Grippe A (H1N1) : y-a-t-il une exception française ?

Paris, le lundi 14 décembre 2009 – Etait-ce une petit pique envoyée à la France au lendemain de sa décision de recommander la prescription d’antiviraux face à tous cas suspects de grippe A (H1N1), ce qui va à l’encontre de la position de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ? Le dernier bulletin de l’agence onusienne concernant l’évolution de la pandémie grippale pointait en tout cas du doigt l’hexagone : « A l’exception de la France où l’activité grippale continue d’augmenter, l’activité grippale a atteint ou dépassé son pic dans la plupart des pays d’Europe occidentale, dont la Belgique, l’Islande, l’Irlande, les Pays Bas, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et l’Allemagne », pouvait-on lire en effet. L’OMS reconnaissait cependant que l’épidémie n’a qu’un « impact modéré » sur notre « système de santé ».

Pic et pic et col et gram

Cette mise en exergue de la situation française par l’agence onusienne a déplu au ministre de la Santé, qui a estimé, interrogé sur Europe 1, ce vendredi 11 décembre que « les chiffres de l’OMS n’étaient pas tout à fait exacts ». Elle a rappelé que la France avait bien enregistré ces deux dernières semaines une « stabilisation » de l’épidémie, constatée sur la base de l’observation du « surplus de consultations ». Elle a par ailleurs ajouté que nous étions au « sommet du pic » et que la situation de la France ne différait guère de celle d’autres pays européens, en dépit de légères variations. Cependant, ce même vendredi, Roselyne Bachelot indiquait que la France n’en était « qu’au début du pic pandémique » ! Les chiffres publiés, le 11 décembre également, par l’Institut national de veille sanitaire (InVS) semblaient en outre confirmer une activité encore importante du virus A (H1N1) : treize nouveaux décès ont en effet été recensés entre le 8 et le 11 décembre, tandis que le nombre de cas grave ayant nécessité une hospitalisation atteint désormais les 710. De leur côté, les groupes régionaux d’observation de la grippe (GROG) évoquait une « grippe A (H1N1) (…) toujours très active » et remarquait : « La première vague pandémique touche toujours l’ensemble de la France et le pic est franchi en Ile de France ». En outre, plutôt que de nuancer les constatations de l’OMS quant à l’existence d’une certaine différence française, le professeur Lina (chef du service de virologie au CHU de Lyon) a préféré avancer quelques explications. C’est ainsi qu’il a rappelé, interrogé sur LCI que « l’épidémie a commencé plus tard que dans les autres pays ».

L’Europe au cœur de la pandémie

Ces querelles piquantes ne doivent pas faire oublier que c’est en Europe que l’épidémie a connu la progression la plus importante ces derniers jours selon l’OMS, qui a notamment recensé 324 décès supplémentaires, soit une progression de 35,29 %, ce qui porte à 1 242 le nombre total de morts liés à la grippe A (H1N1) sur le vieux continent. L’agence onusienne a également profité de la publication de ce bilan pour rappeler qu’elle continuait à recommander l’utilisation d’antiviraux chez les patients à risque infectés par le virus A (H1N1) et ce en dépit d’une étude semblant remettre en doute l’efficacité majeure de ces traitements.

Sociologie de la vaccination

En France, on le sait, les recommandations officielles concernant la prescription d’antiviraux ont été élargies en fin de semaine dernière, mais la priorité du gouvernement concerne encore et toujours la vaccination. Près de 3,5 millions de Français ont désormais été vaccinés, tandis qu’a débuté depuis quelques jours l’immunisation des expatriés. Quelques 2,5 millions de personnes sont concernées : 320 centres devraient être installés partout à travers le monde pour répondre à leurs demandes. Ces derniers compteraient déjà 700 000 doses disponibles. Il sera intéressant de voir comment ces Français répondent à l’invitation à la vaccination pour mieux cerner l’influence des médias et du contexte sociologique dans ce domaine. Dans l’hexagone, certaines données laissent déjà apparaître une corrélation entre le niveau de vie et le souhait de se faire vacciner. Ainsi en Ile de France, ce sont les communes les plus riches qui ont compté jusqu’alors le plus de candidats à la vaccination. Quelle que soit leur localisation, les centres semblent en tout cas connaître un fonctionnement apaisé. Cependant, dans les jours qui viennent, les questionnements pourraient être plus nombreux, après la décision du parquet du Puy-en-Velay d’ouvrir une enquête face au décès mardi 8 décembre d’un enfant de neuf ans, quatre jours après avoir été vacciné. Concernant ce cas, l’AFSSAPS note : « Cet enfant avait des antécédents infectieux importants et avait été hospitalisé plusieurs fois pour des pneumopathies, mais rien ne permet pour l’heure de faire un lien avec le vaccin ».

A.H.

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