L’étude ACCORD, encore une surprise

Rappelez-vous, c’était en 2008, une petite bombe éclatait dans la communauté médicale. L’étude ACCORD, qui évaluait l’efficacité du traitement intensif du diabète de type 2 versus le traitement plus conventionnel, devait revoir son protocole pour cause de surmortalité dans le groupe traitement intensif.

Plus de de 10 000 diabétiques de type 2 avaient été enrôlés dans cette étude et divisés en deux groupes. L’un (n=5 106) recevait un traitement intensif pour atteindre une hémoglobine glyquée (HbA₁c) inférieure à 6,0 %, l’autre (n=5 088) un traitement standard, permettant de maintenir un objectif d’HbA₁c entre 7,0 et 7,9 %. En février 2008, au bout de 3 ans et demi de suivi, le constat était sans appel : une mortalité de 1,42 % dans le bras traitement intensif et de 1,14 % dans le bras traitement standard (HR 1,22, IC 95 % : 1,01-1,46 ; p=0,04). A ce moment précis, les raisons de cette surmortalité sont encore inconnues, mais les soupçons se portent tout de suite sur les hypoglycémies sévères.

Deux ans après, les auteurs reviennent sur leurs résultats et la conclusion de cette relecture ne manque pas d’intérêt. Les hypoglycémies sévères sont bien associées à une augmentation du risque de décès, mais ceci dans les deux groupes. Dans le groupe traitement intensif, la mortalité annuelle des patients ayant eu au moins un épisode d’hypoglycémie est de 2,8 %, alors qu’elle est de 1,2 % chez ceux n’ayant pas souffert d’hypoglycémies (HR 1,41, IC 95 % : 1,03-1,93). Les mêmes constatations sont faites dans le bras traitement standard, avec une mortalité de 3,7 % quand des hypoglycémies sont signalées versus 1,0 % pour ceux qui n’ont pas présenté d’hypoglycémies (HR 2,30, IC 95 % : 1,46-3,65).

Les auteurs constatent de plus que chez les patients qui rapportent au moins un épisode d’hypoglycémie n’ayant pas justifié une assistance médicale, le risque de décès est un peu inférieur dans le groupe traitement intensif, avec un HR de 0,74, et la différence est plus significative encore si l’on compare le risque de décès chez les patients rapportant des hypoglycémies sévères ayant nécessité un recours médical (HR O,55).

En conclusion les auteurs estiment que, s’il ne faut pas banaliser les hypoglycémies, la surmortalité constatée dans le groupe traitement intensif ne peut leur être imputée. Ils émettent l’hypothèse qu’une susceptibilité particulière aux hypoglycémies peut être le marqueur de désordres sous-jacents augmentant le risque de décès des diabétiques, même quand le diabète est contrôlé selon les recommandations habituelles.

Dr Roseline Péluchon

Références
Bonds D.E. et coll. : The association between symptomatic, severe hypoglycemia and mortality in type 2 diabetes : retrospective epidemiological analysis of the ACCORD study
BMJ 2009;339:b4909

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