Une analyse des dossiers de 384 patients ayant été pris en
charge chirurgicalement, au cours des trois dernières années, par
une première kératoplastie transfixiante effectuée avec un bon
résultat postopératoire immédiat, a été conduite à Madrid
(Espagne). Ils ont été suivis 3,7 ± 1,8 ans. Le taux de succès
(taux de survie de l'analyse de Kaplan-Meier ; un échec
irréversible de la greffe étant considérée comme un décès) a été de
96,5 % un an après l'intervention, de 91,9 % deux ans après et de
82,1 % à trois ans.
Les principales causes d'échec de la greffe cornéenne ont été le
rejet (38,7 %), le glaucome (29 %) ou une dysfonction endothéliale
(25,8 %). Selon les résultats de l'analyse de régression
multivariée de Cox, les facteurs étant le plus susceptibles
d'altérer le pronostic de l'intervention sont pré-opératoires,
peropératoires et postopératoires.
Avant la chirurgie : la perforation cornéenne (qui multiplie le
risque par 2,7), l'herpés, les traumatismes et la kératopathie
bulleuse ont été les étiologies mises en cause. Une vascularisation
cornéenne (qui multiplie le risque par 1,6), un glaucome ou des
synéchies sont également des facteurs aggravants.
Sur le plan chirurgical, l'aphakie (avec un risque deux fois plus
élevé), une chirurgie de la cataracte préalable avec implantation
en chambre antérieure et un greffon trop grand ont été les facteurs
de risque d'échec les plus fréquents.
Après l'intervention, un rejet peut survenir, mais le risque le
plus important est le développement d'une maladie glaucomateuse
post-kératoplastie qui multiplie le risque d'échec de la greffe par
2,2. Le kératocône est apparue comme l'étiologie de meilleur
pronostic avec 92,88 % de succès à trois ans.
B. Domingo-gordo et coll. suggèrent, par conséquent, de peser
soigneusement les facteurs de risque avant de poser l'indication
d'une greffe de cornée, notamment en fonction de l'atteinte
causale. Ils proposent une surveillance particulièrement attentive
en cas de traumatisme, de kératite herpétique ou de perforation
oculaire ou d'un rejet antérieur qui doit être diagnostiqué
précocement. Le glaucome doit également être au centre des
préoccupations du praticien : glaucome antérieur pris en charge ou
un glaucome secondaire qui doit être dépisté rapidement. Durant
l'intervention, l'attention doit porter sur la taille du greffon,
la lyse des synéchies, la qualité des sutures et de la
kératectomie, et la surveillance postopératoire sera plus serrée en
cas d'aphakie, d'implant de chambre antérieure ou d'ablation d'un
implant.
Dr Henri Gracies
Domingo-gordo B et coll. : Survival Analysis and Risk Factors in Penetrating Keratoplasty Failure. 2009 American Academy of Ophthalmology Joint meeting with the Pan-American Association of Ophthalmology (San Francisco) : 23-28 octobre 2009.
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