Troubles alimentaires, de grands risques et un peu d’espoir

La gravité de l’anorexie mentale est une cause entendue, en termes de complications somatiques et d’incidence sur le taux de mortalité (estimé à environ 0,56 % par an, soit 5,6 % par décennie). Mais, rappelle l’éditorialiste de l’American Journal of Psychiatry, ces lourdes conséquences sur la santé ou sur la vie elle-même valent aussi pour la boulimie et les autres troubles du comportement alimentaire (eating disorder not otherwise specified).

Moins connue que pour l’anorexie mentale, cette gravité globale de tous les troubles des conduites alimentaires est désormais confirmée par plusieurs études longitudinales, bien que le suivi des malades sur une longue durée soit parfois difficile. De l’enfance à l’âge adulte, la problématique des troubles alimentaires s’installe souvent pour longtemps, dans une chronicité alimentée (sans mauvais jeu de mots) par un cercle vicieux : la rétroaction des modifications neurobiologiques et psychopathologiques (troubles de l’humeur, déni, attitudes compulsives, etc.) sur les dysfonctionnements de la satiété et, vice-versa, la rétroaction de ces troubles des prises alimentaires sur le contexte neurobiologique et psychopathologique. Pour certains malades, cette évolution vers la chronicité s’accompagne malheureusement d’une mortalité élevée.

Ce phénomène soulève la question de savoir quels critères physiopathologiques contribuent à cette issue parfois fatale, et quelles thérapeutiques permettent d’optimiser les chances de guérison, même à long terme. Mais l’auteur incite à la modestie, car nous avons « de toute évidence encore beaucoup à apprendre » avant de pouvoir proposer des traitements « réellement efficaces » dans la plupart des troubles alimentaires. Malgré l’existence de ce risque vital pour une proportion trop importante de ces patients, un espoir subsiste cependant : la possibilité d’une amélioration, même tardive. L’auteur insiste sur l’importance de rappeler aux familles ce constat épidémiologique, en définitive rassurant : chez de nombreux sujets avec troubles du comportement alimentaire, la situation peut évoluer favorablement, « mais seulement après plusieurs années ».

Dr Alain Cohen

Référence
Kaye W : Eating disorders : hope despite mortal risk. Am J Psychiatry 2009; 166: 1309-1311.

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