P. SEKSIK,
Hôpital Saint-Antoine, Paris
Chaque être humain héberge dans son tube digestif
1014bactéries, soit 10 fois plus que le
nombre des cellules qui lui sont propres. Malgré cette présence
bactérienne massive, le microbiote intestinal reste mal connu, pour
des raisons techniques, mais aussi parce que son action
physiologique et son rôle dans certaines pathologies ont été trop
longtemps négligés. Aujourd’hui, les scientifiques, en conduisant
de nombreux travaux sur cette microflore, tentent de rectifier les
carences du passé.
Qu’est-ce que la flore intestinale ?
Avant de pouvoir répondre à cette question, il apparaît
essentiel de s’accorder sur un point sémantique. En effet, il faut
bien admettre que le vocable
« flore » intestinale est un mauvais terme. En effet, il renvoie à
la notion de flore que l’on utilise lors de la description d’un
écosystème comme une forêt par exemple qui comporte une flore
(végétaux) et une faune (animaux). La flore intestinale s’intègre
bien dans un écosystème, le tube digestif, mais en désigne plutôt
la « faune » puisqu’il correspond à l’ensemble des micro-organismes
présents dans cet écosystème. De sorte que l’on préfère au terme de
« flore intestinale » celui de « microflore » ou « microbiote »
intestinal. Le tube digestif héberge des êtres unicellulaires comme
des bactéries, mais aussi des virus, des parasites et des
micro-organismes très particuliers appelés les Archae qui se
différencient des bactéries et du règne animal. Parmi tous ces
micro-organismes, les bactéries forment le groupe le plus
représenté et l’on considèrera donc que le microbiote intestinal
est l’ensemble des bactéries qui colonisent notre tube
digestif.
Pourquoi connaît-on si mal le microbiote intestinal ?
Ce microbiote intestinal constitue encore aujourd’hui une boîte
noire qui, à mesure qu’elle tend à s’éclaircir, devient tout à fait
fascinante. Fascinante en termes de biodiversité et du grand nombre
de bactéries qui la compose, mais aussi dans la capacité
d’interactions qu’elle partage avec son hôte. Un être humain est
fait de 1013 cellules eucaryotes.
Le microbiote intestinal
constitue une boîte noire fascinante.
Chaque être humain héberge 1014 bactéries dans son
tractus digestif. Si l’on considère qu’une bactérie est un être
unicellulaire, il existe donc 10 fois plus de cellules dans le tube
digestif d’un homme sain que de cellules qui compose ce même être
humain ! Cette biodiversité tout à fait extraordinaire a rendu
l’étude de ce microbiote très difficile. Si l’on ajoute le fait que
plus de 70 % des bactéries qui le composent ne sont pas cultivables
par les méthodes classiques, ceci explique encore pourquoi, pendant
de très nombreuses années, le microbiote digestif n’a été que peu
ou superficiellement étudié. En effet, les bactéries ont longtemps
été classées selon des critères morphologiques et fonctionnels
(capacités fermentaires des souches en culture par exemple),
méthodes inadaptées à l’étude de bactéries non cultivables.
Il existe 10 fois plus de
cellules dans le tube digestif d’un homme
sain que de cellules qui compose ce même être humain
L’avènement de la biologie moléculaire a permis de commencer à
étudier le microbiote dans sa globalité et d’en décrire sa grande
diversité, en s’af franchissant des limites de la culture. Une
taxonomie bactérienne fondée sur la séquence nucléique de certaines
molécules, comme les ARN ribo - somiques 16S (figure 1), a été
développée. Cette taxonomie phylogénétique est fondée sur la
comparaison des gènes codant pour ces ARN.
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Figure 1.
Structure de l’ARN 16S
bactérien.
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La description du microbiote intestinal repose essentiellement
sur les données issues de ces techniques.
Constitution du microbiote intestinal
Tous les mammifères naissent avec un tube digestif stérile.
