La vaccination contre la grippe A (H1N1) est mal partie en
France.
Les sondages d’opinion montrent en effet que, pour l’instant,
une large majorité de la population n’a pas l’intention de se faire
vacciner et les premières données disponibles sur le taux de
vaccination dans les hôpitaux laissent penser que cette opinion est
partagée par un grand nombre de professionnels de santé.
Cette réticence, pour ne pas dire ce rejet, peut s’expliquer par
2 ordres de motifs :
- la morbi-mortalité liée au virus A (H1N1) pandémique est
plus faible qu’on ne le pensait à la fin du printemps ;
- beaucoup craignent des effets secondaires des vaccins
disponibles. Et ce phénomène est particulièrement exacerbé en
France, pays de naissance de nombreux vaccins mais où, pour des
raisons complexes et difficiles à cerner, s’est développé ces
dernières années un très fort courant « anti-vaccination ».
Allons-nous, du fait de ce climat, assister dans les prochaines
semaines à un mouvement d’opinion similaire à celui qui avait suivi
la campagne de vaccination contre l’hépatite B qui avait été
accusée par certains de favoriser l’émergence de scléroses en
plaques ?
Un travail qui vient d’être publié dans le Lancet permet de se
préparer à cette éventualité en mettant à notre disposition des
données qui nous aideront à interpréter plus sereinement l’annonce
inévitable d’effets secondaires vaccinaux (supposés ou
réels).
Prévoir les coïncidences
L’équipe internationale d’infectiologues, de spécialistes de la
sécurité vaccinale, d’épidémiologistes et de médecins de santé
publique qui signe cette publication s’est livrée à une activité
indispensable et pourtant inédite : évaluer, a priori, la fréquence
habituelle (ou « coïncidente ») dans la population de certains
événements pathologiques qui pourraient être, à l’avenir, imputés
au vaccin contre la grippe A pandémique. Ainsi, grâce à ce type de
données statistiques, il nous serait possible, en théorie, de
savoir si tel ou tel incident ou accident survenant dans les jours
ou les semaines qui suivent une vaccination a une probabilité
raisonnable d’avoir un lien de causalité avec cette immunisation
(si sa fréquence est supérieure à celle du « bruit de fond »
habituel) ou s’il ne s’agit plus vraisemblablement que d’une simple
coïncidence temporelle.
10 millions de vaccinés avec un placebo : 21 cas de syndrome de
Guillain-Barré dans les 6 semaines !
Prenons pour expliciter le propos l’exemple du syndrome de
Guillain-Barré (SGB) qui envahit les forums consacrés sur Internet
à la vaccination et qui hante le sommeil des responsables
sanitaires. Steven Black et coll. ont tenté sur la base d’une
recherche exhaustive dans la littérature médicale d’en évaluer
l’incidence hors de toute vaccination. Il est apparu que celle-ci
était bien sûr variable selon les pays, le sexe et les tranches
d’âge allant par exemple de 0,70/100 000/an chez les garçons de
moins de 17 ans au Royaume Uni à 10,13/100 000/an chez les hommes
finlandais de plus de 65 ans. Mais en moyenne, toutes classes
d’âge confondues et quel que soit le sexe, dans un pays comme
le Royaume Uni, l’incidence annuelle du SGB est estimé à 1,87/100
000. Si l’on admet (pour les besoins du raisonnement) que les
sujets vaccinés seront représentatifs de la population générale,
pour 10 millions de personnes ayant reçu le vaccin, le calcul nous
apprend que le hasard voudrait que l’on observe dans la semaine qui
suit l’injection 3,58 cas de SGB et 21,5 cas dans les 6 semaines
suivantes (voir tableau). En première analyse, nous ne pourrons
donc considérer le SGB comme un effet secondaire probable du vaccin
que si sa fréquence dépasse significativement celle du bruit de
fond.
Se prémunir contre la rumeur
Il va sans dire que ce raisonnement simple ne sera pas
totalement opérant. D’une part pour des motifs scientifiques.
