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Quelles indications des triptans dans la migraine ?

Publié le 17/11/2009 Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Christian GÉNY*

*Service de neurologie, CHU Gui de Chauliac, Montpellier

La migraine est une affection particulièrement fréquente puisque l’on considère que 10 à 15 % des personnes adultes sont migraineuses en Europe. Mais seulement, un patient migraineux sur 5 bénéficie d’une prise en charge optimisée et durable. La prescription médicamenteuse est effectuée par le médecin généraliste dans la très grande majorité des cas, mais la moitié des migraineux préfèrent s’automédiquer avec des antalgiques non spécifiques. Depuis 1992, date de la mise à disposition du sumatriptan en France, les médecins peuvent proposer des substances agissant de manière plus spécifique, qui tiennent compte des mécanismes physiopathologiques supposés de la migraine.

Les triptans sont des agonistes des récepteurs 5HT1 B et D de la sérotonine. Les premiers sont situés sur les vaisseaux méningés innervés par des fibres du nerf trijumeau et les seconds sur des fibres nociceptives et dans le noyau bulbo-spinal du trijumeau. Les triptans diminuent la douleur migraineuse en réduisant la vasodilatation des vaisseaux méningés, l’inflammation neurogène et l’inhibition centrale des neurones trigéminaux. Leur utilisation a été dans un premier temps limitée en raison de leur coût et d’un possible risque cardiaque. Mais le bénéfice thérapeutique démontré dans des essais randomisés de classe 1 et rapporté par les patients explique le succès de cette classe de médicaments. Cependant, les premières études publiées avaient porté sur des populations de patients souffrant d’une migraine d’intensité modérée à sévère. Ces résultats peuvent-ils être extrapolés aux migraines d’intensité légère, et les triptans peuvent-ils être proposés dans cette indication comme le suggéraient de nombreux experts ? Pour répondre à cette question, il faut démontrer leur efficacité dans ce contexte, mais aussi prendre en compte le rapport bénéfice/risque et le coût économique. Des données intéressantes viennent d’être publiées car elles permettent d’argumenter l’emploi des triptans même en cas de migraine légère.

Une famille thérapeutique avec peu d’effets indésirables

La classe des triptans actuellement disponibles comprend 7 molécules différant essentiellement par leur caractéristiques pharmacocinétiques ou par leur forme galénique : sumatriptan, naratriptan, zolmitriptan, élétriptan, almotriptan, rizatriptan, frovatriptan (tableau 1).

Tableau 1. Triptans actuellement disponibles en France (adulte de 18 à 65 ans)


Une métaanalyse publiée en 2000 a montré un spectre d’efficacité similaire avec des différences mineures entre les produits sur le critère principal d’efficacité (disparition de la migraine 2 heures après la prise), mais aussi sur le risque de récidive et la fréquence des effets indésirables.

La sécurité d’emploi des triptans a été largement précisée depuis la commercialisation du sumatriptan. Cette sécurité est importante surtout lorsque l’on respecte les règles de prescription rappelées dans le tableau 2.

Tableau 2. Règles de prescription des triptans

• En dehors de toute aura migraineuse
• Pas d’indication dans la migraine hémiplégique, basilaire, ophtalmoplégique
• Respect des contre-indications : HTA non contrôlée, cardiopathie ischémique, angine de poitrine, insuffisances rénale ou hépatique sévères, pathologies vasculaires centrales et périphériques
• Adulte entre 18 et 65 ans
• En deuxième intention chez l’enfant de plus de 12 ans (sumatriptan nasal)
• Délai de 24 heures avec une prise de dérivés ergotés
• Respect des délais entre deux prises et de la dose maximale
• Précautions d’emploi en cas d’association ;

   - IMAO : sumatriptan ;
   - inhibiteurs cytochrome CYP3A4 : életriptan ;
   - propranolol : rizatriptan et zolmitriptan ;
   - inhibiteurs de la recapture de la sérotonine.

• Recours à une deuxième prise uniquement en cas de récurrence et non pas en cas d’échec de la première prise
• Réévaluation du choix du triptan en cas de non-efficacité sur 3 crises

Des études postmarketing ont confirmé que les triptans ont un rapport bénéfice/risque favorable. Les effets indésirables rapportés par les patients sont peu fréquents, légers ou transitoires, imposant rarement un arrêt du traitement. Le risque d’accidents cardiaques graves est extrêmement faible puisqu’une étude américaine (Triptan Cardiovascular Safety Expert Panel) en 2002 ne rapporte qu’un accident sur un million de prescriptions. Les manifestations thoraciques à type de fourmillements, oppressions sont en fait rares (1 à 6 % dans les études pivots, plus de 20 % dans des études postmarketing) et peuvent correspondre à des manifestations de spasmes œsophagiens, nociceptives ou touchant les muscles intercostaux.