Ainsi, le tractus digestif du nouveau-né estil dépourvu de
bactérie. La colonisation microbienne débute dès l’accouchement. En
l’absence des mécanismes immunitaires sophistiqués de l’adulte, le
tube digestif du nouveau-né est un environnement particulièrement
permissif et les niveaux de populations y atteignent rapidement
1011 bactéries par gramme de contenu. La colonisation
suit néanmoins un schéma relativement organisé, sous la dépendance
de facteurs exogènes (d’origine maternelle, alimentaire) et
endogènes, comme les secrétions du tube digestif mais aussi les
produits des premiers microorganismes colonisateurs qui globalement
conditionnent la physico- chimie du biotope. Les bactéries
anaérobies qui dominent le microbiote intestinal de l’adulte font
partie des premiers microbes rencontrés lors d’une naissance par
voie basse. La mise en place successive des espèces bactériennes
conduit vers l’âge de 2 ans à un microbiote stable au plan
fonctionnel. Ces bactéries se répartissent tout le long du tube
digestif selon des concentrations croissantes depuis des parties
hautes jusqu’au côlon distal. Il existe de rares bactéries dans
l’estomac et les parties supérieures de l’intestin grêle. Les
concentrations augmentent pour atteindre 108 bactéries
par gramme de contenu dans l’iléon terminal (figure 2). Les
bactéries anaérobies facultatives dominent dans l’intestin grêle
alors que les bactéries anaérobies strictes dominent les bactéries
anaérobies facultatives dans le côlon distal et les selles, par un
facteur de 1 000 environ. On estime aujourd’hui que chaque individu
adulte héberge en dominance dans ses selles un millier d’espèces
bactériennes différentes. La densité bactérienne atteint son
maximum dans le côlon distal avec 1011 bactéries par
gramme de contenu. L’utilisation d’outils moléculaires a montré que
la plus grande partie (deux tiers environ) des espèces dominantes
(plus 108 bactéries par gramme de contenu) observées
dans le microbiote fécal d’un individu lui est propre. L’analyse de
sa composition en taxa (genres bactériens et/ou grands groupes
phylogénétiques) fait ressortir l’existence de trois phyla
bactériens, Firmicutes, Bacteroidetes et
Actinobacteria, trouvées chez tous les individus (figure
3). Le phylum des Firmicutes (bactéries à Gram positif)
est toujours fortement représenté. Il comprend de nombreuses
espèces bactériennes appartenant aux genres Eubacterium,
Clostridium, Ruminococcus, Butyrovibrio
ou au groupe « Clostridium leptum » avec, notamment,
l’espèce Faecalibacterium prausnitzii. Les
Bacteroidetes sont toujours présents et représentés par
les genres apparentés à Bacteroides (Bacteroides,
Prevotella et Porphyromonas). Le phylum
Actinobacteria est moins systématiquement détecté en
dominance, mais il représente en moyenne quelques pourcents des
bactéries totales.
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Figure 2.
Répartition des populations bactériennes le long du tube
digestif.
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On y trouve les bifidobactéries. Les entérobactéries sont plus
rarement observées dans le microbiote fécal dominant (en moyenne
0,4 à 1 %), de même que les lactobacilles et streptocoques (2 %).
Si l’on reconnaît ainsi des caractéristiques très conservées en
termes de composition au niveau des phyla et grands groupes
phylogénétiques, au niveau des espèces, le microbiote d’un individu
lui est propre. En plus d’être spécifique, la microflore d’un
individu semble extraordinairement stable dans le temps. Ainsi, si
on réalise une électrophorèse particulière du génome bactérien à
partir d’une selle d’un individu, on observe pour chaque individu
un « code barre » unique hautement stable dans le temps (figure 4).
Cette notion de stabilité dans le temps du microbiote est nouvelle
et fondamentale, rapprochant le microbiote d’une entité structurée
et fonctionnelle qui en fait un véritable « organe caché ».
Microbiote, antibiotiques, alimentation et probiotiques
On pense depuis longtemps déjà que l’usage d’antibiotiques pour
des affections bénignes peut avoir une influence sur le microbiote
et même réduire le niveau de population de bactéries résidentes. La
réalité est plus complexe : le retour à l’équilibre du microbiote
après une antibiothérapie semble assez rapide, de l’ordre d’un ou 2
mois, suggérant une résilience (retour à l’état antérieur) de
l’écosystème digestif.
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Figure 3.
Arbre phylogénétique du microbiote intestinal humain.
Il est obtenu par analyse comparée de séquence des gènes
codant l’ARN de la petite sous-unité ribosomale 16S.
L’échelle indique selon l’axe horizontal une divergence de
séquence de 10 % pour une comparaison d’environ
1 000 nucléotides homologues
(dérivant d’un même nucléotide ancestral).
Les PHYLA et groupes dominants les plus
prévalents sont indiqués en gras.
