Réquisitions des étudiants pour la vaccination contre la grippe A : a-t-on déshabillé Pierre pour habiller Paul ?

Paris, le mardi 8 décembre 2009 – Parmi les principales mesures appliquées par le gouvernement pour accroître la fluidité dans les centres de vaccination contre la grippe A (H1N1), figurait la réquisition des internes en médecine et des étudiants en soins infirmiers. Si ces soignants en formation ont le plus souvent répondu à l’appel ce week-end, cela ne s’est cependant pas totalement fait sans heurt.

Cours annulés

Déjà, vendredi 4 décembre, sous les fenêtres du ministère de la Santé, la grogne faisait rage. Une centaine d’étudiants en soins infirmiers manifestaient avenue de Ségur pour protester contre les conditions de réquisition. Les difficultés logistiques auxquelles elles soumettent les futurs infirmiers ont ainsi été dénoncées. Dans un communiqué diffusé récemment, le syndicat Sud a ainsi notamment pointé du doigt le fait que certains étudiants en soins infirmiers soient parfois envoyés dans des centres fortement éloignés de leur domicile. Par ailleurs, la très mauvaise planification des réquisitions a été souvent dénoncée. D’autres voix se sont élevées pour s’interroger sur l’impact de cette participation à la campagne vaccinale quant au bon déroulement des études des futurs infirmiers. Ainsi, la CFDT regrette la « désorganisation dans les Instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) et les suppressions de cours pour les étudiants de première et deuxième année ». De son côté, le syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) a déploré que des étudiants aient été « réquisitionnés à la veille de leurs examens », tandis que « des stages de mise en pratique (…) aient été annulés ».

On ne prend pas de gants

Mais au-delà de ces considérations qui ne prennent guère acte du fait que les pouvoirs publics tentent de répondre à une crise sanitaire globale, les syndicats et les étudiants ont également fait part de dysfonctionnements inquiétants au sein des centres mêmes. Ainsi, Sud n’a pu que dénoncer l’absence de « lavabos à proximité pour le lavage des mains » dans certains centres ou épinglé la pénurie de gants dans d’autres lieux. Le vice président du comité des étudiants infirmiers de Meaux dénonce pour sa part des défauts dans la supervision de leurs actes : « Quand il n’y a pas d’infirmiers, les médecins veulent bien nous superviser. Mais dans certains cas, il n’y en a même pas. Et quand on doit effectuer 600 vaccinations dans la même journée, on ne peut pas éviter les petites erreurs », explique Joël Droitcourt, tandis que le SNPI confirme qu’un nombre croissant d’accidents minimes est recensé (des erreurs de dose en majorité).

Illégalité ?

Du côté des internes, les inquiétudes et les dénonciations sont également nombreuses. Les mêmes critiques quant à une planification anarchique des réquisitions ont ainsi fusé ce week-end. « Les jours ne correspondent pas du tout aux plannings des services, pourtant communiqués à la DDASS » observe ainsi Youri Yordanov, du Syndicat des internes des hôpitaux de Paris (SIHP). Les étudiants en médecine sont en outre eux aussi confrontés à quelques dilemmes ayant à trait à leur responsabilité légale. Dans certains cas en effet, ils doivent réaliser des injections alors qu’ils sont censés limiter leur participation à l’entretien de prévaccination. « Ce n’est pas légal », remarque Youri Yordanov.

Laissez-nous soigner les vrais malades

Outre ces difficultés logistiques, les jeunes praticiens ont tenu à souligner combien certaines réquisitions semblaient mettre en danger la sécurité des soins hospitaliers. La situation d’un interne en chirurgie vasculaire à l’Hôpital Saint Joseph à Paris a ainsi fait grand bruit : William Mamane a indiqué avoir été réquisitionné alors qu’il était d’astreinte et qu’il devait participer à une intervention en urgence. « On a affecté un chirurgien viscéral pour aider le chirurgien senior pendant cette opération. C'est comme si on envoyait un plombier aider un serrurier. Du coup s'il y a une péritonite ou une appendicite à opérer d'urgence, le chirurgien viscéral est occupé à déboucher une veine dans le service d'à-côté » a remarqué l’interne. Dans d’autres cas, les internes ont été appelés alors que les centres de vaccination étaient suffisamment pourvus, tandis que dans les hôpitaux la tension ne faisait que croître. Face à ces différents dysfonctionnements, le président du SIHP a lancé un appel aux pouvoirs publics : « Nous sommes d'accord pour vacciner, mais pas pour désorganiser le fonctionnement des hôpitaux, et faire courir un danger majeur à des patients manifestement malades, pour une vaccination contre un danger bien plus hypothétique ».

Ajustements

Roselyne Bachelot a souligné ce matin, comme elle l’avait déjà fait ce week-end, qu’il n’était nullement question de susciter la « désorganisation » au sein des hôpitaux. Elle a indiqué qu’avaient été rappelées par une circulaire les conditions de réquisition des personnels hospitaliers : c’est au directeur d’établissement d’indiquer les noms des soignants éventuellement disponibles, qui doivent préférablement faire partie de services à « spécialité froide » a indiqué Roselyne Bachelot, interrogée par France Inter ce mardi 8 décembre. De son côté, Didier Houssin a affirmé que le dispositif était en train d’être « ajusté » et qu’un message avait été envoyé aux directeurs des CHU afin que les réquisitions soient réalisées avec « discernement ». Il a par ailleurs été précisé que les réquisitions ne devraient pas excéder deux vaccations par semaine.

2 145 774 personnes vaccinées

Entraînant parfois quelques difficultés, la participation des étudiants semble cependant avoir payé dans les centres où la fluidité a paru partout rétablie ce week-end. Dans les 791 centres ouverts ce samedi 5 décembre, 143 847 personnes ont été vaccinées, tandis que dimanche, dans les 197 centres fonctionnant (principalement en Ile de France) 35 963 candidats à la vaccination ont pu être satisfaits. Au total, 2 145 774 personnes ont reçu à ce jour un vaccin contre la grippe A (H1N1) en France, tandis que 118 décès ont été déplorés en métropole.

A.H.

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