Grippe A (H1N1) : de l’urgence de vacciner les femmes enceintes

Paris, le jeudi 3 décembre 2009 – Le directeur de la Santé publique de Montréal, le Dr Richard Lessard, vient de lancer un appel « particulier » aux femmes enceintes, afin qu’elles se fassent vacciner contre la grippe A (H1N1). Les autorités montréalaises s’inquiètent en effet de constater que seule la moitié des futures mères que compte la ville a pour l’heure était immunisée contre le virus, qui peut s’avérer si dangereux pour elles (55,5 % d’entre elles ont été vaccinées dans l’ensemble de la province québécoise). Pour faciliter l’accès de ces patientes au vaccin, les responsables de santé publique de Montréal évoquent la possibilité de leur proposer la vaccination à l’hôpital ou dans les Centres locaux de service communautaire (CLSC), à l’occasion de leur suivi mensuel.

Rupture de stocks de Panenza

Alors qu’au 22 novembre, le nombre de femmes enceintes immunisées contre la grippe A (H1N1) en France ne dépassait sans doute pas les 15 000 (eu égard aux 15 500 doses de Panenza alors écoulées, vaccin sans adjuvant le plus souvent utilisé pour les femmes enceintes, mais également recommandé pour les jeunes enfants), l’opportunité de mettre en place un dispositif similaire à celui qui se dessine à Montréal semble devoir être évoquée. Proposer une vaccination contre la grippe A (H1N1) à l’occasion du suivi mensuel, lorsque celui-ci est réalisé à l’hôpital, permettrait tout d’abord d’éviter aux futures mères les longues heures d’attente dans les centres de vaccination, difficulté qui pourrait ne pas être totalement résolue par les nouvelles mesures décrétées en début de semaine. Par ailleurs, l’immunisation des femmes enceintes à l’hôpital faciliterait peut-être la gestion des stocks de Panenza : des défauts d’approvisionnement ont en effet été signalés dans plusieurs localités ces derniers jours. Ce fut notamment le cas en Gironde à la fin de la semaine dernière, ainsi qu’hier à Quimperlé. Le centre a été contraint de fermer ses portes deux heures plus tôt que prévu, ne pouvant plus assurer la vaccination des femmes enceintes et des enfants grâce au produit sans adjuvant et espérant pouvoir rouvrir ses portes normalement dès aujourd’hui.

Vaccination des proches des personnels hospitaliers à l’hôpital

Une telle organisation représente sans doute moins de difficulté que la prise en charge de la vaccination dans les cabinets de ville. D’abord, il semble que la réunion de dix femmes enceintes par jour dans les grands centres de suivi pose peu de difficultés. Surtout, les pouvoirs publics semblent aujourd’hui décidés à faire participer de façon plus active les hôpitaux. La Direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins (DHOS) a en effet annoncé hier que les conjoints et les enfants des personnes hospitaliers pourraient être vaccinés contre la grippe A (H1N1) directement dans les établissements de santé. Après cette révélation faite à l’occasion de la journée d’automne de la Fédération hospitalière de France, l’instruction devait être donnée aux hôpitaux hier soir. Annie Podeur, directrice de la DHOS a également souligné qu’allait être organisée « la vaccination par les unités de consultation et de soins ambulatoires des personnes détenues présentant des facteurs de risque ». A la lueur de ces adaptations de la campagne, il ne semble pas inopportun de s’interroger sur la possibilité d’une vaccination des femmes enceintes à l’hôpital.

Au-delà de l’immunisation des futures mères, il semble que l’initiative du centre hospitalier de Bretagne Sud à Lorient doive être regardée avec intérêt. Sa direction a annoncé hier sa décision de limiter les visites au pôle mère enfant de l’hôpital du Scorff, afin d’assurer « la protection de nos patients face à l’évolution de la pandémie grippale ».

