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MISES AU POINT

Peut-on traiter les fistules entérales postopératoires par voie endoscopique ?

Publié le 27/01/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

M. BARTHET, P. AH SOUNE,

Hôpital Nord , Marseille, France

 

L’endoscopie thérapeutique propose des outils de plus en plus efficaces pour la prise en charge des complications postopératoires à type de fistule ou de désunion anastomotique. Ces outils méritent, comme les clips ou les sutures, d’être améliorés ou, dans le cas des prothèses couvertes, d’être adaptés à la morphologie de l’estomac ou du côlon afin de limiter le risque de migration. Toutefois, les techniques disponibles donnent déjà de très bons résultats. 

Les fistules intestinales postopératoires compliquent 2 à 18 % des actes de résection chirurgicale du tube digestif suivant la localisation anastomotique considérée (oesophage, côlon, région anorectale), le terrain du patient (âge, dénutrition, maladie de Crohn, etc.) et les traitements associés (radiothérapie pré - opératoire, corticothérapie, etc.). Les conséquences peuvent être fonctionnelles, mais elles allongent surtout considérablement la durée d’hospitalisation. La reprise chirurgicale de ces complications fistuleuses et désunions anastomotiques est associée à une mortalité pouvant dépasser 20 %. La chirurgie bariatrique, d’introduction récente, est associée à un taux de complication proche de 20 %, l’incidence des fistules allant jusqu’à 15 %. Ces complications sont particulièrement graves compte tenu du surpoids. Elles nécessitent une reprise chirurgicale souvent difficile. Le problème majeur est le moment idéal de l’intervention secondaire. La majorité des fistules se tarit en effet dans les 15 jours, mais si celle-ci perdure au-delà, ses parois se fibrosent et sa lumière se réépithélialise, rendant la prise en charge endoscopique difficile.

La reprise chirurgicale est associée à une mortalité pouvant dépasser 20 %.

De nouveaux traitements endoscopiques ont été proposés, au gré des progrès technologiques. Ces traitements associent l’utilisation de suture endoscopique par clip, l’injection de colles biologiques ou synthétiques et de prothèses expansives couvertes. Aucune étude randomisée n’est disponible et la plupart reposent sur l’évaluation rétrospective de séries de cas. Le niveau de preuve scientifique est donc faible mais l’espoir suscité par ces méthodes et les résultats spectaculaires parfois obtenus justifient leur description et leur évaluation ultérieure.

Moyens thérapeutiques

On distingue les méthodes de réparation primaire qui traitent directement le trajet fistuleux ou la désunion anastomotique par clips (figure 1) ou encollage (figures 2 et 3) et les méthodes de diversion basées sur l’utilisation de prothèses couvertes (figures 4).

 Figure 1. Fermeture d’une fistule par clip.
Figure 2. Insertion d’un cathéter dans une fistule gastrique pour encollage.
Figure 3. Pose d’une prothèse couverte pour traiter une fistule oesophagienne.
Figure 4. Contrôle radiologique pour vérifier l’étanchéité de la prothèse.

Méthodes de réparation

 Plusieurs types de clips sont disponibles

Leurs caractéristiques varient en fonction de la largeur d’ouverture des mâchoires, de la possibilité de rotation du clip, ou de sa recapture en cas de mauvais positionnement. L’ouverture des mâchoires va de 6 à 8 mm pour les clips à 2 mâchoires (Quickclip Olympus®, Resolution Boston Scientific®) et jusqu’à 10 mm pour les clips à trois branches (Triclip Cook®). Seuls les clips Resolution (Boston scientific®) sont recapturables et seuls les clips Olympus® autorisent une rotation contrôlée à partir de la poignée. De nouveaux clips sont à l’étude afin de permettre une suture plus profonde et d’autres incluent le chargement simultané de plusieurs clips (Inscope Multi Clip Applier® (IMCA). Un autre modèle, toujours en évaluation, consiste à placer des ancres métalliques sur le versant séreux des berges de la perforation au moyen d’une aiguille dérivée des aiguilles à ponction sous échoendoscopie et de les relier par un fil (T-tag, Cook®, États- Unis). Le clip idéal n’existe pas à l’heure actuelle. Les principaux défauts du matériel existant sont la profondeur de la préhension permettant la suture de la muqueuse mais pas la musculeuse en profondeur, et l’ouverture trop réduite des mâchoires. On admet qu’il n’est pas possible de fermer efficacement une fistule ou une perforation intestinale de plus de 1 cm. Le traitement des fistules anciennes est d’autant plus difficile que ses parois sont fibreuses et réépithélialisées. L’étanchéité de la fermeture par clips est alors d’autant plus difficile à obtenir que les mâchoires du clip mordent mal la fibrose en profondeur et glissent plus souvent sur la muqueuse orificielle.