Car les sujets vaccinés ne seront pas nécessairement représentatifs
de la population générale. D’autre part et surtout pour des
motifs médiatico-psychologiques voire politiques. On peut en effet
être certain que l’annonce, inéluctable, de quelques cas de SBG
dans les semaines qui suivront le début de la campagne fera plus de
« buzz » que les déclarations rassurantes d’épidémiologistes
évoquant dans des termes peu compréhensibles une fréquence «
coïncidentale ». Sans même évoquer les suites juridiques probables
de ces SGB, les tribunaux ne tenant pas toujours compte des
réalités statistiques (et c’est un euphémisme). Il est même
possible que rien ne pouvant démontrer que ces SGB ne sont pas dus
au vaccin, au nom du principe de précaution, les autorités
politiques soient amenés à prendre des mesures de restriction sous
la pression du public.
De la mesure du bruit de fond
Mais n’anticipons pas et présentons ici, grâce au travail de
Steven Black et coll., quelques chiffres qui nous permettront,
espérons-le, de raisonner plus sereinement dans les semaines qui
viennent.
|
Tableau
Nombre de cas « coïncidents » attendus après une vaccination
|
| |
Dans la journée
|
Dans la
semaine
|
Dans les 6
semaines
|
| SGB (pour 10 millions de
vaccinés) |
0,51
|
3,58
|
21,5
|
| Névrite optique (pour 10 millions
de femmes vaccinées) |
2,05
|
14,40
|
86,30
|
| Morts subites (pour 10 millions de
vaccinés) |
0,14
|
0,98
|
5,75
|
| SEP (pour 10 millions de
vaccinés) |
2,7 à 6,7
|
19 à 47
|
114 à 285
|
| Convulsions (pour 10 millions
d’adultes vaccinés) |
27,4
|
191
|
1 150
|
| Avortements spontanés (pour 1
million de femmes enceintes
vaccinées) |
397
|
2 780
|
16 884
|
SGB : Syndrome de Guillain-Barré ; SEP : Sclérose en
plaques |
Comme on le voit à la consultation de ce tableau, des problèmes
risquent de se poser pour des affections relativement rares comme
par exemple le SGB, la névrite optique ou la sclérose en plaques
(SEP) et dans ces cas, l’histoire du vaccin contre l’hépatite B et
de ses relations éventuelles avec la survenue de SEP montre bien
qu’il est difficile de faire prévaloir les lois de la statistiques
sur l’émotion. Mais la question des effets secondaires du vaccin
pourra être soulevée également devant la survenue d’événements très
fréquents comme des avortements spontanés ou des crises comitiales.
Le problème sera tout particulièrement aigu pour l’avortement
spontané alors que les femmes enceintes sont l’un des tous premiers
groupes prioritaires pour la vaccination. On voit en effet que,
parmi 500 000 femmes enceintes vaccinées en France, il y aurait, du
seul fait du hasard, autour de 1 400 avortements spontanés dans la
semaine suivant l’injection et il serait bien difficile de
démontrer à ces femmes et à la population que la vaccination n’est
pas nécessairement en cause.
Le casse tête de la femme enceinte
Chez la femme enceinte la question des effets secondaires
vaccinaux sera compliquée par plusieurs particularités : le manque
général d’expérience vaccinale chez la femme enceinte et l’absence
totale d’essais cliniques sur cette population avec ce vaccin et
l’impossibilité de démontrer, sans un long recul, l’innocuité d’un
vaccin sur les enfants à naître. A cela vient s’ajouter, en Europe
tout au moins, le fait que nous ne disposons pas encore de vaccin
sans adjuvant en quantité suffisante et qu’il nous faut donc
choisir entre vacciner dès maintenant, mais avec un vaccin «
adjuvanté » déconseillé chez la femme enceinte ou attendre le
vaccin sans adjuvant et risquer entre temps l’apparition de formes
graves de grippe chez la femme enceinte.
Pour ne pas passer à côté d’un effet secondaire réel
Il faut souligner a contrario que si le « bruit de fond »
pathologique peut conduire, à tort, à attribuer la responsabilité
d’un événement à un vaccin utilisé sur une très large échelle, il
peut également gêner, voir empêcher, l’identification d’un
effet secondaire véritable surtout si sa survenue est fréquente
dans la population générale. Ainsi si, par hypothèse d’école, le
vaccin augmentait de 10 % le risque d’avortements spontané, il
serait quasiment impossible de le détecter par une étude de
pharmacovigilance.
