La psychothérapie, simple comme un coup de fil ?

Freud et les aliénistes classiques doivent s’en retourner dans leur tombe : les psychiatres américains évaluent désormais l’efficacité des psychothérapies… par téléphone ! Indépendamment de son aspect iconoclaste, cette technique insolite serait probablement illégale en France, car l’acte médical y demeure attaché au « colloque singulier » entre un soignant et un soigné, sous-entendant implicitement une rencontre physique. Il serait donc impossible de facturer des actes de « télé-psychothérapie » cautionnant une consultation virtuelle, même si des émissions de radio se sont aventurées depuis longtemps sur ce terrain glissant, hors du cadre thérapeutique. Mais pour les praticiens américains, le débat est ailleurs : en complément du traitement classique de la dépression en ambulatoire, est-il judicieux de proposer une thérapie cognitivo-comportementaliste (TCC) par téléphone ?

Vue d’Europe, cette interrogation pourrait paraître saugrenue, si deux considérations pratiques ne venaient pas l’étayer : le manque de psychiatres pouvant contenir la déferlante des épisodes dépressifs dans la population ; et la nécessité d’assurer, surtout en période de crise économique, le meilleur rapport efficacité / coût en matière de dépenses de santé. Même s’ils admettent que « l’objectif essentiel du traitement de la dépression consiste à soulager la souffrance, et non à réduire les dépenses de santé », les auteurs de cette étude raisonnent en parfaits gestionnaires, pour lesquels un critère essentiel de performance reste le rapport bénéfice / coût des actes médicaux. Ils observent ainsi que la simple « surveillance » téléphonique par un personnel de santé non spécialisé dans la pratique des TCC s’avère insuffisante, en termes de journées « sans déprime » gagnées (en moyenne, 29 journées en 2 ans). Ce gain s’élève en revanche à 46 jours, quand on propose une « gestion des soins par téléphone, comprenant une TCC structurée » (a structured telephone program including care management and cognitive behavioral psychotherapy). Cette émergence des « interventions structurées » par téléphone restera-t-elle anecdotique, ou annonce-t-elle au contraire une approche nouvelle de la démarche thérapeutique ?

Dr Alain Cohen

Référence
Simon GE et coll.: Incremental benefit and cost of telephone care management and telephone psychotherapy for depression in primary care. Arch Gen Psychiatry 2009 ; 66 : 1081-1089.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • TCC ou TTC

    Le 28 janvier 2010

    Il y a bien longtemps que l'assistance téléphonique se pratique à la demande des patients qui ont changé de secteur et qui restent confiants en leur thérapeute hors prise en charge par la sécu. C'est toujours de la thérapie faite par psychologue et psychiatre.

    Dr Jean-Claude Guillen

  • S'adapter aux technologies

    Le 28 janvier 2010

    En regard aux objections exprimées dans cet article, je rappelerai le rôle non négligeable de la téléphonie sociale dans l'accompagnement des personnes.
    Même si les associations du secteur interviennent souvent hors champ thérapeutique, elles apportent un réel soulagement aux appelants. Je pense notamment à des associations comme SOS Amitié (prévention du suicide anonyme et bénévole)... qui plus est, a ouvert une "écoute" par messagerie et chat... tout comme ses partenaires britanniques et belges... Je rappelerai aussi que des psychiatres indiquent les coordonnées de cette association à leurs patients pendant les périodes où ils ne sont pas joignables... S'il le font, c'est qu'ils doivent lui accorder une certaine "efficience"...
    Par ailleurs, le quotidien le Monde a présenté, il y a quelques mois, une expérience de thérapie par Internet de victimes de violence en Iran ou Irak par des thérapeutes allemands arabophones... Il me semble que parfois, ces nouvelles technologies représentent le seul moyen de venir en aide à ceux qui souffrent...
    L'histoire des thérapies montre que les dispositifs thérapeutiques évoluent avec les sociétés dans lesquelles ils se trouvent... Au risque de vous choquer, je considère qu'il nous faut aussi évoluer et nous adapter aux nouveaux contextes... avec rigueur, éthique et ouverture sans parti pris ni dogmatisme... si cela peut réellement apporter aux personnes en souffrance.

    AS

Réagir à cet article