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Criminels nés ?

Publié le 29/01/2010   |  3 réactions Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Comme le montrent à l’envi romans et films policiers, le rôle de l’environnement psycho-social est reconnu depuis longtemps en matière de criminalité. Mais à la faveur des progrès techniques (en particulier dans l’imagerie cérébrale), des travaux éclairent aussi désormais certaines « bases neurobiologiques » de ce domaine.

Selon The American Journal of Psychiatry, une dimension organique serait ainsi à considérer dans le déterminisme des comportements délinquants. En exploitant une étude longitudinale commencée depuis plus de vingt ans, des recherches ont établi qu’une sensibilisation amoindrie au sentiment de peur (poor fear conditioning) dans l’enfance (vers l’âge de 3 ans) est associée à une criminalité accrue, vingt ans plus tard. Ce lien s’expliquerait par l’implication physiologique de l’amygdale dans la perception de la peur : un dysfonctionnement de cette structure cérébrale empêcherait de reconnaître le danger et favoriserait alors des comportements « plutôt intrépides » (relatively fearless). D’où l’installation d’un cercle vicieux : moins le sujet serait sensible aux conséquences négatives de ses actes, et plus il risquerait de s’engager dans des conduites délictueuses, en l’absence de frein où « la peur du gendarme » ne serait plus « le début de la sagesse ».

Chez l’adulte comme chez l’adolescent, plusieurs travaux (s’appuyant notamment sur l’apport de la neuro-imagerie fonctionnelle) ont confirmé cette relation entre un dysfonctionnement amygdalien précoce et une inclination ultérieure aux comportements anti-sociaux. À l’inverse, une réactivité accrue de l’amygdale est retrouvée dans les troubles anxieux, et ce phénomène semble constituer la base d’un conditionnement à une peur excessive.

Reposant largement sur les études de neuro-imagerie, ces travaux suggèrent l’implication probable de l’amygdale dans le déclenchement des comportements antisociaux et illustrent « la nécessité de prendre en compte tout l’éventail des facteurs pathogéniques possibles » pour établir « une compréhension plus complète du comportement antisocial ». Après l’hypothèse contestée d’un « chromosome du crime » dans les années 1960, serait-ce un retour partiel à la conception d’une criminalité innée ?



Dr Alain Cohen


Philipp Sterzer : Born to be criminal ? What to make of early biological risk factors for criminal behavior. Am J Psychiatry, 2009 ; 167 : 1-3.


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Vos réactions

Une histoire et une logique

Le 29 janvier 2010

Le criminel a une histoire et une logique, comme le schizophrène. Son passage à l'acte découle d'un processus pathologique qui désigne, dès sa naissance, l'enfant comme porteur de pulsions sadiques et/ou incestueuses. C'est lui ou elle, qui participe aux jeux d'alliances/transgressions dans la famille pour faire passer le fantasme dans la réalité.
Tout le monde n'élimine pas sa mère/belle mère dans un roman comme Françoise Sagan à l'age de 17 ans avec bonjour tristesse.
Les généticiens manquent un peu de culture ...

François Compan

Génétique et anatomie

Le 30 janvier 2010

Votre titre et votre commentaire donnent à penser que vous confondez anomalie anatomique (l'amygdale) et génétique (criminel né, chromosome du crime) alors que la découverte de la neuroplasticité cérébrale a complètement changé la donne; l'article parle de choses qui surviennent à l'âge de trois ans; on est donc dans l'acquis et pas dans l'inné.

Dr Lucien Chouraki

On imagine mal l'anatomie complètement déconnectée de la génétique

Le 01 février 2010

Je comprends en effet votre remarque pertinente, mais cette (relative) confusion inné-acquis vient du titre de l'article original lui-même, que j'ai voulu respecter : "Born to be criminal?" En outre, on imagine mal l'anatomie (par exemple de l'amygdale) complètement déconnectée de la génétique...

Dr Alain Cohen

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