br J Dermatol 2003 ; 148 : 171-2.
10. Chandeclerc ML et al. Tadalafil and palpebral edema. South Med
J 2004 ; 97 : 1 142-3.
Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, septembre 2009
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Vos réactions |
Faire le diagnostic négatif
Le 12 novembre 2009
En pratique ce qui paraît au moins aussi important, c'est de faire le diagnostic négatif de supposée allergie à un médicament dans les antécédents peu documentés(en particulier sur la nature de l'éruption et le délai d'apparition de l'éruption par rapport à la prise initiale). Cela permet d'autoriser la prise du médicament testé négatif, surtout devant la préoccupation du prescripteur ou du patient et de sa famille.
Dr Eric Thomas , allergologue à Chaumont (52)
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