Vaccination contre la grippe A (H1N1) par les médecins généralistes : quand c’est non, c’est non !

Paris, le lundi 30 novembre 2009 – A plusieurs reprises, la semaine dernière, le gouvernement a répété que les capacités d’accueil des centres de vaccination contre la grippe A (H1N1) allaient être revues à la hausse pour faire face à une affluence que nul ne pouvait pressentir il y a seulement quelques semaines. Las, ces promesses ne semblent pas encore avoir été suivies d’effets, si l’on en juge par la multiplication des files d’attente ce week-end encore. Ainsi, samedi 28 novembre, seuls les deux tiers des 1 080 centres prévus fonctionnaient effectivement et les horaires d’ouverture demeuraient à géométrie variable.

Nicolas Sarkozy parle enfin de la grippe A

Alors que le Président de la République, étonnamment silencieux sur ce sujet depuis le début de l’épidémie, est monté au créneau ce week-end pour insister sur la nécessité d’améliorer l’accueil dans les centres de vaccination, il a été décidé que les médecins militaires participeraient à l’opération. Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a, à ce titre, précisé ce matin sur France-Inter qu’entre « 100 et 150 équipes vaccinales » composées d’un médecin et d’une infirmière devraient pouvoir être mises à disposition. Il a également indiqué que pourraient également être mobilisés, si besoin est, les réservistes.

Combien coûte la vaccination ?

Si les praticiens des Armées devraient donc bientôt prendre du service pour prêter main forte aux médecins présents dans les centres, la participation des médecins généralistes a été de nouveau écartée. MG France est en effet une nouvelle fois intervenu dans le débat ce week-end exigeant que soit « rapidement » tenue « une réunion de travail pour définir les modalités d’organisation de la vaccination dans les cabinets de médecine générale ». Avant d’être rejetée par le ministre de la Santé, cette demande a été vivement dénoncée par le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque qui voit derrière l’insistance des omnipraticiens des préoccupations uniquement financières. « Si vous allez chez votre médecin pour vous faire vacciner, vous allez payer une visite. On nous dit que c’est huit euros, mais on se moque de nous, parce que vous allez y aller, vous allez faire voir un autre problème de santé, et ce sera vingt-deux plus huit, ce sera trente euros » a-t-il calculé devant les journalistes du Grand Rendez-vous Europe 1/le Parisien-Aujourd’hui en France. Les syndicats de médecins ont évidemment fortement dénoncé cette vision des choses et ont rappelé à l’image de la Confédération des syndicats médicaux français que « personne ne travaille gratuitement dans ces centres de vaccination ».

Les vaccins monodoses réservés à d’autres priorités

L’argument financier n’a de toutes manières pas été invoqué par le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, pour refuser une nouvelle fois la participation des médecins généralistes. Alors que MG France a affirmé dans son communiqué que trois millions de vaccins monodoses étaient disponibles, le ministre a démenti cette information, indiquant ne détenir que 250 000 vaccins monodoses sans adjuvant et 500 000 avec adjuvant. « Ces vaccins j’en ai besoin parce qu’en France, il y a des gens qui ne vont ni dans les centres de vaccination, ni dans les cabinets médicaux. Avec ça, je vaccine les sans domicile fixe, je donne les doses unitaires aux équipes de maraude qui vont vacciner les plus fragiles d’entre nous » a-t-elle indiqué. Elle par ailleurs souligné que face à la montée en puissance de l’épidémie, le rôle des médecins généralistes était d’abord de prendre en charge les malades. Elle a enfin remarqué : « On vaccine 125 000 personnes jour, il va falloir en vacciner 200 000. Les généralistes ne peuvent pas le faire ».

Une mutation inquiétante mais qui demeure cantonnée à quelques cas

Le ministre a par ailleurs indiqué ce matin que huit décès supplémentaires avaient été enregistrés ce week-end, la plupart chez des patients n’ayant « ni facteurs de risque, ni problèmes particuliers ». Au-delà de la France, l’Europe a connu ces derniers jours une augmentation sans précédent du nombre de décès, atteignant 85 %. A l’inquiétude suscitée par la propagation de l’épidémie, s’ajoute celle provoquée par la découverte de plusieurs cas de mutation. En France, l’InVS a indiqué avoir mis en évidence deux cas de mutation D222G, dite mutation 222, chez des victimes de la grippe A (H1N1). Le premier cas concerne un patient décédé en septembre et le second une patiente morte au mois de novembre, chez laquelle a également été constatée une résistance au Tamiflu. La présence de la mutation D222G est inquiétante, parce qu’elle est « susceptible d’être à l’origine de formes pulmonaires plus sévères » a une nouvelle fois répété le directeur général de la Santé, Didier Houssin. Cependant, pour l’heure, il ne semble pas que le virus muté puisse se transmettre. Le professeur Fleury responsable du laboratoire de virologie du CHU de Bordeaux explique : « Le virus mute à l'intérieur du malade. Quand il arrive dans le poumon, s'opère une sélection. Le virus qui s'adapte le mieux à la situation descend dans l'arbre respiratoire inférieur. La mutation de l'acide aminé 222 hémaglutine protéinée provoque des pathologies pulmonaires plus sévères », tandis que les précisions du virologue Claude Hannoun de l’Institut Pasteur permettent de compléter : « Il ne manque qu’une propriété pour que la mutation soit vraiment dangereuse, c’est de devenir transmissible de façon plus importante que ses cousins qui n’ont pas muté ». L’ensemble des experts s’accorde en tout état de cause pour marteler que face à cette mutation, la vaccination reste efficace et donc absolument recommandée.

AH

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