La corticothérapie inhalée (CTI) est largement utilisée dans le
traitement symptomatique de la bronchopneumopathie obstructive
(BPCO) et de la maladie asthmatique. Le corticoïde passe cependant
dans la circulation systémique au point qu’il pourrait augmenter la
glycémie en cas d’administration prolongée. Une étude de cohorte
multicentrique prospective a inclus 1 698 Vétérans de l’Armée
américaine entre décembre 1996 et mai 2001. La mesure de la
glycémie a été effectuée à plusieurs reprises, cependant que plus
de 80 % des participants prenaient régulièrement des corticoïdes
inhalés à des doses variables qui ont été exprimées en équivalents
de la triamcinolone (EQTRI). La glycémie, pour sa part, a été prise
en compte au travers d’équations générales permettant de contrôler
les facteurs de confusion, y compris l’exposition à la CTI.
Au sein de la cohorte ainsi constituée, 19 % des participants
ont rapporté l’existence d’un diabète. La dose moyenne quotidienne
de corticoïdes a été respectivement estimée à 621 +/-555 µg en
EQTRI chez les diabétiques et à 610+/-553 µg chez les non
diabétiques.
Après la prise en compte de la CTI systémique et des autres
facteurs de confusion potentiels, aucune association significative
n’a été mise en évidence entre la corticothérapie et la glycémie
chez les non diabétiques. En revanche, chez les diabétiques, une
dose additionnelle de CTI de 100 µg a été associée à une
augmentation significative de la glycémie de 18,2 mg/l (p=0,007).
Chez les participants diabétiques qui recevaient en outre des
médicaments antidiabétiques, chaque dose additionnelle de CTI a été
associée à une augmentation de la glycémie de 26,5 mg/l
(p=0,003).
Si l’on en croit les résultats de cette étude de cohorte de
grande envergure, la CTI administrée pour améliorer les symptômes
d’une BPCO ou d’un asthme ne modifie pas la glycémie des non
diabétiques. En revanche, en cas de diabète patent traité ou
non, la CTI augmente la glycémie de manière dose-dépendante. Quelle
doit être l’incidence de ces résultats ? Faut-il renoncer à la CTI
chez les diabétiques ? Si ce traitement est nécessaire, cela paraît
difficile. Il faut certainement évaluer son rapport bénéfice/risque
et surveiller la glycémie, tout en sachant que le risque des
faibles doses de corticoïdes semble tout de même être mineur, voire
non significatif d’un point de vue clinique.
Dr Philippe Tellier
Slatore CG et coll. : The association of inhaled corticosteroid use with serum glucose concentration in a large cohort. Am J Med 2009 ; 122 : 472-478.
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