 La suture endoscopique

Développée au départ pour les techniques de traitement endoscopique du reflux gastro- oesophagien, elle n’est toujours pas disponible en pratique courante. Ces dispositifs de suture endoscopique sont généralement placés le long de l’endoscope. Ils entraînent une rigidification de l’appareil interdisant de franchir des angulations, obligeant au retrait de l’endoscope du champ opératoire pour installer le dispositif avec le risque supplémentaire de blesser un organe adjacent lors de la suture. La recherche dans le domaine des NOTES (chirurgie endoscopique transorificielle) devrait permettre, à terme, de mettre au point l’aiguille à suture endoscopique « idéale » qui passera dans le canal opérateur de l’endoscope.

 L’utilisation de colles biologiques

Cela pourrait être le meilleur moyen de réparation primaire des fistules digestives. Il existe deux types de colle : les colles biologiques à base de fibrine (Beriplast®) et les colles synthétiques à base de cyanoacrylate (Glubran®, Histoacryl®). Les colles biologiques sont largement utilisées en chirurgie. Elles ne sont pas ulcérogènes et elles favorisent la cicatrisation. Elles présentent moins de risque de complications que le cyanoacrylate. En effet, les colles synthétiques induisent un bourgeonnement par une réaction de type corps étranger, mais elles sont potentiellement ulcérogènes. Le cyanoacrylate doit être mélangé à du lipidiol (radio-opaque) afin de visualiser le trajet encollé sous radioscopie. Des précautions habituelles doivent être prises pour éviter de coller l’extrémité de l’endoscope et le canal opérateur. Le succès de ces colles dépend du diamètre de la fistule (plus la fistule est étroite, et meilleur est le résultat). Il est illusoire de les utiliser pour un diamètre excédant 5 mm. Il est nécessaire de réaliser une abrasion épithéliale pour les fistules anciennes, au moins à l’orifice de cette dernière. Cette abrasion peut être réalisée avec une pince ou par plasma argon. L’orifice peut être sécurisé avec des clips pour éviter une mobilisation précoce du bouchon de colle.

Méthodes de diversion

Le traitement par diversion consiste à ponter la zone anastomotique par une prothèse expansive couverte métallique (SEMS) ou plastique (SEPS). Celles-ci peuvent être passées soit dans le canal opérateur (TTS), soit, plus fréquemment, sur un fil guide préalablement mis en place par voie endoscopique. Compte tenu de leur caractère couvert, elles présentent un risque de migration important (18-37 %). Il est préférable de les fixer au pôle proximal de la prothèse par deux à trois clips. Il n’y a cependant pas d’étude qui établisse clairement l’efficacité de la fixation de la prothèse par clip. Les prothèses doivent être complètement couvertes, d’une part pour offrir une étanchéité complète et, d’autre part, pour être extractible. Cependant, elles entraînent un bourgeonnement rapide aux deux pôles de la prothèse qui peut rendre son extraction difficile, voire impossible. Il est recommandé de les enlever au plus tard dans un délai de 8 semaines. Le délai idéal est probablement de 6 semaines pour obtenir le meilleur compromis cicatrisation/ extractibilité. Le préalable à la pose de la prothèse reste la mise à plat et la désinfection de la région périanastomotique ou du trajet fistuleux. Cela peut être fait par voie chirurgicale ou par des drains posés par voie endoscopique. La pose de prothèse couverte sur des cavités infectées non drainées conduirait à une aggravation du sepsis local.

