T3 basse et survie courte

Le syndrome de la T3 basse (ST3b) aurait une valeur péjorative. De fait, il ne s’agirait pas que d’une anomalie biologique de découverte souvent fortuite lors d’un bilan thyroïdien, mais bel et bien d’un biomarqueur doué d’une certaine valeur pronostique qui reste actuellement floue, du fait d’un manque crucial de données et de résultats concluants. Une étude transversale a précisé sa prévalence au sein d’une cohorte de 301 patients (dont 156 femmes) d’âge moyen, 81 ans (extrêmes, 65-101 ans) admis en urgence du fait d’une maladie aiguë. L’objectif principal était d’évaluer l’impact du ST3b sur la survie et le rôle pathogénique potentiel de l’inflammation systémique dans ce contexte. Il va sans dire que les taux sériques de FT3, FT4 et de thyrotropine ont été systématiquement dosés, au même titre que les index de l’inflammation aiguë.

La prévalence du ST3b dans cette population sélectionnée a été estimée à 31,9 %. Une association statistiquement significative a été mise en évidence entre ce syndrome biologique et les situations cliniques suivantes : 1) insuffisance rénale aiguë (p=0,006) ; 2) insuffisance cardiaque stade IV de la classification de la NYHA (New York Heart Association) (p = 0,003) ; 3)  cancer métastatique (p=0,0002).

Les taux sériques de  FT3 ont été inversement corrélés aux taux sériques de : 1) CRP (C-reactive protein) (p <0,0001) ; 2) de LDH (lactate déshydrogénase (p = 0,0004), 3) de fibrinogène (p=0,03). Il en a été de même pour la vitesse de sédimentation (p<0,0001).

Les taux de FT3 répartis en tertiles diminuaient progressivement avec l’âge des sujets (p=0,0004). La mortalité s’est avérée plus élevée en cas de ST3b (p=0,0004). Ce stigmate biologique est en fait apparu comme le seul facteur prédictif de la mortalité, l’odds ratio correspondant étant estimé à 4,3 (IC 95 % ; 1,7-10,5).

Le syndrome de la T3 basse est assurément très fréquent chez les sujets âgés hospitalisés pour une pathologie ou une situation aiguë et, à ce titre vulnérables. Ce  biomarqueur facile à doser semble permettre de prédire le risque de décès à court terme, ce qui devrait lui valoir une place dans le bilan pronostique, mais sa prise en compte est-elle à même d’influer sur la survie ? Cela reste à démontrer.

Dr Philippe Tellier

Référence
Tognini S et coll. : Non-thyroidal illness syndrome and short-term survival in a hospitalised older population. Age and Ageing 2010 ; 39 : 46-50.

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