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Pourquoi ne pas ouvrir dès maintenant les centres de vaccination à toute la population ?

Publié le 20/11/2009 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le vendredi 20 novembre 2009 – S’il ne s’agissait pas d’une situation aussi grave, mettant en jeu la vie la santé des gens, on pourrait observer, avec un brin d’ironie, que chaque nouvelle étape de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) est marquée par un mauvais coût du sort. Ainsi, le 12 novembre, jour de l’élargissement de la vaccination à sept millions de français prioritaires après l’immunisation des professionnels de santé hospitaliers, la survenue d’un cas possible de syndrome de Guillain-Barré était révélée chez une soignante s’étant fait vaccinée quelques jours auparavant. Si aucun élément ne permet d’associer le développement de ce syndrome à la vaccination et si aujourd’hui la jeune femme se « porte le mieux possible et a repris son travail » selon le directeur de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS), Jean Marimbert, cette information ne pouvait qu’accroître le sentiment de défiance entretenu par les Français à l’égard du vaccin.

Une mort in utero

Aujourd’hui, alors que débute la vaccination des femmes enceintes et des enfants de 6 à 23 mois par le vaccin sans adjuvant des laboratoires Sanofi-Pasteur, on apprend qu’une femme enceinte, professionnelle de santé, immunisée avec le vaccin adjuvanté, a « perdu son bébé » deux jours après la vaccination. Enceinte de 38 semaines, cette soignante a présenté après l’injection « des symptômes post-vaccinaux classiques », explique le président de l’AFSSAPS. Puis, après 48 heures, elle a souffert de fortes contractions et « les médecins se sont aperçu que le cœur du fœtus ne battait plus » indique encore Jean Marimbert. Ce dernier tient à signaler que l’on compte chaque année 3 000 morts in utero, dont 30 % demeurent inexpliquées. Aussi, là encore, rien ne permet d’établir un lien entre la mort de ce fœtus et la vaccination, cependant, l’impact risque d’être fort pour les futures mères appelées aujourd’hui à se faire immuniser, quand bien même le vaccin sans adjuvant est désormais disponible.

Pelloux est piqué

D’ailleurs les interrogations sont nombreuses aujourd’hui à propos de l’immunisation de cette professionnelle de santé enceinte. Ainsi, le très médiatique président du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI, minoritaire) affirme : « Elle n'aurait jamais dû être vaccinée, c'est totalement contraire aux instructions qui ont été diffusées. En plus, le vaccin sans adjuvant vient d'arriver. » De son côté, le président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), Patrick Pelloux exige que le directeur général de la Santé « s’explique » et dénonce la « forte pression à laquelle sont soumis les personnels des hôpitaux. On veut les vacciner à tout prix ». Il ne viendrait cependant pas à l’esprit du docteur Pelloux de s’expliquer sur son revirement : alors qu’il annonçait il y a quelques semaines au Parisien qu’il ne se ferait pas vacciner, il a confirmé hier sur France 3, après l’avoir également confié sur RTL, qu’il était immunisé contre la grippe A (H1N1) !

Un risque beaucoup plus élevé pour les femmes enceintes

Au-delà de l’anecdote concernant le docteur Pelloux, la révélation de cette mort in utero du troisième trimestre devrait résonner d’une façon singulière aux oreilles de celles que l’on appelle aujourd’hui à se rendre dans les centres de vaccination. Espérons qu’elles entendront plutôt la voix du ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, qui a l’occasion d’une conférence de presse hier a martelé : « Je les invite plus encore peut-être que toute autre catégorie, à profiter de la proposition qui leur est faite ». Si Roselyne Bachelot tente de se montrer si persuasive, c’est que le risque pour les femmes enceintes et les jeunes enfants est plus élevé que pour toute autre catégorie de population. Parmi les 48 décès enregistrés en métropole, trois ont concerné des enfants de moins d’un an et un une femme enceinte, tandis que plusieurs futures parturientes sont actuellement hospitalisées. Roselyne Bachelot a d’ailleurs précisé que pour les femmes enceintes, le taux de forme grave est beaucoup plus élevé : il est quasiment multiplié par un facteur 10. Le ministre aura également indiqué que la France dispose à ce jour de 1,4 millions de doses de Panenza, ce qui devrait permettre de couvrir une grande partie des populations à ce jour ciblées : les femmes enceintes en deuxième ou troisième trimestre de grossesse (400 000) et les nourrissons de 6 à 23 mois (1,1 million). Le vaccin sans adjuvant est également destiné aux femmes enceintes en premier trimestre de grossesse et aux personnes immunodéprimées, mais en raison de la limitation des stocks, elles ne sont pas à ce jour appelées en priorité.

80 000 personnes vaccinées dans les centres en une semaine !

De manière générale, alors que les centres de vaccination n’ont jusqu’alors vacciné que 80 000 personnes (et quand bien même une montée en puissance a été constatée ces derniers jours), on ne peut que s’interroger sur ce qui empêche les pouvoirs publics de lancer, dès maintenant, un appel général à la population, le risque d’encombrement dans les centres semblant très théorique. Plus encore, on doit s’étonner du fait que certaines caisses primaires d’assurance maladie refusent de délivrer des bons à des pères de famille souhaitant se faire vacciner pour protéger un nourrisson, faute de documents suffisants ou encore que des centres de vaccination renvoient chez eux des patients sans bon quand d’autres, à Paris par exemple, acceptent tout un chacun !

Au regard des 49 millions d’américains vaccinés et du million de Belges immunisés (en début de semaine) et alors que le retard pris face à l’évolution de l’épidémie est déjà grand, il semblerait opportun que soit avancée, dès aujourd’hui, la date de vaccination de l’ensemble des Français.



A.H.



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