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Parmi d’autres facteurs environnementaux susceptibles
d’influencer l’équilibre de l’écosystème microbien, la nature et la
quantité des substrats disponibles pour la fermentation par le
microbiote intestinal ont un rôle majeur. Un changement de régime
alimentaire modifie, au moins partiellement, le niveau des
fonctions du microbiote digestif. Par exemple, la production de gaz
par le microbiote est consécutive à la consommation d’aliments
fermentescibles (chou, haricots secs). Paradoxalement, ce
changement ne semble pas se refléter directement au niveau des
espèces du microbiote puisque l’on observe une grande stabilité du
microbiote au cours du temps pour chaque individu.
Le retour à l’équilibre du
microbiote après une antibiothérapie semble assez rapide.
Certains de nos aliments contiennent des quantités importantes
de bactéries vivantes. Les plus importantes consommations
bactériennes proviennent des yaourts et des laits fermentés puisque
le nombre est de l’ordre de 108 bactéries/gramme et que
la consommation journalière dépasse souvent 200 ml. Depuis plus
d’une dizaine d’années, de nouvelles bactéries ont été introduites
dans ces produits. Elles en modifient le goût ou la texture, mais
surtout elles sont choisies pour induire des effets bénéfiques sur
la santé humaine. On les appelle des probiotiques, soit « des
micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont ingérés en quantité
suffisante, exercent un effet positif sur la santé au-delà des
effets nutritionnels traditionnels ». Ce sont principalement
des bactéries lactiques qui fermentent le lactose du lait en acide
lactique. Elles sont capables de modifier sensiblement la structure
du microbiote le temps de leur consommation et, pour certaines,
d’exercer un rôle sur la physiologie du consommateur. Il faut enfin
savoir que les effets sont dépendants de chaque souche et par
exemple la souche Bifidobacterium bifidum BB12 n’est pas
équivalente à tous les Bifidobacterium bifidum. Retenons
que la microflore est extrêmement stable au cours du temps et que
des modifications structurelles de la microflore peuvent s’observer
dans certaines situations (antibiothérapie, consommation de
certains probiotiques, etc.). Ainsi, le microbiote peut-il exercer
tous ces effets sur l’hôte tout en pérennisant les conditions de
son propre « habitat ».
Les fonctions du microbiote
La présence permanente d’une importante biomasse bactérienne
exerce des effets physiologiques dont les répercussions pour l’hôte
sont, pour la plupart, bénéfiques. Parmi les grandes fonctions du
microbiote, la fermentation des substrats disponibles au niveau du
côlon, le rôle de barrière à la colonisation par les
micro-organismes pathogènes, le développement et la maturation du
système immunitaire intestinal et les interactions avec les
cellules épithéliales ont des rôles essentiels pour le maintien de
la santé de l’hôte. Des différences ont été mises en évidence entre
animaux axéniques (sans germe) et conventionnels et ont permis de
comprendre le retentissement du microbiote sur la physiologie de
l’hôte. Les animaux axéniques présentent ainsi une vascularisation
de l’intestin plus faible, des activités enzymatiques digestives
réduites, ainsi qu’une couche de mucus plus importante, une
susceptibilité aux infections augmentée ou encore un dépense
énergétique supérieure de 20 à 30% comparativement à des animaux
conventionnels. De même, le renouvellement de l’épithélium colique
apparaît ralenti en l’absence du microbiote.
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Figure 4.
Profils d’électrophorèse de gènes du 16S du microbiote
fécal.
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Le microbiote est capable de modifier l’expression génique des
cellules de l’hôte. C’est ce qui a été montré de façon globale en
comparant, à l’aide de puces à ADN, les profils d’expression
génique de l’intestin grêle distal de souris axéniques et
conventionnelles. De plus, ces profils d’expression génique de la
muqueuse intestinale diffèrent en fonction de la bactérie
testée.
Métabolisme
L’influence principale de la microflore sur le métabolisme de
l’hôte provient du métabolisme bactérien des composés présents dans
le côlon et en particulier du métabolisme des sucres (figure 5),
des gaz et des protéines. La quantité de glucides fermentescibles
(présents dans les céréales, les fruits et les légumes) arrivant au
côlon varie de 10 à 60 g par jour. Différents groupes bactériens du
microbiote colique humain participent à la dégradation anaérobie de
ces substrats. La première étape est l’hydrolyse des polymères
glucidiques en fragments de petite taille, assurée par des
bactéries dites « fibrolytiques ». Les bactéries glycolytiques
peuvent ensuite transformer les glucides produits. La majorité des
espèces utilisent la glycolyse pour convertir les glucides en
pyruvate qui sera lui-même transformé en produits finaux (acétate,
propionate, butyrate) qui sont des acides gras à chaîne courte
(AGCC). Ils apportent de l’énergie, stimulent l’absorption colique
de sodium et exercent des propriétés d’immuno modulation locale.
