Les joints précoces exposent à la psychose

Le cannabis est la drogue la plus utilisée chez les schizophrènes, et sa perception courante comme une « drogue douce » est particulièrement fallacieuse, vu la gravité importante de ses ravages. Notamment pour la santé mentale, et même en l’absence d’une association à d’autres drogues considérées comme plus « dures ».

Plusieurs études ont démontré qu’une consommation de drogue(s) précède souvent la survenue d’un épisode psychotique inaugural, parfois de plusieurs années, et cette observation vaut notamment pour le cannabis. On constate en outre une association significative entre un usage de cette substance et un début plus précoce de la psychose : ce phénomène est particulièrement préoccupant, vu le pronostic moins bon d’un déclenchement plus précoce de la maladie.

Rappelées par l’American Journal of Psychiatry, ces données alarmantes vont donc complètement dans le même sens que la mise en garde [1] angoissée de l’Académie nationale de Pharmacie contre la banalisation accrue du cannabis en France. L’âge au début de la maladie étant un indicateur essentiel (key prognostic factor) dans le pronostic de la schizophrénie, la mise en évidence d’un facteur exogène (la consommation de cannabis) pouvant influencer cet indicateur revêt donc une importance cruciale. D’autant plus que d’autres dimensions (endogène, susceptibilité génétique) ne sont guère accessibles, par définition, à une modification. La meilleure prévention de la schizophrénie, c’est donc de s’attaquer résolument à la « pandémie cannabique », selon l’expression explicite due au Pr. Roger Boulu (1930-2008) [2] , même s’il ne s’agit pas là d’une problématique contagieuse stricto sensu.

[1] http://www.acadpharm.org/medias/direct/-Pandemie-cannabique-ANP-09-11-07-Vdef-.pdf
[2] http://www.acadpharm.org/index.php?PAGE=membdispboulu

Dr Alain Cohen

Référence
Compton MT et coll. : Association of pre-onset cannabis, alcohol, and tobacco use with age at onset of prodrome and age at onset of psychosis in first-episode patients. Am J Psychiatry 2009 ; 166-11 : 1251–1257.

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