L’interdiction du tabac dans les lieux publics est-elle vraiment en train de partir en fumée ?

Paris, le jeudi 17 décembre 2009 – C’était une législation que l’on pensait difficilement applicable en France : l’interdiction de fumer dans les lieux publics, effective depuis le 1er février 2007 et élargie depuis le 1er janvier 2008 aux cafés et aux restaurants semble pourtant avoir été parfaitement acceptée par les Français. Dans l’enceinte des établissements accueillant du public, il est en effet désormais rarissime de voir tourbillonner l’extrémité incandescente d’un clope. La réalité ne serait cependant guère aussi idyllique selon l’association Droits des non fumeurs (DNF) qui établit aujourd’hui un constat sévère des nombreux contournements dont serait l’objet la loi. Sur les lieux de travail, les salariés seraient ainsi de nouveau exposés à la fumée. Ainsi, l’organisation recense « 21 % de salariés gênés par le tabagisme au travail » contre 9 % lors de la mise en place de la loi, selon Gérard Audureau, président de l’association (ce qui traduit vraisemblablement plus une baisse du seuil de tolérance qu’une augmentation réelle du tabagisme au travail). 

Trouble du voisinage

Mais c’est surtout la situation sur les terrasses des restaurants et des cafés qui indigne l’association. Elle souligne qu’entre 2007 et 2009, le nombre de terrasses est passé de 30 000 à 45 000. Ces dernières sont fréquemment fermées et chauffées, permettant aux consommateurs de fumer en mangeant, même lorsque les températures sont à la baisse. Ce compromis n’est guère du goût d’une association telle que DNF. Cette dernière traque en effet le tabagisme passif partout et non pas seulement dans les lieux publics. Elle se charge notamment d’enregistrer les plaintes de ceux et celles qui s’estiment dérangés par un tabagisme passif de voisinage ! « De plus en plus de fumeurs vont sur le balcon pour s’en griller une. Du coup, la fumée se diffuse chez les voisins », déplore, sérieusement, le président de DNF, cité par le Parisien. Face à ces situations, les militants de la lutte contre le tabac n’hésitent pas à parler de « trouble du voisinage ».

Mais que fait la police…

Si les agents de police judiciaire sont appelés pour constater ce type de troubles, ils trouveront encore moins de temps pour se confronter aux infractions observées dans les bars et les restaurants et sur les lieux de travail. L’absence de contrôles est pourtant l’une des principales dénonciations du rapport remis aujourd’hui à Roselyne Bachelot par l’association DNF. « Le manque cruel de sanctions (sic) et d’interventions laisse s’installer une dérive qui en entraînera petit à petit beaucoup d’autres », souligne l’organisation, qui souhaite que des statistiques sur les infractions soient établies et qui exigent que les « agents de police judiciaire (…) reçoivent des instructions précises sur leur rôle ». L’association estime en outre que les sanctions (135 euros pour le fumeur, comme pour le responsable de l’établissement) sont trop faibles pour être dissuasives !

… et que fait le gouvernement ?

Certains jugeront que les critiques de DNF ont tendance à faire du fumeur un délinquant dont il faut restreindre au maximum le champ de nuisance. Au-delà d’une certaine outrance, elles témoignent cependant du désarroi des militants anti-tabac, face à un gouvernement dont ils estiment qu’il a renoncé à une lutte active contre la cigarette. Le professeur Gérard Dubois, président d’honneur de l’Alliance contre le tabac juge ainsi : « Ces dérives témoignent d’un manque de volonté politique évident. On sent que la lutte contre le tabagisme n’est plus une priorité de l’Etat, alors que c’est une des principales causes de cancer ». Cette absence d’activisme des pouvoirs publics laisserait une place accrue aux industriels du tabac, qui n’hésitent notamment pas à investir internet pour vanter les mérites de leurs produits.

A.H.

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Vos réactions (1)

  • On ne règle pas un problème de toxicomanie par le seul interdit

    Le 17 décembre 2009

    On ne peut pas régler un problème comme celui de la consommation de psychotrope (tabac, alcool, cannabis...) par l'interdit et la répression. Il semble que l'association DNF et le président de "l’Alliance contre le tabac" (Oh que ce terme d'Alliance est lourd de significations) devraient accepter l'idée qu'on ne règle pas un problème de toxicomanie par le seul interdit et surtout sans en étudier préalablement les effets possibles ; et là c'était parfaitement prévisible : le problème se déplace. Pourquoi ? tout simplement parce que fumer ce n'est pas consommer qu'un produit toxique mauvais pour la santé et qu'une seule approche purement hygiéniste pourrait régler le problème. Fumer a une tout autre fonction comme tous les psychotropes. Continuer à faire la chasse aux fumeurs c'est les renvoyer vers une clandestinité dont il faut mesurer l'impact possible au niveau de la santé publique (cf la prohibition des années 30 aux Etats-unis). Petit détail qui a son importance : l'interdit de fumer dans les lieux public a eu comme conséquence d'augmenter les terrasses chauffées, à une époque où l'on parle d'économiser l'énergie, de lutter contre le réchauffement climatique...
    Dr Paul Kiritzé-Topor.

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