L’hydrogène est un des gaz majoritairement formé par la
fermentation et de grandes quantités en sont produites
quotidiennement dans le côlon (environ 300 ml par gramme de
substrat fermenté). L’efficacité de la fermentation dépend de la
capacité de l’écosystème à éliminer cet hydrogène soit par les
émissions de gaz rectaux soit par voie pulmonaire. Bien que
quantitativement moins important que celui des glucides, le
métabolisme des protéines (putréfaction) est fondamental dans le
côlon. Les protéines sont la principale source d’azote dans le
côlon et les bactéries coliques doivent être capables de les
hydrolyser afin de disposer de l’azote et du carbone qui leur sont
nécessaires. Un grand nombre de bactéries coliques possèdent une
activité protéasique. Ces peptides peuvent être directement
métabolisés par certaines espèces bactériennes permettant la
libération d’acides aminés libres qui seront utilisés par d’autres
bactéries incapables d’assimiler des peptides.
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Figure 5. Dégradation et fermentation
des polyosides dans le côlon humain.
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Cette chaîne de réactions aboutit à la formation d’AGCC
(acétate, propionate, butyrate) et d’ammoniaque, avec d’autres
métabolites également formés pendant cette fermentation (des
phénols, des acides di-carboxyliques et des acides gras ramifiés.
Enfin, les lipides de la lumière colique proviennent de trois
origines : les lipides arrivant du tractus intestinal d’amont (5 à
8 g/jour en condition physiologique), les lipides provenant de la
desquamation des cellules épithéliales coliques et les lipides
bactériens. Les acides gras non absorbés dans l’intestin grêle sont
transformés (hydrolyse, oxydation, réduction, hydroxylation, etc.)
dans le côlon par les bactéries du microbiote.
Microflore et obésité
Le rôle du microbiote intestinal dans le stockage des graisses
et l’obésité a été récemment investigué. Des résultats parus dans
la revue Nature suggèrent que le microbiote intestinal
contribue à l’absorption par l’hôte de glucides et de lipides et
régule le stockage des graisses. Ces effets seraient liés à
l’induction, par le microbiote, de la lipogenèse hépatique et du
stockage des triglycérides dans les adipocytes. D’autre part, la
même équipe a montré que le microbiote de souris obèse (ob/ob),
invalidée pour le gène de la leptine, comportait une proportion
anormalement élevée de Firmicutes et anormalement basse de
Bacteroidetes. De plus, le transfert du microbiote de ces
souris obèses à des souris axéniques induisait une augmentation de
l’extraction énergétique des aliments ingérés supérieure à celle
induite par le transfert d’un microbiote de souris minces. Chez
l’homme obèse, il existe, dans le microbiote fécal, une proportion
augmentée de Bacteroidetes et diminuée de
Firmicutes, comparativement aux sujets minces et la perte
de poids semble corrélée à l’augmentation de la proportion de
Bacteroidetes. Ces données récentes suggèrent donc un
possible lien entre le microbiote intestinal et l’obésité.
Effets sur le système immunitaire
Le système immunitaire intestinal joue un rôle très important
dans la physiologie des mammifères. Il doit d’abord développer des
réponses protectrices cellulaire et humorale envers les virus,
bactéries ou parasites entéro-pathogènes. La réponse humorale est
réalisée essentiellement grâce à la sécrétion d’anticorps
spécifiques des muqueuses, les immunoglobulines A (IgA), bloquant
l’adhésion de bactéries pathogènes, la multiplication virale dans
l’entérocyte et neutralisant les entérotoxines. La réponse
cellulaire, quant à elle, fait appel, entre autres, aux lymphocytes
intra-épithéliaux qui permettent de maintenir l’intégrité de
l’épithélium intestinal. Parallèlement à cette fonction
protectrice, le système immunitaire intestinal doit également
empêcher l’induction de réponses immunes envers les composants des
aliments et des bactéries commensales présentes dans le tube
digestif. Ce phénomène est nommé la tolérance orale. À nouveau, des
études comparatives entre des souris axéniques et conventionnelles
ont démontré le rôle essentiel joué par le microbiote dans le
développement et la maturation du système immunitaire et donc sur
ses fonctions. Les animaux axéniques présentent en effet de
nombreuses anomalies au niveau du système immunitaire intestinal :
hypoplasie des plaques de Peyer, nombre réduit de lymphocytes
intra-épithéliaux, concentration d’immuno globulines sériques et
production de cytokines limitées. Les anomalies observées ne se
limitent cependant pas à l’épithélium intestinal puisque la rate et
les ganglions lymphatiques des animaux axéniques sont non
structurés et présentent des zones lymphocytaires atrophiées.