Enfin au-delà du danger de discréditer le vaccin par une
mauvaise interprétation de données statistiques complexes, il
convient de ne pas oublier que des effets secondaires bien réels,
mais inattendus, peuvent toujours survenir. Ceci a d’ailleurs
conduit les autorités sanitaires de plusieurs pays développés à
renforcer les systèmes de pharmacovigilance vaccinales (en
utilisant notamment le web) pour dépister ces éventuels nouveaux
effets indésirables le plus précocement possible.
Le devoir d’informer la population
Mais aussi sophistiqués soient-ils, tous ces systèmes peuvent
être mis en défaut :
- du fait d’une sur-déclaration éventuelle des effets
secondaires pour ce vaccin surmédiatisé ;
- en raison du risque de voir émerger, par hasard, une
relation statistiquement significative en apparence lorsque l’on
étudie un grand nombre de paramètres ou de sous groupes ;
- par des effets secondaires subjectifs, pour lesquels une
suggestion des sujets vaccinés informés immédiatement par les
médias est possible.
On le voit ce travail sur le bruit de fond pathologique pourra
être utile pour une meilleure compréhension des événements à venir
par le corps médical. Il était de notre rôle de le porter à la
connaissance de nos lecteurs.
Mais il est également essentiel, dans le cadre d’une campagne de
vaccination de masse d’une ampleur aussi inhabituelle, d’informer a
priori la population des difficultés auxquelles les autorités
sanitaires seront immanquablement confrontées pour interpréter les
données de phamacovigilance. Et ceci est le rôle du
gouvernement…
Dr Anastasia Roublev
Black S et coll. : Importance of background rates of disease in a assessment of vaccine safety during mass immunisation with pandemic H1N1 influenza vaccines. Lancet 2009 ; publication avancée en ligne le 31 octobre 2009 (DOI : 1016/S0140-6736(09)61877-8).
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Vos réactions |
Evaluer les complications graves chez les non vaccinés durant l'épidémie
Le 09 novembre 2009
Dans le même ordre d'idée que cet article très informatif, il serait intéressant d'évaluer les données inverses, à savoir le "surnombre statistique de complications graves et de décès dans une population non vaccinée subissant l'épidémie ?"
François Barret
Heureusement que la variole et la diphtérie sont déjà éradiquées...
Le 09 novembre 2009
Il est passionnant d'observer ce qui ce passe en ce moment à propos de la grippe A.
Entre un gouvernement qui ne sait pas communiquer et revenir sur ses surestimations du printemps, et la paranoïa qui s'est emparée du web, on se demande bien ce qui se passerait si une épidémie "sérieuse" nous tombait dessus.
Parmi les innombrables prises de parole anti-vaccin toutes plus ou moins vérifiables, on peut tout de même lire sur le web que la vaccination est un prétexte pour nous injecter des puces afin de nous surveiller. Par ailleurs en restant droit dans ses bottes, le gouvernement entretient une suspicion de manœuvres commerciales avec l'industrie pharmaceutique.
Heureusement que la variole et la diphtérie sont déjà éradiquées...
Véronique Mornet
Tester le typage lymphocytaire et les immunoglobulines
Le 09 novembre 2009
Dans votre article sur l'absence de sur-risque des vaccins il n'y a pas un mot sur les effets immunitaires d'une vaccination. On teste le typage lymphocytaire et les immunoglobulines avant et après vaccination. C'est simple. Pas besoin de grandes extrapolations statistiques
Alors on pourra discuter !
Dr Tournesac
Risque de contamination des malades
Le 09 novembre 2009
Personnel soignant non vacciné: égal risque de contamination des malades par le personnel soignant.
Bravo pour les non vaccinés
Sophie Prigent-Perrault
Vaccination des femmes enceintes: une certaine incohérence
Le 10 novembre 2009
Si l'on estime :
1) que les femmes enceintes sont davantage exposées aux complications de cette grippe ;
2) que de ce fait elles doivent être mieux protégées que la moyenne de la population ;
3) que les vaccins adjuvantés offrent une meilleure réponse immunitaire et donc une meilleure protection ;
4) que ces vaccins sont sans risque (puisqu'on doit vacciner avec des millions de français).
Alors pourquoi ne pas en faire 'bénéficier' les femmes enceintes ? Toute conduite contraire laisse planer un grand doute sur l'innocuité de ces vaccins et ne peut que contribuer à entretenir le doute dans la population !
