Comme le montrent à l’envi romans et films policiers, le rôle de
l’environnement psycho-social est reconnu depuis longtemps en
matière de criminalité. Mais à la faveur des progrès techniques (en
particulier dans l’imagerie cérébrale), des travaux éclairent aussi
désormais certaines « bases neurobiologiques » de ce
domaine.
Selon The American Journal of Psychiatry, une dimension
organique serait ainsi à considérer dans le déterminisme des
comportements délinquants. En exploitant une étude longitudinale
commencée depuis plus de vingt ans, des recherches ont établi
qu’une sensibilisation amoindrie au sentiment de peur (poor
fear conditioning) dans l’enfance (vers l’âge de 3 ans) est
associée à une criminalité accrue, vingt ans plus tard. Ce lien
s’expliquerait par l’implication physiologique de l’amygdale dans
la perception de la peur : un dysfonctionnement de cette structure
cérébrale empêcherait de reconnaître le danger et favoriserait
alors des comportements « plutôt intrépides »
(relatively fearless). D’où l’installation d’un cercle
vicieux : moins le sujet serait sensible aux conséquences négatives
de ses actes, et plus il risquerait de s’engager dans des conduites
délictueuses, en l’absence de frein où « la peur du
gendarme » ne serait plus « le début de la sagesse
».
Chez l’adulte comme chez l’adolescent, plusieurs travaux
(s’appuyant notamment sur l’apport de la neuro-imagerie
fonctionnelle) ont confirmé cette relation entre un
dysfonctionnement amygdalien précoce et une inclination ultérieure
aux comportements anti-sociaux. À l’inverse, une réactivité accrue
de l’amygdale est retrouvée dans les troubles anxieux, et ce
phénomène semble constituer la base d’un conditionnement à une peur
excessive.
Reposant largement sur les études de neuro-imagerie, ces travaux
suggèrent l’implication probable de l’amygdale dans le
déclenchement des comportements antisociaux et illustrent « la
nécessité de prendre en compte tout l’éventail des facteurs
pathogéniques possibles » pour établir « une compréhension
plus complète du comportement antisocial ». Après l’hypothèse
contestée d’un « chromosome du crime » dans les
années 1960, serait-ce un retour partiel à la conception d’une
criminalité innée ?
Dr Alain Cohen
Philipp Sterzer : Born to be criminal ? What to make of early biological risk factors for criminal behavior. Am J Psychiatry, 2009 ; 167 : 1-3.
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Une histoire et une logique
Le 29 janvier 2010
Le criminel a une histoire et une logique, comme le schizophrène. Son passage à l'acte découle d'un processus pathologique qui désigne, dès sa naissance, l'enfant comme porteur de pulsions sadiques et/ou incestueuses. C'est lui ou elle, qui participe aux jeux d'alliances/transgressions dans la famille pour faire passer le fantasme dans la réalité.
Tout le monde n'élimine pas sa mère/belle mère dans un roman comme Françoise Sagan à l'age de 17 ans avec bonjour tristesse.
Les généticiens manquent un peu de culture ...
François Compan
Génétique et anatomie
Le 30 janvier 2010
Votre titre et votre commentaire donnent à penser que vous confondez anomalie anatomique (l'amygdale) et génétique (criminel né, chromosome du crime) alors que la découverte de la neuroplasticité cérébrale a complètement changé la donne; l'article parle de choses qui surviennent à l'âge de trois ans; on est donc dans l'acquis et pas dans l'inné.
Dr Lucien Chouraki
On imagine mal l'anatomie complètement déconnectée de la génétique
Le 01 février 2010
Je comprends en effet votre remarque pertinente, mais cette (relative) confusion inné-acquis vient du titre de l'article original lui-même, que j'ai voulu respecter : "Born to be criminal?" En outre, on imagine mal l'anatomie (par exemple de l'amygdale) complètement déconnectée de la génétique...
Dr Alain Cohen
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