Mangez des pommes !

Les pommes pourraient-elles être d’une quelconque efficacité pour prévenir, ou encore mieux participer au traitement, de maladies neurodégénératives comme l’Alzheimer ou la maladie de Parkinson ? C’est en tout cas ce que laissaient penser les résultats d’une étude, publiée en 2004, dont le but était d’évaluer les (éventuels) effets protecteurs de la quercétine –un flavonoïde majeur de certains fruits et végétaux dont les pommes sont riches- sur les processus neurodégénératifs hydroxy-peroxyde induits. Pour ce faire, les auteurs de l’Unversité Cornell, Geneva, NY USA , avaient pré incubé des cellules PC12 avec de la quercétine ou de la vitamine C avant de les traiter à l’eau oxygénée ; les résultats leur avaient montré que la survie des cellules augmentait nettement dans le premier groupe (beaucoup moins dans le second) et, considérant que le stress oxydatif était un élément majeur de fragilisation des membranes cellulaires neuronales, ils avaient poursuivi l’essai. Avec la conclusion finale que la quercétine pourrait bien, de façon très significative, protéger de certaines pathologies neurologiques en rapport avec ce stress oxydatif…

Quelques années plus tard sort une nouvelle étude, encore une fois à l’avantage des pommes même si les organes ciblés ne sont pas les mêmes. Ce travail, mené dans le cadre du vaste projet européen ISAFRUIT destiné à expliquer scientifiquement les bienfaits épidémiologiquement reconnus des fruits sur la santé, se devait évidemment de scruter avec la plus grande attention le  gros fruit rond. Il est apparu, en nourrissant des rats pendant 14 semaines avec de la pectine (pomme entière), que l’administration de 0,33 ou 3,3 % de cette pectine dans le régime des animaux modifiait considérablement les profils de DGGE (denaturing gradient gel electrophoresis, gels sur lesquels une bande = une "espèce", très utilisés pour la détection des bactéries en agro alimentaire) obtenus pour le caecum, et que les niveaux de butyrate doublaient par rapport aux témoins. Qu’est-ce à dire ? Les bandes DGGE supprimées chez les rats pectinés correspondaient en pratique à des bactéries anaérobies du phylum Bacteroidetes, les prééminentes post-diète à des anaérobies à Gram positif du phylum Firmicutes, dont plus spécifiquement des espèces du Cluster XIVa de Clostridium. Avec ce phénomène remarquable que les bactéries « favorisées » ont la réputation d’être utiles au bon fonctionnement local, en particulier en participant à la production d’acides gras à courtes chaînes régulateurs du pH, et que le butyrate est un élément nutritif majeur des cellules intestinales. Un dernier détail à ne pas négliger étant que ces effets apparemment bénéfiques ne sont pas retrouvés avec les dérivés du fruit, jus, purées ou compotes.

"An apple a day leaves the doctor away", disent les Anglais dans un proverbe largement repris chez nous. C’est vrai qu’on a toujours attribué à la pomme de grandes vertus thérapeutiques, et que nos plus lointains ancêtres l’utilisaient déjà en onguents (pommade vient de pomme). Certaines propriétés de la pomme sont aujourd’hui bien établies, d’autres sont en voie de l’être, toutes ne seront certainement pas confirmées. Il semble quand même que le Président avait raison, mangez des pommes !

Dr Jack Breuil

Références
Heo HJ et coll. : Protective effects of quercetine and vitamin C against oxidative stress-induced neurodegeneration. J Agric Food Chem. 2004; 52: 7514-7
Licht TR et coll. : Effects of apples and specific apple components on the cecal environment of conventional rats: role of apple pectin. BMC microbiology 2010;10: 13doi:10.1186/1471-2180-10-13

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Vos réactions (1)

  • Précision

    Le 08 février 2010

    Avec ou sans la peau (pesticides) ?

    Philippe Guérin

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