Les statines ne semblent pas réduire l’efficacité de la BCGthérapie des tumeurs superficielles de la vessie

L’instillation du bacille de Calmette et Guérin (BCG) dans les tumeurs superficielles de la vessie (TV) aux stades Ta (carcinome urothélial non invasif), Tis (carcinome in situ) et T1 (envahissant le chorion mais pas la musculeuse) s’est avérée efficace pour ralentir l’évolution vers le stade T2 et pour réduire les récidives ; le BCG agirait en induisant une réponse immunitaire par le tissu vésical (réponse de type TH1 avec production d’interféron gamma et d’interleukine 2 et 12 favorables à l’immunité cellulaire anti-tumorale). Or, les statines ont des propriétés immunomodulatrices susceptibles d’interférer avec ce mode d’action et la  question se pose de savoir si un traitement concomitant par statines pourrait ou non réduire l’efficacité du BCG.

Pour y répondre, les auteurs de Saint Louis (Missouri) ont repris les dossiers de 90 patients (100 % hommes) porteurs de TV Ta, Tis ou T1, et traités entre 1997 et 2007, par au moins 1 cure hebdomadaire de BCG pendant 3 semaines, par l’intermédiaire d’une sonde vésicale et en l’absence d’hématurie. Les doses (le produit sec de 81 mg étant dilué dans du sérum salé) pouvaient être réduites de moitié ou espacées de 15 jours en cas de mauvaise tolérance (irritation vésicale). Le traitement d’entretien n’a concerné que quelques malades.

Le BCG était le seul traitement chez 47 sujets mais les 43 autres recevaient aussi des statines, définies comme tout produit inhibiteur de l’HMG Co-A réductase ; on a comparé les 2 groupes en notant dans chacun la survenue d’évènements fâcheux.

Les 2 groupes étaient comparables en termes d’âge, race, taux initial de cholestérol, tabagisme, et stade tumoral (64 sur 90 avaient une TV classifiée Ta). De plus, le nombre de séances d’instillations de BCG était similaire dans les 2 groupes, qui avaient donc un risque voisin de récidives. La durée du suivi a été de 5 ans.

Malgré une tendance dans le groupe sans statines à récidiver plus tard (15 vs 7 mois) et à mourir moins souvent (sur les 5 décès liés à la maladie, 3 concernaient des sujets ayant reçu des statines), on n’a pas pu mettre en évidence un plus grand recours aux traitements plus agressifs (même taux de cystectomies, chimio ou radiothérapie), ni une plus grande fréquence de métastases, ni une augmentation significative de la mortalité globale parmi les patients sous statines. 
Dans cette petite étude pilote, les statines n’ont donc pas semblé contrarier l’activité anti-tumorale de la BCG-thérapie.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Skolarus TA et coll. : Intravesical Bacille Calmette-Guérin therapy for non-muscle-invasive bladder cancer : effect of concurrent statin therapy. J Am Coll Surg., 2009 ; 209 : 248-253.

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