F. RANCÉ,
Hôpital des Enfants, Toulouse
Toutes les études le montrent, la prévalence des maladies
allergiques augmente dans les pays économiquement avancés,
caractérisés par une vie de plus en plus urbaine et de moins en
moins rurale. Le recul des pathologies infectieuses, lié
principalement au progrès de l’hygiène, semble bien coïncider avec
la montée de l’allergie. De ces constats est née la théorie
hygiéniste, qu’il faudrait plutôt appeler théorie de l’exposition
microbienne. Mais, le phénomène semble beaucoup plus complexe qu’il
n’y paraît, et les théories qui gravitent autour de la théorie
initiale abondent, mais pas toujours dans le même
sens…
Les causes de l’allergie sont multifactorielles, mais largement
dominées par les facteurs génétiques et l’environnement (1). Des
facteurs issus de notre mode de vie actuel ont été suggérés pour
expliquer l’augmentation de la prévalence
des maladies allergiques. Il s’agit d’hypothèses issues de la
théorie hygiéniste, mieux appelée théorie de l’exposition
microbienne (2). D’autres hypothèses impliquent l’alimentation,
plus riche en graisses, pauvre en antioxydants ou encore faible en
vitamine D (1). Les facteurs génétiques vont moduler les effets
attendus de l’alimentation ou de l’exposition microbienne sur le
développement des maladies allergiques (3-5). Il est donc tout
aussi important de connaître les différents phénotypes génétiques
pour comprendre les effets variables des facteurs de
l’environnement.
Définition
La théorie de l’exposition microbienne est fondée sur
l’augmentation du niveau d’hygiène des populations, se traduisant
par une diminution des contacts avec des substances microbiennes
(endotoxines) au cours de l’enfance, associée à un niveau de
protection accru contre les infections en raison des vaccinations
(1).
Les études épidémiologiques
Plusieurs études (6,7) ont montré une diminution du risque
d’asthme, et/ou d’autres manifestations allergiques et/ou de
sensibilisation, chez les enfants ayant des parents fermiers de
profession. Il a aussi été montré que les enfants dont les parents
travaillaient souvent dans les étables avaient une fréquence
moindre d’allergies que ceux qui n’avaient aucun contact de ce type
(13,6 % vs 22,9 %) (7). Cette étude (ALEX), menée en Allemagne,
Autriche et Suisse, a débuté en 1999 par un questionnaire chez des
parents d’enfants âgés de 6-8 ans. Les 901 enfants inclus et
randomisés selon leur mode de vie, rural ou non, ont eu un bilan
allergologique et un inventaire des poussières de leur
environnement a été effectué.
L’étude PARSIFAL (Prevention of
Allergy Risk factors for Sensitization In children related to
Farming and Anthroposophic Lifestyle) est une étude
transversale portant sur 14 893 enfants classés en trois catégories
(milieu fermier, écoles de Steiner et témoins). Comparativement au
groupe témoin (vivant en dehors d’un milieu agricole), il y avait
chez les enfants de milieu fermier et des écoles de Steiner une
diminution d’incidence de l’asthme, des sifflements, du rhume des
foins et de la sensibilisation aux pollens, mais pas de diminution
de l’atopie (5).
L’étude PASTURE (Protection against
Allergy; STUdy in Rural Environments) est une étude
prospective de suivi de 1 163 enfants vivant ou non dans une ferme,
en Autriche, Finlande, France, Allemagne et Suisse (8). Les
inclusions ont été effectuées chez des femmes enceintes. Cette
étude montre que le mode de vie à la ferme et la consommation de
lait de ferme non pasteurisé réduit l’incidence de l’allergie,
indépendamment du taux d’endotoxines. L’effet protecteur était
observé lorsque l’exposition (ferme et lait non pasteurisé) était
survenue lors de la grossesse et surtout avant l’âge de un an (9),
ce qui veut dire que l’âge d’exposition intervient.
Rôle des facteurs diététiques
Les facteurs augmentant la prévalence de l’atopie
La taille réduite de la fratrie, l’amélioration des équipements
ménagers et de l’hygiène des maisons ont réduit l’opportunité des
infections par contage au sein des familles (2).
