Les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II ont peut-être un effet bénéfique sur le risque de démence

La maladie d’Alzheimer et plus généralement les démences, représentent actuellement l’un des plus grands défis de santé publique, tant en termes de santé qu’en termes d’économie de la santé, et de nombreux travaux leur ont déjà été consacrés. Une nouvelle étude nous vient des Etats-Unis, et concerne un nombre impressionnant de sujets, puisque 819 491 patients y ont participé (dont 98 % d’hommes, ce travail étant réalisé à partir d’un listing  administratif de Vétérans américains). Tous avaient 65 ans ou plus et présentaient une pathologie cardiovasculaire.

L’objectif de l’étude était d’évaluer l’effet des antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II sur l’incidence ou l’aggravation de la maladie d’Alzheimer ou de la démence. Les auteurs ont choisi de comparer trois groupes composés de patients présentant le même profil médical, les mêmes facteurs de risques cardiovasculaires et les mêmes possibilités d’accès aux soins. L’un des groupes (n= 11 500) recevait un antagoniste des récepteurs de l’angiotensine II, l’autre un inhibiteur de l’enzyme de conversion (n=91 000) et enfin le troisième groupe, nommé « comparateur cardiovasculaire », était composé de sujets recevant des traitements à visée cardiovasculaire n’appartenant à aucune des deux classes précédentes. La période d’observation a duré  4 ans. Pour les patients indemnes de démence à l’entrée dans l’étude, l’objectif était d’évaluer, dans les 3 groupes, l’incidence d’apparition des troubles cognitifs pendant la durée d’observation, tandis que pour ceux qui présentaient une démence au début de l’étude, était recherchée une aggravation des troubles signée par un éventuel placement en institution.

Les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II ont été associés à une réduction significative de l’incidence et de la progression de la maladie d’Alzheimer ou de la démence, par rapport au groupe comparateur cardiovasculaire (hazard ratio HR 0,76 – IC 95 % : 0,69-0,84), mais aussi par rapport au groupe sous inhibiteur de l’enzyme de conversion (HR 0,81 – IC 95 % : 0,73-0,90). De plus, les auteurs constatent un effet-dose, avec une réponse pouvant être supérieure de jusqu’à 27 % avec les posologies maximales. Certains patients ont bénéficié d’un traitement combinant antagoniste des récepteurs de l’angiotensine II et inhibiteur calcique, et cette association paraît apporter un bénéfice supplémentaire par rapport au traitement comprenant un antagoniste des récepteurs de l’angiotensine II seul, et sans modification importante des pressions systolique ni diastolique.

Plusieurs travaux ont suggéré l’avantage apporté par les inhibiteurs des récepteurs de l’angiotensine II dans la prévention des accidents vasculaires cérébraux, par un mécanisme qui ne paraît pas en relation avec la baisse de la pression artérielle, mais qui serait peut-être lié à une action préventive sur les dégâts causés par le peptide bêta-amyloïde, peptide mis en cause dans la maladie d’Alzheimer. Mais le mécanisme biologique sous tendant les constatations de cette étude n’est pas encore élucidé. Quoi qu’il en soit, il y a sans doute lieu d’examiner avec attention les prochains travaux qui ne manqueront pas d’explorer cette piste prometteuse.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Li NC et coll. : Use of angiotensin receptor blockers and risk of dementia in a predominantly male population: prospective cohort analysis. BMJ 201 0; 340: b5465

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