Des voxels et des TOC

À l’origine des troubles obsessionnels compulsifs (TOC), il existe peut-être un substrat anatomique et neurophysiologique. Des circuits sous-jacents (cortico-striato-thalamiques) seraient ainsi impliqués, mais les études de neuro-imagerie structurelle ne permettent pas encore de trancher. À la lumière des études morphométriques basées sur la technologie des voxels [1], la recherche s’oriente donc vers les changements pouvant affecter la matière grise dans les TOC. Existe-t-il par exemple des différences quantitatives dans les volumes de matière grise entre des sujets-témoins et des patients souffrant de TOC ? Si aucune différence significative n’est observée dans les volumes globaux de la matière grise, on remarque localement, en cas de TOC :

–une augmentation de volume touchant de façon bilatérale, et plus nettement à gauche, les noyaux lenticulaires, notamment la partie ventrale et antérieure du putamen [2], et s’étendant aux noyaux caudés ;

–ainsi qu’une diminution de volume (également bilatérale, mais plus marquée à droite) concernant le gyrus cingulaire antérieur et le noyau medio-dorsal.

Aucune incidence significative des traitements antidépresseurs (souvent proposés dans cette indication particulière) n’a été observée sur ce type de paramètre morphométrique. Les auteurs s’interrogent aussi sur la signification des altérations fonctionnelles observées par ailleurs, chez des patients souffrant de TOC, dans d’autres régions cérébrales, en particulier le cortex orbito-frontal : pourraient-elles refléter des stratégies de compensation, secondaires aux anomalies précédentes ? Enfin, comme dans toute problématique analogue, le spectre de l’aporie sur la poule et l’œuf se profile : toutes ces modifications précèdent-elles le début de la maladie, et peuvent-elles alors avoir une valeur étiologique ? Ou sont-elles l’une des conséquences (para-cliniques) de cette affection ? Et sont-elles ou non, précisément, spécifiques des TOC ? Comme à l’accoutumée, une recherche apporte certaines réponses, mais soulève aussi d’autres questions…
 
[1] Contraction de « volumetric pixel » ou pixel en 3D, « utilisé pour la représentation d’espaces 3D en imagerie médicale par traitement numérique de coupes 2D issues de l’investigation (par scanner, IRM…) » : cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Voxel
[2] cf. animation gif : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Putamen.gif

Dr Alain Cohen

Références
Radua J et Mataix-Cols D : Voxel-wise meta-analysis of grey matter
changes in obsessive–compulsive disorder. Br J Psychiatry 2009 ; 195 : 393-402

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