Responsabilité majeure des surinfections bactériennes dans les grippes A(H1N1) fatales

Lors des épidémies précédentes de grippe, les études d’autopsie ont montré que beaucoup de décès attribués à l’infection par le virus A sont survenus de façon concomitante à une pneumonie bactérienne. Afin de déterminer le rôle des coinfections bactériennes au cours de la pandémie actuelle, les chercheurs du CDC d’Atlanta ont étudié les échantillons pulmonaires d’autopsie de patients décédés de mai à août 2009 de grippe A H1N1 confirmée.

Au total, 77 pièces, provenant de 8 états ont été examinées par différentes colorations, immunohistochimie vis-à-vis d’anticorps spécifiques et les bactéries ont été recherchées également par PCR. Parmi ces 77 malades, 22 (29 %) avaient des preuves histologiques et moléculaires d’une coinfection bactérienne. Les patients étaient jeunes : 7 enfants de 2 mois à 15 ans, 6 adultes de 27 à 36 ans et 9 entre 43 et 56 ans (médiane 31 ans). Parmi 21 cas dont les antécédents sont connus, 16 avaient des facteurs prédisposants de complications grippales : âge inférieur à 6 mois, obésité, asthme, diabète, tabac et autres ; 15 auraient eu l’indication d’un vaccin anti-pneumocoque. La durée de la maladie a été brève : médiane 6 jours, de 1 à 25 et chez les enfants de 1 à 15 jours. Deus tiers des patients avaient reçu des antibiotiques. Les bactéries mises en évidence étaient : pneumocoques 10, staphylocoques dorés 7, streptocoques 6, streptocoques mitis 2, hémophilus influenzae 1 ; 4 cas impliquaient 2 bactéries.

Au total, cette étude post mortem souligne le risque de coinfections bactériennes pulmonaires au cours de la grippe H1N1. Cependant, les examens usuels du vivant du malade sont peu performants pour les détecter. Ainsi moins de 10 % des hémocultures sont positives en cas de pneumonie. Il est néanmoins difficile de connaître la prévalence des coinfections bactériennes car les cas de cette étude ne résultent pas de prélèvements systématiques.

En pratique, ce travail souligne la nécessité de prescrire, en cas de pneumonie, des antibiotiques au même titre que le traitement antiviral. Elle permet d’insister sur l’intérêt du vaccin anti-pneumocoque chez l’enfant et à tous les âges chez les sujets à risque.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Leggiadro RJ. : Bacterial coinfections in lung tissue specimens from fatal cases of 2009 pandemic influenza A (H1N1)-United States, may-August 2009. Ped Infect Dis J 2010;29:22 et CDC. MMWR 2009/58 (Early Release); 1-4

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Vos réactions (1)

  • Dècès sous oseltamivir

    Le 01 février 2010

    Y aura t-il une étude sur le nombre de personnes décédées après avoir pris de l'oseltamivir ?
    Pour avoir lu de nombreux écrits sur le sujet, je suis étonnée de ne rien avoir lu sur les différents cas de personnes déclarées décédées porteuses du virus de la grippe A qui avaient été traitées à l'oseltamivir.
    Au Japon, une étude l'a montré.
    Nous savions que de nombreuses personnes avaient déclaré des surinfections bactériennes.

    Cathy Gaches

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