Fin du monde à Haïti

Paris, le jeudi 14 janvier 2010 – A Haïti, la fin du monde a duré un petit peu plus d’une minute. C’est le temps, désespérément long, qu’a duré le séisme de magnitude 7 mardi après-midi. Il sera suivi de plusieurs autres répliques dont une, évaluée à 5,7. Depuis, c’est la peur qui se lit sur tous les visages rencontrés dans la capitale, Port au Prince, totalement dévastée. Les survivants et les blessés tournent, hagards, dans une cité détruite où les cadavres demeurent prisonniers des gravats. Les bâtiments restés debout sont désertés et redoutés et cette nuit une grande partie de la population est demeurée dehors ; sans pouvoir trouver abri sous une quelconque bâtisse officielle. En effet, alors que l’on estime que 20 % de la ville serait détruite, l’effondrement du palais présidentiel et de la cathédrale apparaît comme le symbole cruel du chaos qui règne aujourd’hui dans un pays, déjà particulièrement éprouvé par les catastrophes naturelles et les crises politiques.

Hôpitaux soufflés, hôpitaux gonflés

Parmi les structures touchées par le séisme, les hôpitaux n’ont nullement été épargnés. La plupart des centres médicaux de la capitale ont en effet été rudement touchés : « J’ai visité cinq centres médicaux, dont un hôpital majeur, et la plupart ne fonctionnent pas. Plusieurs sont endommagés et j’ai vu un important nombre de corps », a pu témoigner Stefano Zannini, de MSF. Deux établissements publics présentent une situation architecturale plus favorable, mais demeurent privés d’eau potable et d’électricité. Les nombreuses ONG présentes sur place font un bilan comparable en ce qui concerne leurs propres bâtiments. La plupart des dispensaires et hôpitaux gérés par MSF ont été très durement affectés par la catastrophe. Il en est notamment ainsi de l’hôpital de la Trinité, totalement détruit par le tremblement de terre, tandis que la Maternité Solidarité qui peut accueillir 75 femmes a dû être évacuée. L’hôpital de Pacot où officie MSF a été pour sa part relativement épargné et les équipes de l’ONG ont commencé à recevoir des centaines de blessés, tandis que des tentes de fortune ont été installés aux abords des autres bâtiments détruits. L’aide que peuvent apporter les équipes médicales sur place est cependant très restreinte. Face aux fractures ouvertes ou aux brûlures, les soignants ne disposent que de maigres recours, alors que le pays connaît déjà en temps normal une situation sanitaire désastreuse. La situation pourrait cependant rapidement évoluer grâce à l’acheminement d’un hôpital gonflable, déjà utilisé au Pakistan, qui compte deux blocs chirurgicaux et une centaine de lits. Cette structure peut être installée en 36 heures.

Trop tard pour 60 % des blessés

Si les moyens d’améliorer l’aide sur place existent, grâce aux structures gonflables ou aux plus classiques hôpitaux de campagne, leur acheminement reste très difficile. L’aéroport de Port au Prince n’a en effet été rouvert que depuis hier après-midi, celui de Saint-Domingue est totalement saturé et la communication avec les équipes sur place reste très difficile. Ainsi, Médecins du Monde, n’a réussi à joindre les membres de l’association présents à Haïti qu’à 16 h 30 hier, soit près de 24 heures après la catastrophe. L’acheminement d’autres personnels et de plusieurs tonnes de matériels médicaux est également très difficile. Le premier avion dépêché officiellement par le gouvernement français s’est ainsi révélé rapidement saturé et les autres voies d’acheminement qui s’offrent traditionnellement à MDM sont elles aussi difficiles à emprunter. Finalement, les logisticiens présents à Paris estiment, cités par l’Express qu’ils « ne seront opérationnels que quatre jours après le séisme, soit samedi. Autant dire que ce sera trop tard pour 60 % des blessés ». Les tâches resteront cependant nombreuses, notamment pour assurer l’accès à l’eau potable et à la nourriture des survivants, dont deux millions pourraient être aujourd’hui privés de logement. Le nombre des victimes reste pour sa part difficile à évaluer : le président de la République de Haïti n’hésitait pas hier à avancer le chiffre de 100 000 morts.

Toutes les organisations humanitaires lancent des appels aux dons, dont Médecins du Monde, accessible à cette adresse : http://www.medecinsdumonde.org

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article