L’ensemble de ces anomalies peuvent être « réparées » en quelques
semaines en inoculant un microbiote de souris conventionnelle à ces
souris axéniques. Certains des mécanismes mis en jeu ont été
établis et il a été montré, par exemple, que le polysaccharide A,
sucre de la paroi de Bacteroides fragilis était capable, à
lui seul, d’induire la maturation du système immunitaire de souris
axéniques.
Quel rôle dans les MICI ?
Il semble actuellement bien établi qu’au cours des maladies
inflammatoires chroniques et cryptogénétiques de l’intestin (MICI),
la microflore joue un rôle délétère pro-inflammatoire. De nombreux
arguments cliniques et expérimentaux illustrent ce fait. La
présence d’une microflore dans le côlon aggrave toutes les colites
expérimentales chez l’animal et chez l’homme, la topographie des
lésions préférentielles iléales et coliques représente les segments
ayant les concentrations bactériennes les plus élevées. Les
arguments cliniques les plus convaincants sont observés dans la
rechute postopératoire pré-anastomotique de la maladie de Crohn
(MC) qui ne s’observe que si le flux fécal est maintenu sur
l’anastomose ou si on instille le liquide iléal dans sa totalité,
mais pas si on instille un filtrat du liquide iléal. Certains
antibiotiques (particulièrement le métronidazole et la
ciprofloxacine) ont une efficacité établie pour traiter la pochite
et prévenir la récidive postopératoire de la MC.
Au cours des MICI, la
microflore joue un rôle délétère pro-inflammatoire.
Deux autres éléments ont été récemment acquis :
● tous les micro-organismes n’ont pas le même potentiel
pro-inflammatoire ;
● des différences significatives existent entre la microflore
intestinale de sujets sains et celle de sujets atteints de MICI,
définissant ainsi le terme de dysbiose. Il semble que cette
dysbiose se fasse aux dépens des Firmicutes qui se
trouveraient diminués à la fois en nombre d’espèces appartenant à
ce phylum (biodiversité), mais aussi en proportion (à l’inverse de
ce qui est observé chez les obèses). Nul doute que des avancées
dans la description de l’écosystème digestif au cours de ces
maladies apporteront des pistes pour la compréhension des
mécanismes physiopathologiques et à terme de nouvelles clefs
thérapeutiques.
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Pour la pratique on retiendra
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● La flore intestinale est un compartiment mal connu de notre
organisme.
● Appelée de préférence « microbiote intestinal », elle correspond
à l’ensemble des bactéries qui colonisent notre tube digestif soit
1014 bactéries.
● Plus de 70 % de ces bactéries ne sont pas cultivables par les
méthodes classiques.
● Trois grands groupes bactériens (Firmicutes,
Bacteroidetes et Actinobacteria) sont trouvés
chez tous les individus, cependant chaque individu possède une
microflore qui lui est propre.
● La microflore d’un individu est extraordinairement stable dans le
temps, faisant du microbiote une entité structurée et fonctionnelle
comme un véritable « organe caché ».
● L’influence principale de la microflore sur le métabolisme de
l’hôte provient du métabolisme bactérien des composés présents dans
le côlon et en particulier du métabolisme des sucres, des gaz et
des protéines.
● La stimulation permanente du système immunitaire par le
microbiote intestinal est nécessaire pour son développement et sa
maturation, mais également pour le maintien de l’homéostasie
intestinale, de la fonction de barrière de l’épithélium ou encore
de l’équilibre entre réponses pro- et anti-inflammatoires.
● La microflore intestinale est très étudiée dans certaines
affections telles que l’obésité ou les MICI. |
Références
1. Backhed F et al. Science 2005 ; 307 :1915-20.
2. Turnbaugh PJ et al. Nature 2006 ; 444 : 1027-31.
3. Mazmanian SK, Liu CH et al. Cell 2005 ; 122 : 107-18.
Copyright © Len medical, Gastro-entérologie pratique, octobre/novembre/décembre 2009