Pas de preuves du rôle des phtalates dans la puberté précoce des filles

L’âge des premières règles s’est avancé entre 1850 et 1950 aux USA,  encore plus depuis 1950 de même que l’âge du développement mammaire. Plusieurs raisons ont été évoquées : amélioration de la santé et de la nutrition, obésité et contaminants de l’environnement à action endocrinienne. Parmi ceux-ci, les phtalates contenus dans les plastiques en chlorure de polyvinyle de tous usages ont été incriminés en particulier dans le développement mammaire précoce car certains phtalates ont une activité œstrogénique faible in vitro. Cependant, l’un des composants dosé, le di (2-éthylhexyl) phtalate, est également contenu dans différents plastiques médicaux ce qui laisse planer un doute sur les analyses antérieures.

Une équipe américaine a étudié les concentrations urinaires de 9 métabolites des phtalates, recueillis dans des flacons en polypropylène chez des filles âgées de 2 à 8 ans, en moyenne 7 ans, avec des signes de puberté précoce (seins et poils pubiens). L’origine centrale a été affirmée sur l’élévation de l’hormone lutéinisante > 0,3 U/l et/ou un test au leuprolide positif. Les cas d’exposition exogène aux œstrogènes et de premature thelarche bénigne (développement mammaire précoce isolé) ont été exclus. Les 28 filles sélectionnées ont été comparées à 28 témoins normaux ou explorés pour d’autres problèmes. Chaque groupe comprenait 8 Noires américaines.

Le poids, la taille et l’IMC étaient significativement plus élevés en cas de puberté précoce. Tous les métabolites des phtalates ont été trouvés dans les urines des 56 filles étudiées sauf le di (2-éthylhexyl) phtalate présent au dessus du seuil de détection chez 35 sur 56 enfants. Aucune différence de concentration par ml ou rapportée au gramme de créatinine n’a été mise en évidence entre les filles avec une puberté précoce et les autres. Les mêmes constatations ont été faites chez les Noires qui ont souvent une puberté avancée.

Plusieurs publications ont suggéré l’effet anti-androgène des phtalates chez l’animal et l’homme. En particulier, l’élévation de certains dérivés urinaires (MEP)  a été corrélée à des anomalies de l’ADN spermatique. De plus, des concentrations élevées de phtalates ont été trouvées dans les urines prénatales de mères dont les garçons avaient une diminution de la distance ano-génitale. Il est possible que l’effet des phtalates s’exerce à un moment clé de la gestation. Cette étude est une pièce supplémentaire au dossier compliqué et polémique des additifs des plastiques (bisphénol et phtalates) destinés à les assouplir.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Lomenick JP et coll. : Phtalate exposure and precocious puberty in females. J Pediatr 2010;156:221-5

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