• La diminution de l’exposition aux micro-organismes a
été suggérée comme étant responsable de l’augmentation de la
susceptibilité aux maladies allergiques par le biais d’une
altération du développement du système immunitaire. La théorie des
antioxydants dérive d’un effet anti-inflammatoire de la vitamine C
et du bêta-carotène, protecteurs de l’asthme. Il n’existe pas de
données pour les allergies alimentaires.
• Le rôle d’une diminution de la consommation
d’antioxydant et d’une augmentation de l’ingestion de graisses
dans notre alimentation moderne a été avancé sans preuves réelles
(10). Il y aurait une augmentation de la consommation des huiles
oméga-6 polyinsaturés (acide linoléique), avec réduction des
apports en huiles de poisson, qui comportent des acides gras
oméga-3 polyinsaturés (acide eicosapentaénoïque). Les oméga-6 sont
importants dans la synthèse des prostaglandines E2, alors que les
oméga-3 inhibent leur synthèse ; les PG-E2 réduisent la synthèse de
la production de l’IFN-γ par les lymphocytes T. Il en découle une
augmentation de la production des IgE par les lymphocytes B. Cette
théorie pourrait expliquer l’augmentation des maladies allergiques
comme l’asthme, l’eczéma, et la rhinite allergique (1).
Les facteurs réduisant la prévalence de l’atopie
• La consommation de lait de ferme non pasteurisé par les
enfants vivants dans les fermes pourrait contribuer à la réduction
de la prévalence des sensibilisations (11).
• Il existe un fort gradient nord sud des prescriptions
d’épinéphrine dans l’indication d’anaphylaxie (12). Ces
observations font évoquer un éventuel rôle de la vitamine D pour
diminuer la fréquence des maladies allergiques (12). La vitamine D
inhibe la prolifération des cellules T in vitro ainsi que la
production des cytokines de type Th2 : IL-2, IFN- γ et IL-12
(13).
Les facteurs génétiques
Avec la génétique, tout se complique car les résultats des
études ne sont pas univoques.
• Dans l’étude PARSIFAL, l’effet protecteur d’une vie à
la ferme est modifié par la génétique et le polymorphisme NPSR1
(3). Une analyse génétique a été réalisée chez 3 113 enfants de la
cohorte. L’analyse statistique démontre une très forte interaction
entre les différents polymorphismes de 7 NPSR1 (en particulier
rs323922 et rs324377), les contacts réguliers avec les animaux de
ferme et les symptômes allergiques (p < 0,005). Deux
polymorphismes additionnels (SNP546333, rs740347) semblent eux
aussi particulièrement importants, intervenant sur la réponse à
l’exposition aux endotoxines, qui est modulée par le taux de
protéines dans les monocytes (p = 0,002).
• Par ailleurs, la protection de l’asthme et des
allergies apportée par la consommation de lait de ferme est
modifiée par les variations génétiques de l’immunité innée,
notamment celles de l’expression du récepteur CD14 (5). Quatre
polymorphismes du CD14 ont été analysés chez 222 enfants de deux
populations européennes de fermiers et de non fermiers. Le génotype
AA homozygote associé à l’expression du CD14/ -1721 s’est révélé
associé à une diminution de la prévalence de l’asthme (odds ratios
: 0,18 [IC95 % : 0,07-0,47]), de la rhinoconjonctivite et des
sensibilisations polliniques. La consommation du lait de ferme et
les maladies allergiques semblent médiées par des mécanismes
immunitaires innés, et donc génétiques.
Conclusion
Les études de suivi de cohorte et interventionnelles sont
indispensables, bien que les biais soient difficilement
inévitables, pour confirmer les hypothèses diététiques en cause
dans le développement des allergies. Les modifications de notre
alimentation associées à une génétique propice au développement des
allergies expliquent l’augmentation des allergies. Il faut en effet
tenir compte de la génétique pour comprendre l’absence d’effet
protecteur d’une vie à la ferme avec consommation de lait non
pasteurisé chez certains individus.
Références
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Copyright © Len medical, Pediatrie pratique, décembre 2009