Recours aux suppléments nutritionnels en milieu sportif : un état des lieux

Le recours aux suppléments nutritionnels non anabolisants, ou réputés comme tels est une habitude dans de nombreux sports. Souhaitant quantifier cet usage, une équipe de médecins du sport affilés à la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) et à l’IAAF (International Association of Athletics Federations) a parcouru les données recueillies sur 3 887 documents officiels remplis par des athlètes à l’occasion de compétitions internationales d’athlétisme. Cette même démarche ayant déjà été effectuée pour le football, les auteurs souhaitaient également établir des comparaison entre les deux disciplines.

Pratiquement, 6 523 suppléments nutritionnels ont été mentionnés sur ces documents (1,7 par athlète) ainsi que 3 237 médicaments (0,8 par athlète). S’il est difficile de faire un état des lieux complet des suppléments nutritionnels utilisés (vitamines, oligo-éléments et créatine sont les plus fréquemment déclarés), sur le plan médicamenteux, ce sont les AINS qui sont apparus être le plus souvent consommés (0,27 par athlète, n = 884), ainsi que les médicaments à visée respiratoire, essentiellement des antiasthmatiques (0,21 par athlète, n = 682) ou des analgésiques (0,13, n = 423). Le recours aux médicaments augmente avec l’âge (de 0,33 à 0,87 par athlète) et diminue avec la durée de la prestation (du sprint à l’endurance, le taux moyen passe de 1,0 à 0,63 par athlète). Enfin, et ce n’est pas sans poser question, les Africains et les Asiatiques consomment significativement moins de suppléments nutritionnels que les athlètes des autres continents (0,85 vs 1,93 par athlète). Il en va de même pour les médicaments (0,41 vs 0,96 par athlète).

La dernière information ne manque pas de piment et est certes à méditer par l’ensemble des athlètes: le classement final de l’athlète n’a aucune relation avec la quantité de médicaments et de suppléments nutritionnels mentionnés sur leurs feuilles de route. Par ailleurs, ce sont les épreuves de vitesse (du 100 au 1500 mètres) et les épreuves de force (poids, marteau, disque) qui sont associées à la plus grande consommation d’AINS, de suppléments, d’acides aminés... et d’antibiotiques ! Quand on compare ces données à celles qui ont été récoltées dans les clubs de football, on constate une consommation avouée double en suppléments nutritionnels pour l’athlétisme. Ce qui selon les auteurs est lié à deux phénomènes: dans l’athlétisme, les sportifs sont généralement seuls avec un encadrement médical individuel tandis que les footballeurs sont pris en charge par une équipe médicale plus fournie ; par ailleurs, le dopage a pris d’autres formes dans les sports collectifs tandis que l’obligation de déclaration des suppléments nutritionnels est moins formellement adoptée. On aurait souhaité connaître le pourcentage de médicaments et suppléments prescrits par le corps médical et celui de ceux que l’athlète trouve spontanément (sur Internet par exemple), mais une loi internationale interdit de mentionner cet aspect sur les feuillets officiels de déclaration avant contrôle anti-dopage.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Tscholl P et coll. : The Use of Drugs and Nutritional Supplements in Top-Level Track and Field Athletes. Am J Sports Med 2010 ; 38 : 133-40.

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