La rhinomanométrie

D. EBBO,

Groupe hospitalier Paris - Saint-Joseph


La rhinomanométrie est une véritable épreuve fonctionnelle respiratoire permettant d’objectiver une obstruction nasale, symptôme éminemment subjectif, au cours d’une stimulation. Elle vient compléter un interrogatoire, un examen clinique et endoscopique, et ainsi parfaire le diagnostic des obstructions dysfonctionnelles non tumorales.
 

La rhinomanométrie est une technique de mesure simultanée des débits et des variations de pression que subit le courant aérien en traversant les fosses nasales. Elle permet ainsi le calcul de la résistance nasale, indice le plus utilisé actuellement.

Calcul de la résistance nasale

Rappel théorique Un rappel du domaine de la physique est nécessaire pour mieux appréhender cette technique. Tout courant aérien traversant un conduit à un débit D, du fait des forces de frottement, crée une perte d’énergie sous forme de chute de pression. Il existe donc une différence de pression entre l’entrée et la sortie du conduit que l’on appelle perte de charge (DP = PE-PS). Cette perte de charge varie selon trois paramètres :

– le calibre du conduit, auquel elle est inversement proportionnelle ;
– la vitesse d’écoulement, dont elle est proportionnelle ;
– le régime d’écoulement. Si celui-ci est laminaire, le calcul de la résistance nasale se fait selon la loi de Poiseuille : R=DP/D ; s’il est turbulent on applique la loi de Venturi R=DP/D2. La résistance nasale est donc égale au rapport DP/D. Autrement dit, les passages étroits en augmentant la perte de charge augmentent la résistance nasale et inversement. La fosse nasale peut être assimilée à un conduit avec un orifice d’entrée (narine) et un orifice de sortie (choane) à l’inspiration (inverse à l’expiration). Du fait de l’anatomie des parois des fosses nasales, le régime d’écoulement est mixte, laminaire pour des débits inférieurs à 150 ml/s, turbulent au-dessus. La loi de Poiseuille a été retenue par le Comité international de standardisation de la rhinomanométrie du fait de l’utilisation d’un pneumotachographe linéaire.

Deux méthodes utilisées

Il existe deux techniques obéissant au Comité international de standardisation de la rhinomanométrie : la rhinomanométrie antérieure active (RAA) et la rhinomanométrie postérieure active (RPA). Toutes deux utilisent le même principe : un masque naso-buccal avec mesure du débit aérien et de la pression narinaire. La RAA est préférée à la RPA du fait de sa facilité d’emploi. Elle permet la mesure des débits et des variations de pression pour chacune des narines séparément et donc le calcul de la résistance nasale. Les résistances unilatérales (R) sont calculées selon la loi de Poiseuille R = DP/D. La résistance totale est égale au produit des RD et RG/somme des RD et RG. Les valeurs normales des R unilatérales sont égales ou inférieures à 0,60 Pa/cm3/s, la R totale se situe à 0,30 Pa/cm3/s pour une pression différentielle de 150 Pa. Le tabac augmente de façon significative les résistances unilatérales et totales.

L’examen en pratique

L’examen se fait après mouchage, dans une pièce calme, aérée, à une température de 20 °C, sans soleil. Son déroulement est expliqué au sujet confortablement assis. On utilise un masque facial et des embouts adaptés aux narines du patient. Quatre types de mesures sont pratiquées avec enregistrement d’au moins 5 cycles respiratoires : une sans préparation et trois autres tests qui permettent d’étayer l’étiologie de l’obstruction nasale. La positivité de la manoeuvre de Cottle (écartement de la joue en dehors) signe la responsabilité du cartilage alaire. La positivité de la manoeuvre de Bachman (mise en place d’une petite boulette de coton au sommet de la valve nasale) signe la responsabilité de la valve nasale. Le test aux vasoconstricteurs avec normalisation des résistances nasales signe l’hypertrophie turbinale. En cas de négativité des trois tests, le septum est en cause. En fait, plusieurs mécanismes sont souvent impliqués. Des tests de provocation nasale sont réalisables et ont l’avantage d’être spécifiques, inoffensifs, et de réalisation simple; ils sont surtout du ressort de l’allergologue.

Limites de la rhinomanométrie

Cette technique n’autorise cependant aucune quantification fiable de l’obstruction nasale ; des résistances nasales modérément élevées peuvent se traduire par une gêne fonctionnelle majeure et inversement. L’évaluation de la sévérité de l’obstruction nasale faite par le patient reste très subjective. Enfin la rhinomanométrie est sujette à forte variation (de 19 à 60 % ).

Conclusion

La rhinomanométrie revêt un triple intérêt :

• Un intérêt diagnostique : en affirmant l’obstruction nasale de façon objective.
• Un intérêt étiologique : en ciblant la structure anatomique responsable et joue ainsi un rôle important dans les choix thérapeutiques.
• Un intérêt médico-légal : permettant de justifier les choix chirurgicaux et de déterminer si une obstruction nasale précédait l’intervention.

Copyright © Len medical, OPA pratique, novembre 2009

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