Résultats et indications

Les fistules et lâchages de suture anastomotiques de l’oesophage

Les fistules et lâchages de suture anastomotiques de l’oesophage correspondent à la plus ancienne et la mieux évaluée des indications du traitement endoscopique. C’est aussi l’indication idéale de la mise en place de prothèses couvertes qui obstruent la fistule ou la déhiscence par un mécanisme de diversion. Cette efficacité a été depuis longtemps mise en évidence pour des fistules néoplasiques avec des prothèses partiellement couvertes. Cinq séries, utilisant des prothèses couvertes extractibles et incluant chacune de 6 à 17 patients, ont été publiées avec une efficacité variant entre 73 et 92 %, en dépit d’un risque de migration chez environ un tiers des malades. L’efficacité de cette technique est donc remarquable ce qui n’exclut pas l’utilisation de colles pour des fistules isolées de diamètre réduit < 5 mm. L’utilisation de clips dans cette indication n’a pas fait l’objet de publication. La désunion anastomotique complète est considérée dans la littérature comme une contre-indication au traitement endoscopique. Nous avons cependant rapporté un cas de traitement de lâchage complet d’une anastomose oesogastrique par prothèse couverte, avec une restauration complète de la continuité digestive.

Les fistules et perforations gastriques

Elles sont essentiellement observées dans les suites de chirurgie bariatrique compliquée, après « sleeve gastrectomy » ou « bypass ». Une série a été publiée il y a 2 ans par une équipe de Bruxelles. Le traitement combinait l’utilisation de colles, clips et prothèses partiellement couvertes. Si l’efficacité finale était de 82 %, plus importante pour les « bypass » que pour les « sleeve gastrectomy », l’efficacité primaire des prothèses SEMS n’a été montrée que chez 13 patients sur 21 au total. En effet, les prothèses sont mal adaptées à la morphologie gastrique et, à la différence de l’oesophage, elles flottent dans la lumière gastrique avec, pour conséquence, une étanchéité limitée. D’autre part, l’utilisation de prothèses partiellement couvertes a conduit à des difficultés d’extraction importantes.

Prothèse colique couverte

Dans les fistules, l’utilisation de prothèse colique couverte a fait l’objet de quelques cas montrant une efficacité discutée en raison du risque de migration. Les prothèses présentent également un problème d’étanchéité car elles flottent dans la lumière colique, sauf si la fistule anasto motique siège au niveau d’une sténose. Les cas de désunion anastomotique complète sont exceptionnels et nous avons rapporté les deux seuls cas survenus après anastomose iléoanale qui ont été traités avec succès par prothèse couverte après drainage des cavités pelviennes abcédées par voie endo-anale.

Conclusion

L’endoscopie thérapeutique devient un complément de la chirurgie digestive, à condition que les différents protagonistes coordonnent au mieux leurs efforts pour le bien du patient. L’aide que les endoscopistes peuvent fournir aux chirurgiens, alors qu’autrefois seuls les chirurgiens reprenaient les complications des endoscopistes, montre que le temps de la rivalité endoscopie/chirurgie est bien fini. Les deux métiers se rejoignent avec des préoccupations communes et il faudra bien qu’un jour la formation des uns et des autres tienne compte de cette communauté de métier autour du patient. 

 

En pratique

● La prise en charge des fistules entérales postopératoires repose sur l’utilisation combinée de clips, colles biologiques ou synthétiques, et prothèses couvertes extractibles.

● Les meilleurs résultats connus sont proches de 80 % pour les fistules de l’oesophage, mais aussi pour les fistules gastriques après chirurgie bariatrique.
● La concertation pluridisciplinaire est essentielle pour déterminer l’indication de la prise en charge endoscopique et son moment.



Références

Eisendrath P, Cremer M, Himpens J et al. Endoscopy 2007 ; 39 : 625-30.
Freeman RK, Van Woerkom JM, Ascioti AJ. Ann Thorac Surg 2007 ; 83 : 2003-8.
Siersema PD. Gastrointestinal Endoscopy 2005 ; 61 : 897-900.
Amrani L, Menard C, Vitton V et al. Traitement endoscopique par prothèse des perforations iatrogènes digestives d’origine endoscopique et chirurgicale. Journées Francophones de pathologie digestive 2008.
Raju GS, Thompson C, Zwischenberger JB. Gastrointestinal Endoscopy 2005 ; 62 : 278-86. 



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