Vaccination contre la grippe A (H1N1) par les généralistes : quid de l’exemple Belge ?

Bruxelles, le lundi 16 novembre 2009 – En France, les communiqués se succèdent pour demander que les médecins généralistes puissent réaliser la vaccination contre la grippe A (H1N1) au sein de leur cabinet. C’est ainsi qu’après la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) et MG France, ce fut le tour jeudi du Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) de suggérer au gouvernement l’élaboration d’un « plan B » affirmant qu’il « n’est pas trop tard pour faire une action réussie de santé publique ». Aujourd’hui ces appels semblent soutenus par le directeur de l’Ecole des hautes études de santé publique (EHESS), Antoine Flahault, qui dans une interview accordée au Figaro estime qu’il y aurait « intérêt (…) à revisiter l’ensemble du dispositif de vaccination pour que ceux qui ont le plus la confiance des Français, c'est-à-dire non pas les autorités sanitaires, non pas les experts, mais les généralistes et les pharmaciens d'officine, soient remis au centre du schéma de vaccination ». « La population doit avoir le choix et pouvoir se rendre chez son généraliste si elle le souhaite pour se prémunir contre cette grippe », souligne-t-il encore. A ces critiques déguisées du choix fait par le gouvernement de centraliser l’activité vaccinale dans des centres dédiés, le directeur général de la Santé, Didier Houssin, répond en rappelant que l’un des obstacles majeurs à une immunisation en cabinet de ville est le conditionnement du principal produit utilisé.

Les généralistes ont eu leur dose !

En Belgique, où la solution d’une vaccination par les médecins généralistes a été privilégiée, sur la demande insistante de ces derniers, les difficultés liées au conditionnement n’ont pas tardé à se poser. Le vaccin Pandemrix de GSK est en effet livré sous forme d’ampoules qui contiennent dix doses de vaccin et qui doivent être impérativement injectées dans les 24 heures suivant le mélange. Cela impose donc que les praticiens réalisent les dix vaccinations en une seule journée. Face à cet impératif, difficile à respecter dans certaines petites villes belges, certaines associations de praticiens ont déploré « le gaspillage ». Le responsable de la lutte contre la grippe A (H1N1) au sein du ministre de la Santé belge, Marc Van Ranst a ainsi répondu à la fin de la semaine dernière aux généralistes : « Nous sommes conscients qu’il y aura du gaspillage. Mais ce sont les généralistes qui ont souhaité l’administrer dans leurs cabinets plutôt que dans un centre de vaccination ». Outrés de cette réponse et oubliant que « toutes les firmes proposaient du multidose » comme le souligne Marc Van Ranst, le Groupement belge des omnipraticiens (GBO) a rétorqué : « Les généralistes ont juste estimé qu’en cas de vaccination ambulatoire, ils étaient les mieux placés pour savoir à quel public s’adresser. Mais nous n’avons jamais pensé que le gouvernement commanderait du multidose plutôt que des ampoules seringues traditionnels ! ».

Affluence en Belgique, désaffection en France

Une autre polémique a également accompagné le début de la campagne de vaccination des personnes à risque lancée le 7 novembre dernier en Belgique: la nécessité d’enregistrer chaque immunisation sur une plateforme de données baptisée « e-health » qui selon les praticiens ne permet pas d’assurer la préservation du secret médical. Les trois principaux syndicats de praticiens belges ont d’ailleurs donné comme mot d’ordre aux généralistes de bien procéder aux vaccinations de leurs patients à risque mais de ne pas réaliser l’enregistrement des données sur le portail mis en place par le ministère. Enfin, la dernière difficulté à laquelle sont confrontés aujourd’hui les médecins belges concerne le succès de la campagne de vaccination ! Marc Van Ranst a en effet admis ce samedi que « La campagne dépasse nos prévisions et ce autant pour le nombre de personnes qui souhaitent se faire vacciner, que pour la capacité des médecins généralistes à mener ces immunisations sans provoquer de files d’attente » ! Il est vrai que selon les dernières estimations entre 1 et 1,25 millions de nos voisins sont déjà immunisées contre le virus A (H1N1). L’affluence est peut-être le seul problème auquel les médecins généralistes français ne seraient pas confrontés si la même organisation que celle de nos voisins belges avait été choisie en France !

AH

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Vos réactions (1)

  • L'exemple du canton de Vaud (Suisse)

    Le 16 novembre 2009

    On pourrait parler de l'exemple du canton de Vaud (Suisse romande, capitale Lausanne). Il y a 1127 médecins installés, donc l'équivalent de la pratique libérale à la française, dits de premier recours: généralistes, internistes, gynécologues et pédiatres, pour environ 680 000 habitants. La vaccination des personnes à risque, prioritaires, est basée sur eux, car ils sont les seuls à les connaître, à pouvoir les convoquer rapidement, et ils ont leur confiance. Tout le Cefotria disponible a été commandé, et sera administré ou l'a déjà été, en une semaine. Mais les pédiatres demandent l'aide de centres de vaccination, déjà planifiés, parce que les familles viennent faire vacciner leur enfant à risque, mais les autres enfants et les parents le souhaitent aussi, ce qui fait que le pédiatre est chargé de plus que sa tâche habituelle. Des centres de vaccination ont été ouverts la semaine passé dans un deuxième échelon dans la capitale, pour adultes et enfants, et le seront ensuite dans les hôpitaux régionaux selon la demande. L'Etat respecte donc le droit de ces médecins, bénéficie de leurs contacts privilégiées avec la clientèle à risque, et ne se substitue pas: il complète leur action de manière graduelle.

    Dr Virgile Woringer

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