Risque multiplié par quatre, voire cinq

Si cette protection des futures mères semble essentielle, c’est parce qu’elles représentent un groupe particulièrement à risque. Le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot l’avait rappelé le 19 novembre dernier à l’occasion d’une conférence de presse et avait souligné : « Je les invite plus encore peut-être que toute autre catégorie, à profiter de la proposition qui leur est faite ». Cette semaine, un document de l’Institut national de veille sanitaire (InVS) est venu rappeler l’importance du risque qu’elles encourent. « Bien qu’il soit difficile de quantifier précisément le risque associé à la grossesse, les femmes enceintes ou venant d’accoucher : semblent être environ 4 à 5 fois plus susceptibles de présenter une maladie grave que les autres personnes dans la population générale (et ce risque est le plus élevé au cours du 3ème trimestre de grossesse) et présentent un sur-risque de décès. Au 16/08/09, le pourcentage de femmes enceintes parmi les patients décédés variait d’environ 4 à 13% en fonction des pays pour lesquels ces informations étaient disponibles » relèvent ainsi les experts de l’INVS.

Deux mois et demi après l’accouchement et toujours hospitalisée

Ils citent notamment les résultats d’une étude américaine publiés en juin 2009 et qui révèlent que parmi 272 patients hospitalisés, 7 % étaient des femmes enceintes, alors qu’elles représentent 1 % de la population générale (ces données avaient également été évoquées sur le JIM qui a consacré plusieurs articles aux risques encourus par les femmes enceintes). L’InVS souligne par ailleurs, que 6 % des décès recensés aux Etats-Unis jusqu’au 2 novembre concernent des femmes enceintes. En France, « sur 461 patients hospitalisés en réanimation ou en unité de soins intensifs du 01/07/09 au 30/11/09, 25 étaient des femmes enceintes (soit 5,4 %, alors qu’elles représentent environ 1% de la population française). Treize des 19 femmes pour lesquelles nous disposons d’une information sur l’âge gestationnel étaient au troisième trimestre de grossesse », indique encore l’InVS. L’une de ces patientes a livré son témoignage sur France Inter ce matin : deux mois et demi après son accouchement, elle n’est toujours pas sortie de l’hôpital, a très peu vu son enfant et espère pouvoir passer les fêtes en famille.

24 décès en une semaine

L’InVS vient également de publier son dernier bulletin : il fait état de 993 000 consultations pour infections respiratoires aiguës liées à la grippe A la semaine dernière, de 56 nouveaux cas graves et de 24 nouveaux décès depuis le dernier bulletin hebdomadaire.

A.H.

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Vos réactions (4)

  • S'appuyer sur les structures de soins

    Le 04 décembre 2009

    On semble en venir enfin (!) à des mesures intelligentes comme de vacciner les femmes enceintes dans les maternités où elles sont suivies. Si la même chose avait été envisagée pour les insuffisants respiratoires dans les services de pneumologie, les cancéreux sous chimio dans les services de cancéro etc...on aurait pu éviter de mélanger ces patients et de les faire attendre dans des files interminables...mais il aurait fallu pour cela que nos autorités aient l'intelligence de s'appuyer sur les structures de soins et le corps médical plutôt que de les tenir à l'écart de cette campagne.

    Robert-Alain Daumont

  • Diagnostic

    Le 04 décembre 2009

    Cet article alarmiste m'interpelle : comment sait-on si les infections respiratoires sont bien en lien avec la grippe A si on ne fait pas les tests qui sont si coûteux ? (de nombreux diagnostics sont établis à partir d'une probabilité).
    Il nous faut être crédible.

    Clotilde Harakat

  • Réponse à Clotilde Harakat

    Le 07 décembre 2009

    Je trouve que cet article n'est pas alarmiste mais informatif. Il va sans dire que le diagnostic de grippe H1N1 des patients hospitalisés en réanimation est confirmé par des tests. De plus, avant d'être limités à des indications ciblées, les tests réalisés de façon sinon systématique, du moins assez large au début de l'épidémie, ont montré que la proportion d'authentiques infections à H1N1 parmi les patients atteints de syndromes grippaux était si importante que ces tests coûteux devenaient inutiles en routine (je n'ai pas les statistiques sous la main mais elles existent). L'afflux des patients dans les services d'urgence (au moins d'urgence pédiatrique) témoigne bien de l'importance de cette épidémie. Enfin, et je ne dis pas que cela soit votre cas, je ne comprends pas les réserves qu'ont encore trop de médecins (parmi lesquels des gynéco-obstétriciens) à conseiller la vaccination, en particulier aux femmes enceintes.

    Dr Pierre Mauran

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