Pour soigner Haïti, surtout pas de médicaments !

Saint-Domingue, le mardi 26 janvier 2010 – Un tsunami de médicaments non utilisés (MNU) avait déferlé à Banda Aceh (Indonésie) au lendemain du raz de marée meurtrier de décembre 2004. Ces 4 000 tonnes de produits reçues s’étaient révélées bien plus souvent néfastes que salutaires. Une enquête menée un an après la catastrophe avait ainsi souligné l’ampleur du désastre que représentait le stockage de ces milliers de boîtes non sollicitées. Il était ainsi apparu que 60 % des médicaments reçus ne figuraient pas sur la liste des médicaments essentiels établie par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), les notices de 70 % d'entre eux étaient rédigées dans des langues étrangères tandis que 25 % étaient soit déjà périmés soit très proches de la péremption. Pharmaciens sans frontières à l’origine de cette enquête avait également pointé du doigt le fait que même les médicaments appropriés posaient des difficultés car ils étaient arrivés dans des quantités beaucoup trop importantes, entraînant des problèmes de stockage délétères. Au total, la destruction obligatoire d'au moins 600 tonnes de médicaments était évaluée à 2 400 000 euros, une somme dantesque pour un pays déjà ravagé par le tsunami et de nombreux autres drames humains et naturels.

« Médicaments de récupération »

L’exemple du tsunami conforta la position de ceux qui depuis plusieurs années mettaient en avant les dangers de l’envoi de MNU au lendemain d’un séisme, d’une inondation ou d’une guerre. Ils furent enfin entendus par les pouvoirs publics français qui adoptèrent une nouvelle législation qui interdit depuis le 1er janvier 2009 aux particuliers l’envoi de produits pharmaceutiques dans des pays sinistrés. En dépit de cette nouvelle réglementation, face au tremblement de terre meurtrier qu’a connu Haïti il y a quinze jours, les associations humanitaires redoutent de voir se multiplier les envois désorganisés. Aussi, dans un récent communiqué huit organisations* ont lancé un appel commun pour rappeler aux donateurs de ne pas envoyer leurs « médicaments de récupération ». Rappelant la situation observée en Indonésie, les ONG soulignent qu’ « en situation d’urgence tous les médicaments ne sont pas utiles » et martèlent : « l’aide utile et efficace [c’est] le soutien financier aux associations médicales et pharmaceutiques ».

Une ONG française pour gérer la pharmacie de l’hôpital de campagne de l’ONU

L’inutilité de l’envoi de médicaments de la part des particuliers ne signifie nullement que la présence de pharmaciens sur place n’est pas essentielle. Le travail réalisé ces derniers jours par Pharmacie et Aide Humanitaire (PAH) témoigne au contraire du rôle central des pharmaciens face à une catastrophe telle celle vécue aujourd’hui par Haïti. C’est d’abord de l’hôpital général des Cayes (située au Sud d’Haïti), où elle officie depuis novembre 2009, que l’association a pu apporter son soutien. Mais bientôt, les activités de PAH se sont nettement élargies. Aujourd’hui, outre la coordination des ONG françaises à Haïti, elle gère « la pharmacie de l’hôpital de campagne monté par les Nations Unies », comme l’expliquait Caroline Kerschen, citée le 21 janvier par le Quotidien du pharmacien. Cette dernière a également décrit au journal le travail titanesque de l’ONG : « Nous vivons dans l’urgence et nous rencontrons chaque jour de nouvelles difficultés. Nous avons créé un dépôt où nous stockons les médicaments qui arrivent. Nous avons monté une pharmacie provisoire aux urgences et nous assurons la dispensation pour éviter les abus et permettre une meilleure prise en charge des malades. Malheureusement, les stocks diminuent rapidement ».

Pénurie générale

Si les MNU sont redoutés, les médicaments, envoyés par les gouvernements ou par des laboratoires pharmaceutiques sont fortement recherchés. « Nous n’avons déjà plus d’antalgiques, d’anti-inflammatoires d’antibiotiques injectables et sommes en quasi rupture de solutés et de cathéters », énumérait ainsi le 19 janvier dans un communiqué de PAH le jeune pharmacien Benoît Kergaravat.

Martine Pichet

Référence
*ReMeD (Réseau médicaments & développement), ACTED (Agence d’aide à la coopération technique et au développement), CHMP (Centrale humanitaire médico-pharmaceutique), la Croix-Rouge française, MDM (Médecins du monde), MSF (Médecins sans frontières), PAH (Pharmacie et Aide Humanitaire) et PHI (Pharmacie humanitaire internationale).

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