Les pesticides, peut-être un danger pour la thyroïde

Le poids des arguments plaidant pour un lien entre exposition aux pesticides et thyroïdopathies va croissant, et différentes études menées en milieu professionnel, dans les métiers de l’agriculture, chez les applicateurs de pesticides, les travailleurs en serre, attribuent, à certains insecticides, herbicides et fongicides un rôle perturbateur endocrinien thyroïdien. C’est dans ce contexte que des équipes de l’University of Nebraska Medical Center (Omaha) ont évalué le lien entre exposition aux pesticides et maladies thyroïdiennes chez les épouses d’applicateurs de pesticides.

Il s’agissait des femmes d’applicateurs de pesticides de l’Iowa et de Caroline du Nord enrôlées, entre 1993 et 1997, dans une étude prospective, l’Agricultural Heath Study. Elles ont été interrogées, à 4,7 ans d’intervalle en moyenne, par le biais de questionnaires et d’entretiens visant à préciser toute utilisation d’herbicides, insecticides, fongicides, agents de fumigation, ainsi que les pathologies thyroïdiennes diagnostiquées par un médecin.

Dans la population de l’étude (23 569 femmes), âgée en moyenne de 47,2 ans à l’enrôlement (extrêmes : 17-88 ans), la prévalence des pathologies thyroïdiennes médicalement reconnues, auto-rapportées, s’est avérée de 12,5 % ; 6,9 % pour l’hypothyroïdie et 2,1 % pour l’hyperthyroïdie.
La relation entre thyroïdopathie et exposition à cinq insecticides organochlorés (aldrine, chlordane, DDT, heptachlore, lindane) et 39 autres pesticides a été examinée pour 16 529 participantes pour lesquelles les données d’utilisation étaient complètes. Parmi ces femmes, 2,2 % ont été classées hyperthyroïdiennes, 6,7 % hypothyroïdienne et près de 3,4 % comme ayant une altération thyroïdienne autre (goitre, nodules…, ou non spécifiée).

Après nombre d’ajustements, notamment sur l’âge, le niveau d’éducation, le statut tabagique, l’indice de masse corporelle, la prise d’un traitement hormonal substitutif à la ménopause, une association a été retrouvée entre hypothyroïdie et le fait d’avoir utilisé des insecticides organochlorés (OR = 1,2 IC à 95 % 1,0-1,6) et des fongicides (1,4 ; 1,1-1,8). En revanche, il n’a pas été mis en évidence d’association avec l’utilisation d’herbicides, d’agents de fumigation, d’organophosphorés, de pyréthroïdes.
Les OR d’hypothyroïdie étaient augmentés  pour tous les insecticides organochlorés examinés (1,3 ; 0,99-1,7 pour le chlordane). Une association a été observée aussi entre hypothyroïdie et utilisation de fongicides, le bénomyle (3,1 ; 1,9-5,1), le manèbe et le mancozèbe (2,2 ; 1,5-3,3), et d’un herbicide, le paraquat (1,8 ; 1,1-2,8), l’utilisation de manèbe/mancozèbe étant associée à la fois à l’hypothyroïdie et à l’hyperthyroïdie (2,3 ; 1,2-4,4).

Cette étude révèle, chez les femmes d’applicateurs de pesticides, une prévalence de maladies thyroïdiennes médicalement diagnostiquées, auto-rapportées, de 12,5 %, plus élevée que celles signalées antérieurement (de 0,8 à 7,5 %), et montre une association avec l’utilisation d’insecticides organochlorés  et de certains fongicides. Si l’échantillon est de grande taille, l’étude pèche par le caractère auto-rapporté des pathologies thyroïdiennes et l’imprécision quant aux modalités de l’exposition aux pesticides (chronologie, durée, exposition directe ou non).  Des études complémentaires sont certainement nécessaires pour confirmer ces résultats et préciser les mécanismes qui les sous-tendent.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Goldner WS et coll. Pesticide use and thyroid disease among women in the Agricultural Health Study. M J Epidemiol, Publication avancée en ligne, 8 janvier 2010.

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