Les symptômes dépressifs ne sont pas un frein au traitement de l’hépatite C

Un des effets secondaires du traitement de l’hépatite C est l’apparition ou l’aggravation d’une dépression qui peut, outre ses conséquences propres, diminuer l’efficacité  de la prise en charge. Cette étude avait pour but d’examiner l’influence des caractéristiques des patients sur l’existence d’une dépression avant et pendant le traitement.

Les données analysées ont été celles recueillies de façon prospective lors de l’étude sur la résistance virologique aux traitements antiviraux (Virahep-C), ayant inclus 191 sujets Noirs américains et 203 « caucasiens ».

La dépression était définie par un score de plus de 23 sur l’échelle du Centre sur les études épidémiologiques sur la dépression (CES-D). Le score était déterminé avant le traitement et à 4, 12, et 24 semaines de traitement puis à 24 semaines après la fin du traitement. Le support social de base était évalué grâce à un score approprié. L’association entre les caractéristiques basales du patient et la survenue d’une dépression a été analysée par un modèle de Cox.

A l’inclusion, 47 (12 %) des sujets avaient un score CES-D à 23. L’analyse univariée a indiqué que plusieurs caractéristiques des patients, incluant un support social plus faible (p < 0,0001) étaient associées avec une dépression « basale ». Ces malades dont le score CES-D était au moins égal à 23 à l’inclusion, avaient davantage de risque de manifester, en cours de traitement, des troubles psychiatriques ou de débuter un traitement antidépresseur (45 vs. 28 %, p = 0,02), ainsi que d’arrêter précocement le traitement (38 vs.13 %, p < 0,0001). Cependant les taux de réponse virologique prolongée (RVP) étaient les mêmes chez les déprimés à l’inclusion et les autres (38 vs. 40 %, p = 0,79).

L’incidence de la dépression de novo sous traitement était de 26 % à la semaine 24. Un tiers des patients ont été mis sous antidépresseur et aucune tentative de suicide n’a été rapportée. Les facteurs significativement associés avec le risque de dépression de novo, en analyse multivariée étaient le jeune âge (p = 0,04), l’absence de soutien social (p < 0,001), et la sensation de se sentir « déprimé, triste ou cafardeux » (p = 0,008).

Les patients qui ont développé une dépression de novo pendant le traitement avaient plus de risque de présenter des troubles psychiatriques ou de prendre des antidépresseurs (44 vs. 23 %, p < 0,001)  mais avaient un taux plus faible d’arrêt de traitement (6 vs. 15 %, p = 0,02) et des taux de RVP similaires à ceux des patients sans dépression (47 vs. 38 %, P=0,16). La fréquence de la dépression, à l’inclusion ou d’apparition secondaire au cours du traitement ne différait pas entre les groupes ethniques

Cette étude montre que la survenue d’une dépression est dépendante des caractéristiques du patient et influe sur l’observance du traitement, cependant le taux de RVP n’est pas influencé par la dépression. La relation avec le niveau de soutien social et les symptômes de la dépression mérite d’être explorée.

Cette étude a comme intérêt principal de montrer que la dépression n’est pas un frein au traitement de l’hépatite C, si la prise en charge psychiatrique et sociale est mise en place avant et tout au long du traitement et du suivi de ces patients.

Pr Marc Bardou

Référence
Evon DM et coll. : Prospective Analysis of Depression During Peginterferon and Ribavirin Therapy of Chronic Hepatitis C: Results of the Virahep-C Study. Am J Gastroenterol 2009 ; 104 : 2949–2958

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