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Etats végétatifs : la conscience n’est pas morte

Publié le 08/02/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

La terreur d’être enterré vivant a longtemps marqué les imaginations. Au point que des protocoles d’inhumation retardée jusqu'à l’apparition de signes indiscutables de décomposition avaient été mis au point au XVIIIe siècle pour éviter cette situation redoutable. Plus près de nous, cette hantise s’est déplacée du cercueil au lit d’hôpital et nombreux sont ceux qui redoutent de se retrouver, un jour, conscient mais incapable de communiquer avec l’extérieur. Ce drame est bien réel on le sait avec le locked in syndrome, qui mure vivant des patients, parfois même sans que l’entourage ou le corps médical ne perçoive la conscience muette qui subsiste intacte dans un corps immobile.

La littérature avant la littérature médicale

Ces tableaux cliniques heureusement exceptionnels, ont donné lieu à quelques représentations artistiques poignantes comme la description du calvaire de M Noirtier de Villefort dans le « Comte de Montecristo » et, plus près de nous, « Le scaphandre et le papillon » de Jean-Dominique Bauby (lui-même victime d’un locked in syndrome) ou « Johnny got his gun » de Dalton Trumbo, livre et film qui décrivaient de l’intérieur le chemin de croix d’un blessé de la guerre de 14-18, amputé des 4 membres et au visage complètement détruit… mais parfaitement conscient.

Imaginez que vous vous promenez dans les rues d’une ville connue

Un article qui vient d’être publié en ligne sur le site du New England Journal of Medicine, va plus loin encore et réveillera peut-être des angoisses ancestrales chez ses lecteurs, puisqu’il révèle l’existence d’une activité consciente chez certains patients considérés comme en état végétatif chronique. 

Une équipe regroupant neurologues et neuroradiologues de Cambridge et de Liège a recherché par résonance magnétique nucléaire (IRM) fonctionnelle des signes de conscience chez 54 patients hospitalisés en état végétatif chronique (n=23) ou en état de conscience minimale (n=31). L’état végétatif (qui se différencie du coma) est défini comme l’absence totale, à des examens répétés, de réponses volontaires et reproductibles à un stimulus quelconque. L’état de conscience minimale a été individualisé quant à lui en 2002 et se caractérise par des signes d’éveil reproductibles mais ne s’accompagnant d’aucune possibilité de communication interactive.

Ces 54 patients et 16 volontaires sains ont été soumis à deux tests en IRM fonctionnelle. Dans le test « moteur », il était demandé au sujet de s’imaginer sur un court de tennis et de se préparer à recevoir la balle, dans le test « spatial » d’imaginer qu’il se promenait dans les rues d’une ville familière et de « visualiser » ce qu’il aurait vu si la situation était réelle. Pour chaque sujet on demandait au participant d’alterner 30 secondes « d’imagerie » mentale et 30 secondes de repos. Cette alternance, et la comparaison avec les résultats chez les sujets sains, permettaient d’analyser les images obtenues en IRM fonctionnelle au niveau de certaines aires cérébrales (aire motrice pour le test moteur ou gyrus parahypocampique pour le test spatial) et d’affirmer ou d’infirmer ainsi un processus de pensée. 

Votre père s’appelle-t-il Alexandre ?

En résumé, chez les 16 sujets sains, une activation cérébrale a été facilement mise en évidence lors des deux types de tests. Mais de façon surprenante, 5 des 54 patients ont également modifié volontairement leur activité cérébrale lors des tests moteurs et 4 de ces malades l’ont fait lors des tests spatiaux (4 des 5  sujets répondeurs étaient considérés comme en état végétatif chronique et un en état de conscience minimale).


 

Chez un patient belge « répondeur » en état végétatif chronique depuis plus de 5 ans, une tentative de communication a alors été tentée et réussie. Toujours en IRM fonctionnelle, il lui a été demandé de répondre par oui ou par non à 6 questions autobiographiques. Le « oui » ou le « non » devait être « formulé » en pensant après un signal sur le mode « moteur » (pour le oui) ou « spatial » (pour le non). Les réponses « formulées » de cette manière se sont avérées interprétables et exactes dans tous les cas chez les sujets sains et 5 fois sur 6 chez ce patient. C’est ainsi qu’à la question votre père se prénomme-t-il Alexandre, le patient a pu « répondre » oui, ce qui était exact (et non lorsque le prénom Thomas était proposé) (voir figure).

L’absence d’activation cérébrale lors de la dernière question n’a pu être interprétée (endormissement, perte de conscience ou volonté de ne pas répondre…).

Une fois ces résultats connus, l’état neurologique des 4 patients répondeurs en état végétatif chronique a été à nouveau évalué cliniquement : dans 2 cas, une activité compatible avec un état de conscience minimale a été mis en évidence, mais dans les deux autres observations l’état végétatif chronique a été confirmé. Ceci était d’ailleurs le cas du malade ayant pu « répondre » par oui ou par non à des questions autobiographiques. 

Faire évoluer la prise en charge des états végétatifs

L’interprétation de ces données est délicate.

D’une part on ne peut être sûr que l’état de conscience révélée par l’IRM fonctionnelle chez ces patients est permanent, en d’autres termes qu’ils étaient également conscients au moment où un examen clinique poussé conduit par un neurologue expérimenté avait conclu à un état végétatif chronique. A l’inverse, l’absence de réponse en IRM fonctionnelle chez 49 des 54 patients ne signifie pas nécessairement qu’ils n’ont aucun niveau de conscience, car si la non réponse peut être en rapport avec l’abolition de la conscience, elle peut être liée également à des troubles des fonctions sensorielles, de la compréhension du langage, des fonctions exécutrices ou des processus de décision…voir à une volonté de ne pas participer au test…

Au-delà de ces ouvertures vertigineuses et quasi métaphysiques, ce travail fondamental soulève des questions bien réelles.

- Nosologiques puisque on ne peut plus désormais associer état végétatif chronique défini cliniquement et absence de conscience.

- Pratiques, car il semble donc que des patients réputés sans contact sensoriel avec le monde extérieur peuvent comprendre des questions simples. Ceci doit nous amener à nous interroger sur tout ce que nous pouvons dire à leur chevet et ouvre une voie de recherche visant à mettre au point des techniques de communications applicables dans ces cas.

- Thérapeutiques sans nul doute car la prise en charge de la douleur est inexistante chez ces patients aujourd’hui.

- Ethiques enfin, mais ceci est une autre histoire…



Dr Anastasia Roublev


Monti M et coll. : Willful modulation of brain activity in disorders of consciousness. N Engl J Med 2010; publication avancée en ligne le 3 février 2010 (10.1056/NEJMoa0905370).



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