Revalorisations salariales des infirmières : les promesses de Roselyne Bachelot ne seraient que mirages

Paris, le mercredi 16 décembre 2009 – En entendant le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, assurer hier sur RTL qu’à l’issue de négociations en cours, la profession infirmière allait bénéficier de « la plus forte augmentation de salaire qu’on n’ait jamais connue », qui aurait pu imaginer que la veille, l’ensemble des organisations syndicales représentant ces professionnelles avaient quitté la séance de discussion avec la Direction de l’hospitalisation et l’organisation des soins (DHOS) ? La version idyllique présentée par le ministre, évoquant une augmentation de la rémunération des infirmières équivalant à 2 500 euros par an, est en effet fortement contestée par les organisations syndicales.

La ministre en prend pour son grade

Les négociations en cours s’appuient on le sait sur l’intégration des études en soins infirmiers dans le dispositif licence-master-doctorat (LMD), ce qui doit permettre la reconnaissance au niveau licence de la formation de ces professionnelles. Cette revalorisation du diplôme entraîne des conséquences statutaires et salariales. De fait à partir de 2012, toute nouvelle diplômée intégrera une catégorie A rénovée de la fonction publique hospitalière. Pour les infirmières déjà en exercice, une procédure d’équivalence doit être mise en place. Dès l’ouverture des négociations, le 10 septembre, les crispations entre la DHOS et les syndicats ont été nombreuses. Ces derniers ont renvoyé leur copie aux représentants du ministère en fustigeant des revalorisations salariales bien trop faibles. La dernière mouture du projet ne leur a guère apporté plus de satisfaction. Il prévoit qu’à partir de 2011 les infirmières pourront choisir de rester en catégorie B (dont le statut doit être réaménagé) ou de passer en catégorie A, mais avec un statut de sédentaire, qui suppose une retraite à 60 ans et non plus à 55 ans. Parallèlement à cette possibilité de changement de statut, une revalorisation salariale sera engagée qui doit s’achever en 2016. Le document transmis aux syndicats, dont l’APM a eu une copie précise que : « A l’issue de l’ensemble des opérations de reclassement en 2016, les infirmiers auront bénéficié d’une revalorisation annuelle de 1 487 euros (bruts) en moyenne pour un infirmier de grade 1 et d’une revalorisation de 2 466 euros pour un infirmier de grade 2 ». Concernant les infirmières spécialisées, dès aujourd’hui en catégorie A, un changement de statut et des augmentations de rémunération sont également prévues, échelonnées jusqu’en 2016. A cette date, IBODEs et puéricultrices pourront bénéficier d’une augmentation allant de 1 509 euros par an (grade 1) à 1 564 euros (grade 2). Les infirmières anesthésistes connaîtront pour leur part une revalorisation allant de 1 752 euros par an (grade 1) à 1 929 euros (grade 2).

Un nombre de bénéficiaires limité

Les détails du texte soumis aux syndicats par la DHOS confirment que l’augmentation de « 2 500 euros » évoquée par le ministre de la Santé ne sera ni immédiate, ni générale. Les syndicats ont ainsi fait valoir que cette progression « ne concernera que les infirmiers en fin de carrière qui sont au dernier échelon de la grille salariale », comme l’a précisé le secrétaire fédéral de la CGT Philippe Crépel, tandis qu’à la CGT on évaluait la revalorisation mensuelle pour une infirmière en début de carrière à « 45 euros bruts ». De son côté, le secrétaire général du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), CFE-CGC a fait remarquer : « La moitié des infirmiers partent à la retraite d’ici 2015, donc les infirmières ne risquent pas de profiter de la revalorisation de 2 500 euros à partir de 2016 ! ».

Erreur de méthode

Aussi, le renoncement à une retraite anticipée dans ces conditions apparaît difficile à admettre. « Comment dire à une infirmière, surtout en cette période de réduction des emplois, que son métier n’est plus pénible », s’interroge ainsi la CFTC qui s’est déclarée « scandalisée » par les propos du ministre. Au-delà de la contestation des chiffres avancés, c’est également la méthode employée par Roselyne Bachelot qui a profondément déplu aux syndicats. La CGT Santé a ainsi déploré « un non respect des règles de négociations ». « Nous n’avons quasiment jamais vu la ministre de la santé et voilà qu’elle communique sur le sujet » s’est encore étonné Philippe Crépel. Aujourd’hui, les syndicats pourraient décider d’une réponse commune à adopter face à la DHOS et aux représentants du ministère. Les jeux sont donc loin d’être faits.

A.H.

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Vos réactions (3)

  • Quid des diplômes universitaires ?

    Le 16 décembre 2009

    Je me permets de vous contacter concernant l'article sur les augmentations de salaires prévues dans les années à venir. Dans quelle catégorie sont situées les IDE qui ont une spécialité sous forme de Diplôme universitaire, à qui l'établissement demande des missions transversales ?
    A l'heure actuelle, il n'y a pour cette population d'IDE aucune valorisation et peu de reconnaissance réelle si ce n'est être "référente" ...

    Fabienne Jamois

  • Déçu et désabusé

    Le 16 décembre 2009

    Le salaire et le sort des infirmiers en France n'ont jamais été la préoccupation du ministère de la santé. On nous fait miroiter des LMD, qui ne vont servir à rien. Ceci n'apportera pas plus de reconnaissance aux infirmières en France, qui sont toujours corvéables à merci et mal payées. Comment éviter le déclin d'une profession vitale pour les patients et nécessaire aux médecins ?
    Avec la situation économique actuelle, une "vraie" réactualisation des salaires IDE nationaux est nécessaire. Non seulement à l'hôpital, mais également dans tous les secteurs d'activité. Doivent être comprises les jeunes diplômées qui débutent leurs carrières à des salaires honteux après 3 années d'étude.
    La sécurité et la qualité des soins passent par l'infirmière. De nos jours, bon nombre de postes d'IDE restent vacants. Posons nous la question, pourquoi ? Trop pénible, trop mal payé sont des débuts de réponse.
    La pénurie IDE n'existe pas, elle arrange bien des personnes en haut lieu. Les agences d'intérim médical regorgent d'IDE, une fois de plus, pourquoi ? Planning souple, rémunération négociée et plus attractive.
    Je suis déçu et désabusé par des gouvernements successifs aux œillères bien accrochées, conscients de ses intérêts pour "donner" toujours aux mêmes corporations.

    Laurent Linozzi, IDE depuis 14 ans.

  • Et les cadres ?

    Le 16 décembre 2009

    Et comment seront revalorisés les salaires des cadres de santé qui sont également en catégorie A ?

    Nicole Chevereton

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