A. BARBAUD,
Nancy
Illustration : Angioedème après test de provocation à
l’oeuf.
Les urticaires d’origine alimentaire sont problématiques
car les allergènes en cause sont très nombreux, ils peuvent être
cachés dans un aliment et varier au cours de la vie. Le prick-test
est l’examen d’investigation à privilégier, mais en cas de
négativité, il faudra avoir recours au test de provocation oral à
l’hôpital.
Dans l’immédiat
Il est indispensable de récupérer toutes les informations sur
les repas pris dans les 24 heures précédant l’urticaire, en
recherchant bien sûr les aliments consommés mais également les
allergènes cachés. Il faut, dans la mesure du possible, récupérer
les étiquettes et demander au patient de conserver les aliments
suspects. Pour éliminer une anaphylaxie ou une urticaire
alimentaire d’effort, il faut faire préciser au patient si
l’urticaire est survenue au repos ou lors d’un effort.
Investigations
Un mois plus tard, à distance de la prise d’anti-H1 et de
corticoïdes, des investigations avec la recherche d’IgE spécifiques
sériques ou la réalisation de pricktests peuvent être effectuées
(1,2).
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Figure 1.
Prick-test alimentaire
positif à 20 minutes.
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Il faut prescrire une recherche d’IgE allergène par allergène ;
les méthodes de recherche de multiples allergies alimentaires par
un seul test étant non spécifiques et peu sensibles, elles ne sont
plus recommandées chez ces patients. Les prick-tests sont très
intéressants pour explorer les urticaires alimentaires et peuvent
être réalisés avec les produits commercialisés. Il est parfois
indispensable de tester les produits apportés par le patient. Si
les aliments sont solubles ou réductibles en fine poudre, ils
peuvent être testés en prick-tests, sinon, il faut avoir recours à
la technique des « prick to prick ». Il s’agit tout
d’abord de « pricker » l’aliment, puis avec le vaccinostyle qui a
été en contact avec cet aliment, de faire un prick sur l’avant-bras
du patient. Les lectures se font comme avec les solutions
standardisées après 20 minutes comparativement à un témoin négatif
(sérum physiologique) et à un témoin positif (histamine). Cette
technique est bien supportée : dans une série de 34 905
prick-toprick alimentaires, elle n’a entraîné une réaction
systémique que dans 0,008 % des cas (3).
Il est parfois
indispensable de tester les produits apportés par le patient.
Les allergènes en cause sont extrêmement nombreux ; ils peuvent
varier au cours de la vie. Des publications récentes mettent en
évidence la fréquence des allergènes cachés comme étant la cause
d’une urticaire aiguë ou d’une réaction anaphylactique alimentaire.
B. Añibarro et coll. (4) ont récemment montré que, dans une série
de 530 allergies alimentaires chez des adultes espagnols, la cause
était un allergène caché dans 119 cas (22,4 %) et ce, plus
particulièrement dans les cas d’anaphylaxie. Les auteurs ont
insisté sur la sensibilisation à l’anisakiase dans un grand nombre
de cas supposés être des allergies aux poissons. Ils ont aussi
souligné la responsabilité de la présence inconnue par le patient
de légumineuses (soja, lupin), protéines de l’oeuf (82 % des cas
d’allergie à l’oeuf de cette étude s’étaient manifestés par une
urticaire lors de l’exposition cachée à ces protéines). Dans cette
étude, les fruits et les fruits à coque n’étaient pas les
allergènes en cause les plus fréquents. Les auteurs insistaient
également sur le fait que, dans un tiers des cas, le patient
n’avait pas connaissance de la présence de l’allergène lors de ses
manifestations : il s’agissait des arômes, de la moutarde, du miel,
du cinnamone, du lupin ou de graines. Devant une suspicion
d’urticaire alimentaire, les prick-tests (prickto- prick, solution
standardisée) et la recherche d’IgE spécifiques sont utiles. En cas
de négativité, ils doivent être complétés par un test de
provocation orale à doses progressivement croissantes à l’hôpital
versus placebo avec les protéines alimentaires ou les additifs. La
valeur prédictive positive et négative des IgE sériques spécifiques
et des prick-tests est en cours de détermination (5).
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Figure 2.
Technique du prick-to-prick. Utilisée pour les aliments, elle
consiste à « pricker » l’aliment (a), puis à faire immédiatement un
prick-test avec la même lancette sur l’avant-bras du patient
(b).
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Il existe aussi des intolérances alimentaires non IgE-médiées,
qui nécessitent des tests de provocation orale pour être mises en
évidence.
Les tests de provocation
orale doivent être réalisés à l’hôpital.
Traitement et prévention
Si l’allergie alimentaire est prouvée, il est important de
débuter un régime d’éviction qui demande une éducation du patient,
souvent avec une diététicienne spécialisée, pour lui apprendre à
connaître tous les noms sous lesquels l’allergène peut se présenter
sur les emballages et à lire les étiquettes. Il faut aussi le
prévenir en cas de sensibilisation à un additif alimentaire, que
celui-ci peut être retrouvé également dans les médicaments. En cas
d’urticaire alimentaire avec signes de gravité, il sera important
que le patient possède aussi une trousse d’urgence contenant un
anti-H1 de 2e génération, mais également, en fonction de la gravité
un corticoïde buvable, voire une seringue d’adrénaline en stylo
injecteur. Chez les enfants, s’il y a eu une urticaire alimentaire
prouvée, tout particulièrement s’il y a des signes de gravité, il
est important d’initier un projet d’accueil individualisé scolaire,
dont les caractéristiques peuvent être retrouvées sur le site : http://education.gouv.fr
Références
1. Lack G. Clinical practice. Food allergy. N Engl J Med 2008 ;
359 : 1 252-60.
2. Sicherer SH, Leung DY. Advances in allergic skin disease,
anaphylaxis, and hypersensitivity reactions to foods, drugs, and
insects in 2007. J Allergy Clin Immunol 2008 ; 121 : 1 351-8.
3. Codreanu F et al. The risk of systemic reactions to skin
prick-tests using food allergens: CICBAA data and literature
review. Eur Ann Allergy Clin Immunol 2006 ; 38 : 52-4.
4. Añíbarro B, Seoane FJ, Múgica MV. Involvement of hidden
allergens in food allergic reactions. J Investig Allergol Clin
Immunol 2007 ; 17 : 168-72.
5. Rancé F. Quoi de neuf dans l’allergie alimentaire en 2003 ? Arch
Pediatr 2003 ; 10 : 1 016-20.
Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, septembre 2009
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