J-M Nello
L'exception française
Le 10 novembre 2009
Mais c'est simplement "l'exception française". On avait déjà vu avec Roman Polanski: au-dessus des avis scientifiques, au-dessus des lois, etc. Mais qu'a-t-on fait aux Français quand ils étaient petits ?
Dr Virgile Woringer
Vaccin par voie nasale
Le 12 novembre 2009
Je pense qu'un vaccin par voie nasale comme cela se pratique aux USA aurait peut-être paru plus anodin et aurait probablement favorisé la vaccination.
Aucun article de votre part sur ce vaccin. Est-il tout aussi performant? Si oui pourquoi n'est-il pas disponible en France
?
Dr Frederique Moneyron
Enfin !
Le 12 novembre 2009
Enfin un article intelligent, scientifiquement étayé pour pouvoir lire autre chose que les inepties lues ou vues ici ou là !
Deux remarques : le trop fameux "principe de précaution" maintenant constitutionnel est évidemment une bêtise pour des gens qui s'informent sur TF1 !
Et deuxièmement Internet fait la preuve qu'il est le pire des moyens pour d'informer valablement !
Continuez à nous faire passer des articles de ce niveau ça fait plaisir même à un vieux médecin à la retraite ...
Dr Didier Hollard
Une société peu solidaire
Le 15 novembre 2009
Sujet intéressant mais le mal est fait. Peut-être faudra-t-il faire le point si une épidémie démarre et comparer les effets secondaires de la vaccination et les complications de la maladie, ce sera peut-être plus convaincant comme argument.
Par ailleurs peu de communications sur ce qui s'est passé dans l'hémisphère sud.
Stigmates d'une société peu solidaire et en terme de vaccination c'est peu compatible.
Dr Noujaim
Qui paye ?
Le 17 novembre 2009
A l'heure où le gouvernement souligne le déficit de la Sécurité Sociale, j'aimerai savoir qui a payé les vaccins ? Qui financent les centres de vaccinations ?
Cela me parait tout aussi intéressant que les statistiques orientées en faveur ou en défaveur de la vaccination.
Une infirmière en colère qui cotise pour la Sécu.
Le rôle de la presse sur la vaccination
Le 17 novembre 2009
Le rôle de la presse est d'informer. Oui mais en ce qui concerne le sujet il y trop d'informations que ce soit à la télé ou sur le net. Des informations, des données, des statistiques, des avis contradictoires, des mesures politiques différentes d'un pays à l'autre, des vaccins avec ou sans adjuvants, des vaccins par voie nasale, des mesures à prendre, des personnes à risques,...etc.
Même comme personnel soignant hospitalier, je ne sais quelle attitude avoir, que répondre quand on me demande mon avis, alors le commun des mortels y perd son latin. La presse remplit son rôle mais ici même des scientifiques ne sont pas d'accord sur la vaccination ou l'après vaccination et les prédictions faites il y a quelques mois s'avèrent (heureusement) erronées...alors à chacun de prendre sa décision.
A.Gerard, Liège
Vaccination des médecins
Le 17 novembre 2009
Voilà un article qui remet les pendules à l'heure.
Comment aujourd'hui des médecins peuvent-ils adopter des comportements "anti-vaccination", donnant ainsi le mauvais exemple aux patients ?
Il faut observer que ceux qui se sont illustrés par leur véhémence lors de leurs apparitions dans la lucarne n'appartiennent pas toujours à l'élite pensante de notre profession. Ce sont souvent des grincheux, en situation d'échec, ne disposant d'aucune audience dans leur communauté et dont l'argumentaire est scientifiquement vide.
Personnellement, je me suis fait vacciner, avec un vaccin boosté par un adjuvant.
On vit dans une société où, hélas, le "croire" prend trop souvent le pas sur le "savoir", y compris dans le milieu médical.
Dr. Maurice Mehl
Une vaccination contre une maladie qu'on ne connait pas
Le 18 novembre 2009
Mal Barré en effet,et c'est normal.
C'est la première fois en effet que je vois indiquer une vaccination contre une maladie qu'on ne connait pas, par peur politique .
Le croire contre le savoir ...
Dr Pierre Andolenko
Les choses bougent vite
Le 19 novembre 2009
L'actualité grippe A bouge vite et il ne faudra que peu de chose pour remotiver les troupes...
Medicus
Masques
Le 19 novembre 2009
Mais où sont passés les millions de masques ?
Laurent Marguerie
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