> Accueil JIM > Le dangereux retour de la rougeole

Partenaires Partenaire





ACTUALITE MEDICALE

Le dangereux retour de la rougeole

Publié le 20/11/2009 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Danemark, janvier 2009. Le département de pédiatrie de l’hôpital universitaire de Copenhague, à Hvidovre est en alerte, des mesures drastiques d’isolement sont prises au moindre doute : déjà six cas de rougeole, toutes dues à un virus maintenant identifié, de génotype B3, endémique en Afrique. On connaît le cas index, une enfant de trois ans revenue de vacances en Afrique de l’Est un peu plus tôt, et hospitalisée deux  jours après son retour avec des signes de gastroentérite ; le tableau s’est complété en quelques heures, avec un rash maculo- papuleux rapidement étendu au thorax, ce qui a permis de poser un diagnostic clinique et de le confirmer par la sérologie. L’épisode s’arrête là (tout le monde guérissant fort heureusement assez rapidement) avec l’espoir de ne plus entendre parler de rougeole à Hvidovre avant longtemps : au Danemark, il y a en effet eu 12 cas en tout et pour tout en 2008. Rien n’est moins sûr cependant, car la rougeole qui  voyage semble de moins en moins rare. En témoigne cette petite épidémie australienne rapportée ce mois dans le journal Epidemiology and Infection. Cette fois, ce sont trois cas secondaires qui se sont déclarés dans l’entourage d’un malade arrivant de Chine : deux passagers à huit rangs de distance dans l’avion et un troisième, encore plus malchanceux, qui n’était entré en contact avec l’infecté index qu’au transit de Singapour…

La rougeole revient, en avion ou autrement, et elle pourrait le faire d’autant plus dangereusement que sa gravité est souvent largement sous-estimée du grand public. La Direction générale de la santé en est bien consciente, qui vient d’y consacrer un numéro thématique complet du BEH avec un éditorial qui donne le ton, "Rougeole : mobilisons-nous".  On y constate que qui dit augmentation des cas dit (ré)apparition des complications, parfois mortelles : deux décès ont été signalés début 2009, l’un dû à une encéphalite aiguë disséminée survenue chez une jeune collégienne de la région d’Annemasse, l’autre à une pneumopathie ; et que certains pays européens enregistrent des taux d’incidence inattendus, comme la Suisse avec cet étonnant 27,5 / 100 000 habitants relevé par le réseau Euvac.net en 2008. La France n’est pas épargnée non plus, avec 66 départements ayant déclaré au moins un cas et des taux d’incidence dépassant 5/ 100 000 dans 5 départements : Vendée, Allier, Deux-Sèvres, Savoie et Haute Savoie.

Nombreux sont ceux qui pensent, aujourd’hui, que le but de l’OMS d’éradiquer la rougeole de la zone Européenne en 2010 ne sera pas atteint. Pour essayer d’y parvenir, ou au moins d’en approcher, le calendrier vaccinal a récemment été modifié par avancement de la seconde dose et vaccination de rattrapage des adultes jeunes. Il faudrait aussi, certainement, ne jamais manquer la moindre occasion de rappeler à tous que la rougeole est une infection potentiellement gravissime.



Dr Jack Breuil


Coleman KP et coll. : Measles transmission in immunized and partially immunized air travellers. Epidemiol Infect 2009, nov 2 1-4 (publication avancée en ligne)
BEH. Numéro thématique –Rougeole : données sur une épidémie en France et en Europe en 2008. BEH 2009, 39-40, 413-440




IMPRIMER ENVOYER A UN CONFRERE REAGIR ENREGISTRER DANS MA BIBLIOTHEQUE TAILLE DU TEXTE

Vos réactions