Drogues : internet un trafiquant comme les autres ?

Paris, le vendredi 5 février 2010 – En 1999 a été mis en place par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) un dispositif destiné à observer les tendances en matière de drogue, chez des sujets potentiellement consommateurs. Cet observatoire, qui repose sur sept sites dans toute la France et sur le système d’identification national des substances (SINTES), célébrait l’année dernière ses dix ans. Hier, le dernier rapport TREND (Tendances récentes et nouvelles drogues), concernant les années 2007-2008 a été rendu public.

L’héroïne une drogue en voie de « banalisation » ?

Il met en avant plusieurs faits marquants et notamment la confirmation d’un retour de l’héroïne. Celui-ci avait déjà été signalé ces derniers mois. Plusieurs chiffres en témoignent. Ainsi, chez les usagers « rencontrés dans le cadre d’une prise en charge socio sanitaire », 19,9 % indiquaient avoir consommé de l’héroïne au cours de l’année précédente, contre 12,6 % en 2004. Les enquêtes menées auprès des « personnes rencontrées dans les structures de première ligne » témoignent du même phénomène, avec 34 % de sujets signalant avoir eu recours à l’héroïne au cours du mois précédent, soit une hausse de quatre points par rapport à 2003. En outre, si l’on s’intéresse aux produits retrouvés dans les cas de surdoses, on observe que l’héroïne est présente en 2007 dans 45 % des cas, alors qu’elle n’était retrouvée que dans 36 % des situations en 2006 (et 29 % en 2004). Le rapport note également, comme certaines alertes de l’OFDT l’avaient déjà signalé, que l’héroïne pénètre désormais dans des milieux où elle demeurait jusqu’alors le plus souvent absente. C’est notamment le cas du « milieu festif techno », tandis que les experts s’inquiètent une nouvelle fois de « l’émergence » d’un nouveau groupe de consommateurs « les usagers très insérés ». « Ces nouveaux usagers ont une faible visibilité aux yeux des systèmes d’observation (…). Soucieux de maintenir leur consommation dans une sphère très privée, et désireux de s’éloigner au maximum de l’image du toxicomane, ils développent peu d’échanges en dehors du groupe au sujet de leur pratique et ne fréquentent pas les structures de réduction des risques. De ce fait, ils manquent d’informations sur les risques de l’usage », notent avec inquiétude les auteurs du rapport.

Internet : nouvelle plaque tournante de produits en tous genres

Cette évolution de la consommation est expliquée par différents phénomènes, dont « la généralisation du polyusage » et « l’accessibilité grandissante des produits par le biais de la progression du micro trafic et du commerce sur Internet ». Au-delà de l’héroïne, internet ouvre en effet une visibilité à de nombreux produits dont la composition et les effets sont souvent très mal connus. C’est ainsi que « des mélanges de plantes » sont promus, sans que soit mentionnée leur teneur en « analogues synthétiques du cannabis ». L’entrée en scène d’internet permet également en partie d’expliquer l’émergence de plusieurs « phénomènes » que le réseau TREND estime nécessaire de surveiller, telle la progression de l’usage de la kétamine et les détournements de plus en plus fréquents de la Ritaline. Les auteurs du rapport notent ainsi que chez certains usagers de cocaïne, ce produit peut parfois être recherché comme produit de substitution et est alors injecté. Ce type de consommation concerne en province des sujets « très précarisés fréquentant les structures de réduction des risques », tandis qu’à Paris, « des groupes restreints de jeunes (…) aisés et socialement bien insérés » semblent recourir à la Ritaline comme un « stimulant festif ».

VHC : des progrès, mais un travail important de prévention reste à réaliser

Parallèlement à la description des grandes tendances en matière de produits, le rapport s’attarde également sur la santé des usagers. Une tendance encourageante semble s’observer en ce qui concerne la prévalence de l’hépatite C, qui, chez les personnes fréquentant les Centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues (CAARUD), auraient diminué, passant de 47,2 % en 2006 à 40 % en 2008. Cependant, le rapport TREND s’alarme parallèlement d’une « persistance et même d’une aggravation des prises de risque infectieux, dans les groupes d’usagers les plus précaires ».

Aurélie Haroche

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