La larva migrans bretonne du Batave malchanceux : oui mais …

C’est l’histoire d’un Batave d’une quarantaine d’années, impécunieux et plutôt malchanceux, venu passer ses vacances en septembre 2008 en Bretagne : adepte forcé du camping sauvage et des hôtels low- cost, il avait fréquenté plusieurs plages du coin, essuyé beaucoup d’averses et s’était fait piquer par d’innombrables moustiques avant de retourner au pays. En Hollande, quelques jours plus tard, son pied droit devenu rouge, gonflé et très irrité présentait une pustule de 1 cm évoluant en bulle. Son médecin traitant, posait alors un diagnostic de cellulite et débutait un traitement par amoxicilline / acide clavulanique. Deux jours plus tard, malgré une légère amélioration, se développait une lésion très prurigineuse d’aspect serpigineux, progressant de chaque jour d’environ 2 cm sur la plante du pied. A J5, il était envoyé en consultation spécialisée de médecine tropicale à Amsterdam et le diagnostic était enfin établi, celui de larva migrans cutanée, et un traitement simple par prise unique immédiatement entrepris…

Il y aurait donc de la Larva migrans, infection a priori très exotique, en Bretagne. Ce n’est, à la réflexion, pas si étonnant qu’il pourrait y paraître au premier abord. D’abord parce que l’infection a déjà été décrite en France : ce serait ici le 5ème cas répertorié autochtone dû à Uncinaria stenocephala, nématode canin fréquent en Europe, même si les premiers sont survenus plus au sud, dans des régions mieux ensoleillées. Réchauffement climatique oblige… Et aussi parce que l’Europe, contrairement à ce qu’on aurait pu croire, n’est pas indemne : outre les Français, des cas ont récemment été rapportés en Allemagne, en Angleterre et en Ecosse.

Mais alors, pourquoi ce titre et cette apparente méfiance ? Tout simplement à cause d’un article anglais très récent à côté duquel les spécialistes ne seront certainement pas passés. Les auteurs y rapportent un cas peu ordinaire de larva migrans acquise en Tanzanie et dont les signes cliniques, très caractéristiques, ne seraient apparus que cinq mois après le retour, avant d’en conclure qu’il faut se méfier de larves capables de rester quiescentes de longs mois avant de se réveiller pour débuter leur migration. N Tamminga et col. précisent bien que leur patient n’avait pas entrepris de voyage exotique récent, mais sont-ils vraiment remontés plusieurs mois en avant ? Et, a contrario, les cas anglais soi-disant tanzaniens ne pourraient-ils pas avoir été acquis « malgré tout » sur place ? Quoi qu’il en soit, une conclusion s’impose : ne jamais, devant des lésions serpigineuses avec un éventuel point de départ ulcératif, négliger l’éventualité d’une larva migrans. Ne serait ce que pour éviter à nos patients un parcours médical chaotique et contraignant quand une simple dose orale de 12 mg d’ivermectine (pour un adulte) suffit à régler le problème…

Dr Jack Breuil

Référence
Tamminga N et coll. : Cutaneous larva migrans acquired in Brittany, France. Emerging Infectious Diseases 2009; 11: 1856-57. Archer M. : Late presentation of cutaneous larva migrans: a case report. Cases J 2009; 2: 7553.

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