Comme avec les antalgiques, il existe un risque d’abus de triptans. Une récente revue dans Neurology montre que le risque de progression vers une migraine chronique s’observe surtout chez les patients abusant de barbituriques et d’opiacés. Le risque existe aussi avec les triptans et les anti-inflammatoires non stéroïdiens, mais devient important chez les patients qui souffrent de migraine plus de 10 jours par mois. Une étude effectuée dans la région Midi-Pyrénées a rapporté que seulement 8 % dépassaient plus de 12 prises mensuelles. Ce risque est faible mais réel, et impose de prévenir les patients, d’adapter au mieux les traitements de fond et de préciser les populations les plus concernées.

Les recommandations de la Haute autorité de santé pour l’utilisation des triptans

Un groupe d’experts a établi en 2002, sous l’égide de la Haute autorité de santé, des recommandations diagnostiques et thérapeutiques très précises. Ces recommandations restent tout à fait pertinentes. Il est en effet essentiel d’affirmer le diagnostic de migraine et d’en apprécier la sévérité pour éviter de traiter d’autres types de céphalées par des médicaments, de faire bénéficier les patients des médicaments de la classe des triptans, et d’initier un traitement de fond à bon escient. Dans ce texte, il est recommandé de prescrire sur la même ordonnance un AINS et un triptan. On expliquera au patient de commencer d’emblée par l’AINS et de garder le triptan en traitement de secours en cas d’absence de soulagement 2 heures après la prise de l’AINS. Si ce dernier est inefficace ou mal toléré, un triptan doit être prescrit d’emblée. Quel que soit le type de traitement, il est recommandé de le prendre le plus précocement possible. Cependant, déjà en 2002, il existait un accord professionnel précisant que retarder la prise de triptan oral par rapport au début de la crise « pourrait réduire le taux de patients totalement soulagés, augmenter le risque de récurrences et d’intolérance, et prolonger le handicap ».

Traiter tôt augmente l’efficacité

L’« Act when Mild’ (AwM) Study » est une étude récemment publiée qui avait pour objectif d’évaluer par rapport à un placebo l’efficacité de l’almotriptan (Almogran®) 12,5 mg selon que ce médicament était pris au moment où la douleur était encore d’intensité légère (et moins d’une heure après le début de la migraine) ou était administré alors que la douleur était devenue modérée à sévère. Les 491 patients inclus avaient une maladie migraineuse évoluant depuis au moins une année, avec une fréquence mensuelle de migraines entre 2 et 6 et au moins un épisode d’intensité sévère et une crise migraineuse non traitée ayant duré au moins 4 heures. Ils ont été randomisés en 4 bras : placebo/almotriptan, intensité légère/sévère. Deux heures après la prise médicamenteuse, 53 % des patients traités précocement et 37,5 % de ceux traités lorsque la douleur était modérée à sévère n’avaient plus de céphalées (p < 0,02). Dans le groupe placebo, les proportions étaient respectivement de 24,7 % et 17,4 %. Les autres critères secondaires d’évaluation ont aussi été influencés de manière significative, et notamment le risque de récurrence. Le taux des effets indésirables a été inférieur à 5 % sans différence significative entre les quatre groupes.

Les résultats de cette étude vont-ils permettre de changer les habitudes thérapeutiques ? Les patients et les médecins craignent les effets indésirables, le risque d’abus et un surcoût économique. Cette étude démontre la pertinence clinique d’une utilisation précoce de l’almotriptan, mais ne permet pas de répondre à la question sur le risque d’abus médicamenteux. Cependant, plusieurs experts suggèrent que le traitement précoce, en étant plus efficace, diminuera le recours à l’escalade thérapeutique. Le risque de traiter à tort est faible, puisque les patients sont capables d’identifier avec succès l’origine migraineuse de la céphalée dans 92 % des cas. Quand au surcoût, il sera nécessaire d’attendre les études pharmaco-économiques pour en juger, mais il n’est pas inutile de rappeler que la migraine est une pathologie invalidante responsable d’inconfort, mais aussi de baisse de productivité personnelle et de nombreux arrêts de travail.

Pour en savoir plus

• Recommandations HAS : prise en charge diagnostique et thérapeutique de la migraine chez l’adulte et chez l’enfant. 2002 ; site internet : http://www.has-sante.
• Goadsby PJ. Cephalalgia 2008 ; 28 : 36-41.
• Lantéri-Minet M. CNS Drugs 2006 ; 20 : 12-23.
• Bigal ME, Lipton RB. Neurology 2008 ; 71 : 1821-8.
• Gladstone JP, Dodick WD. Practical Neurology 2004 ; 4 : 6-19.
• Lugardon S et al. Eur J Clin Pharmacol 2007 ; 63 : 801-7.



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