Des dizaines de milliers de morts et quelques naissances miraculeuses à Port au Prince

Paris, le lundi 18 janvier 2010 – Déambulant, interdits, dans un des rares hôpitaux de Port-au-Prince à avoir résisté au séisme de mardi et aux nombreuses répliques ressenties depuis lors, des journalistes québécois ont assisté ce week-end à un miracle : au milieu des blessés appelant au secours et des rescapés hagards attendant une aide une femme a mis au monde assistée par un chirurgien épuisé un enfant en parfaite santé. Quelques heures plus tôt, alors qu’elle s’apprêtait à être embarquée dans un hélicoptère de la marine américaine, une femme, gravement blessée, a donné naissance à un petit garçon sous les yeux soudain émerveillés du lieutenant Tim Williams et de ses hommes.

Et puis, dans les ruines…

Les 1 739 sauveteurs venus du monde entier sur l’île préfèrent pour leur part raconter d’autres naissances (ou plutôt renaissances). Celles par exemple de trois haïtiens sortis vivants des décombres d’un supermarché cette nuit, des rescapés plutôt en bonne forme et qui avaient pu s’approvisionner grâce aux vivres présentes dans le magasin. Cependant, le sauvetage le plus spectaculaire de ces dernières heures aura sans doute été celui d’une petite fille, retirée des décombres par un journaliste de la télévision australienne. Entendant des cris, Robert Penfold commença instinctivement à creuser pour extraire des gravats une enfant, au regard simplement étonné et nullement apeuré. « Et puis, dans les ruines est apparue une petite fille, je ne l’oublierai jamais. Elle ne pleurait pas. Elle avait l’air étonné, presque comme si elle voyait le monde pour la première fois », décrit le journaliste. De tels événements ravivent l’espoir des secouristes. « Contrairement à ce qui se passe d’habitude dans ce genre de situation, il y a une grande possibilité de sauver des gens les sixièmes, septièmes et huitièmes jours après le séisme », affirment certains sauveteurs. D’autres pourtant ne partagent pas cet optimisme : « Je pense qu’aujourd’hui est le dernier jour où nous pouvons encore espérer trouver des survivants », affirmait ainsi hier, cité par France Soir, Rami Peltz de l’équipe de secouristes israéliens.

L’hôpital gonflable de MSF se fait toujours attendre

Si la petite haïtienne surgissant dans les bras du journaliste australien ne semblait souffrir d’aucune blessure, les corps extirpés des gravats sont souvent profondément meurtris. Les amputations doivent ainsi parfois être réalisées aux abords mêmes des lieux où les rescapés ont été retrouvés. Ce type d’intervention est particulièrement fréquent : «  Malheureusement, nous réalisons (et réaliserons ndlr) énormément d'amputations : de l'ordre de 400 dans les jours qui viennent », indique ainsi un chirurgien travaillant pour Médecins du monde (MDM), tandis que les praticiens de Médecins sans frontières (MSF) affirment « n’avoir jamais vu autant de blessures aussi graves ». Les opérations les plus urgentes sont souvent réalisées alors que manque encore souvent le matériel médical nécessaire. Si MSF indiquait dans un communiqué samedi que « deux blocs opératoires sont maintenant opérationnels pour prendre en charge 300 patients qui ont été transférés au centre MSF de l’hôpital de Choscal, dans le quartier de Cité Soleil », l’acheminement des équipements les plus importants demeure particulièrement difficile. Il en a notamment été ainsi de l’hôpital gonflable de l’ONG. Installé à bord d’un avion ayant décollé de Bordeaux vendredi matin, cette structure a finalement atterri à Sanama, un aéroport secondaire de République Dominicaine. Aussi faut-il encore attendre que l’hôpital puisse rejoindre la capitale haïtienne par la route, tandis que le matériel nécessaire à sa mise en place acheminé par un DC 10 ayant décollé dans la nuit de samedi à dimanche est pour sa part arrivé à Port-au-Prince. Il faudra donc attendre le milieu de la semaine pour que le dispositif soit opérationnel. Déplorant vivement ces retards, MSF a demandé hier dans un communiqué que « les avions transportant du matériel médical atterrissent de toute urgence » à l’aéroport de Port-au-Prince, désormais contrôlé par les Américains. En attendant que n’arrive cette aide et alors que la tension monte au sein de la population haïtienne, les structures encore opérationnelles ainsi que les hôpitaux de Saint Domingue sont totalement débordés.

D’autres drames ignorés

Les autorités haïtiennes tentent cependant tant bien que mal d’organiser les secours. Ainsi, alors que l’état d’urgence a été décrété ainsi qu’une période d’un mois de deuil national, l’ouverture prochaine de 280 centres d’urgence a été également annoncée. Cependant, et alors que les cadavres continuent à joncher les rues, le bilan reste difficile à déterminer. Quelques 70 000 corps auraient déjà été enterrés dans la capitale le plus souvent dans des fosses communes et il reste impossible de savoir combien de morts gisent, ignorés de tous, dans les rues des villages voisins de Port-au-Prince souvent plus touchés encore.

Aurélie Haroche

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